Cluster-17

Giorgia Meloni election campaign

Come si struttura l’elettorato italiano? 16 carte e 34 grafici per capirlo meglio

Domenica, la coalizione guidata da Giorgia Meloni dovrebbe vincere le elezioni legislative, spingendo la leader post-fascista alla testa del paese. Per capire come l’elettorato si è trasformato dal 2018, bisogna interessarsi ai suoi segmenti politico-ideologici.
Uno studio inedito di Jean-Yves Dormagen che analizza i gruppi che compongono le coalizioni italiane, ma che possono anche dividerle.

Giorgia Meloni election campaign

Comment se structure l’électorat italien

Ce dimanche, la coalition menée par Giorgia Meloni devrait remporter les élections générales italiennes, propulsant une dirigeante post-fasciste à la tête du pays. Pour saisir comment l’électorat a pu tant se transformer depuis 2018, il faut s’intéresser à ses grands segments politico-idéologiques. Dans cette étude inédite pour Le Grand Continent, Jean-Yves Dormagen livre une analyse des groupes qui compose les coalitions italiennes, ce qui les unit mais également ce qui est susceptible de les diviser.

Stade

Sport, Football, Joueurs : qu’en pensent les Français ?

Sport et clivages idéologiques : Qui regarde quoi ? Qui supporte qui ?

  • Le football demeure le sport le plus populaire avec 42% de répondants qui disent le suivre « de temps en temps » ou « régulièrement » dans les media. Le rugby et le tennis arrivent juste derrière avec 39% de fans. On trouve de fortes disparités locales liées aux histoires et aux traditions de chaque Région. Ainsi le foot est le sport le plus suivi dans le Grand-Est, les Hauts-de-France et en Normandie mais il est largement devancé par le rugby en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine.
  • En termes d’appartenance idéologique, les amateurs de foot sont les plus transversaux : on y retrouve 47% de Sociaux-Démocrates et 48% de Libéraux : deux clusters modérés de centre-gauche et centre-droit. Le foot est le sport favori des Multiculturalistes, cluster radical de gauche avec 44% de fans. Le Rugby a une répartition moins transversale avec moins de citoyens de gauche qui déclarent le regarder. Les clusters les plus friands de rugby sont les Centristes, les Libéraux, les Conservateurs, les Réfractaires et les Eurosceptiques. Les trois premiers sont plutôt des clusters modérés pro-Macron et les deux derniers des clusters très populaires qui votent Marine Le Pen.
    En termes d’électorat, les électeurs d’E. Macron et ceux de V. Pécresse sont ceux qui déclarent le plus suivre le sport quel qu’il soit. Cela dénote un clivage générationnel : ce sont les plus âgés qui suivent le plus le sport dans les media.
  • Le suivi médiatique du sport demeure genré : les hommes suivent à 58% le foot contre « seulement » 29% de femmes. Seul le tennis est à peu près égalitaire (42% d’hommes vs 36% de femmes). De même, demeure un clivage d’âge, les plus de 65 ans restent les premiers spectateurs de sport, hormis pour le football, qui est également bien suivi chez les jeunes. Socialement, le foot est également le plus homogène : 54% des ouvriers disent le suivre, tout comme 46% de cadres et professions intellectuelles. Le rugby est davantage suivi par les retraités et le tennis par les cadres et professions intellectuelles supérieures.

PSG : club préféré des français (surtout des plus aisés)

  • Parmi ceux qui déclarent avoir un club de foot préféré, le Paris-Saint-Germain arrive en tête avec 21% de supporters juste devant l’Olympique de Marseille avec 19%. L’Olympique Lyonnais arrive 3eme avec 9% de supporters.
  • Le PSG rassemble des supporters très opposés idéologiquement mais assez homogènes sur le plan économique. Club préféré des Sociaux-Démocrates, des Centristes et des Libéraux, ces trois clusters rassemblent les français les plus aisés de notre clusterisation et sont très favorables au Président de la République. Le PSG est également le club préféré des Anti-Assistanat et des Identitaires, deux clusters qui se revendiquent de droite, très opposés à l’immigration avec des positionnements plutôt élitaires et libéraux sur le plan économique.
  • L’OM a un socle plus populaire. Tout d’abord l’OM est le club préféré de trois clusters de gauche sur quatre : les Multiculturalistes, les Solidaires et les Progressistes. Les deux premiers clusters sont très radicaux, très « anti-système » et favorable à la redistribution économique. Une grande majorité d’entre eux a voté pour Jean-Luc Mélenchon. L’OM est également le club préféré des trois clusters qui comportent le plus d’ouvriers et d’employés non diplômés : les Eurosceptiques, les Réfractaires et les Sociaux-Patriotes. Trois clusters très anti-élites, très sociaux et plutôt anti-immigration. Une partie sensible d’entre eux votent Rassemblement National. Une partie moins importante s’est tournée vers la NUPES aux législatives. Enfin, l’OM est également le club préféré des Conservateurs, cluster plus âgé et plus rural de classe moyenne qui vote plutôt à droite.
  • Enfin, on perçoit la filiation entre certains clubs et leur territoire consacrant ainsi des enjeux de suprématie locale. L’OM est ainsi le club préféré des habitants de PACA avec 62% de supporters. Le PSG bien qu’il ait un ancrage géographique moindre, dispose de 42% de supporters chez les habitants d’Ile de France. Dans les Hauts-de-France, Lens devance Lille de deux points : 27% de supporters contre 25%. En Auvergne Rhône-Alpes, les Lyonnais dont le palmarès récent a conquis le cœur de nombreux français devancent leurs rivaux Stéphanois avec 39% de supporters contre 14%.

Les français votent « Zizou » à l’unanimité

  • Interrogés sur leurs trois joueurs préférés, les Français ont placé Zinédine Zidane largement en tête, loin devant Platini, Pelé et M’Bappé (joueur en activité préféré des français). Sans surprise, c’est surtout chez les plus de 50 ans que Michel Platini recueille de nombreux soutiens, faisant presque jeu égal avec Zizou chez les retraités. Killian M’Bappé est lui plébiscité par les moins de 35 ans qui le placent 2eme derrière Zidane.
  • Les tensions identitaires qui traversent le pays se retrouvent dans ce classement. On voit notamment que Karim Benzema est très soutenu dans des clusters « mélenchonnistes » (Multiculturalistes, Révoltés) ou de gauche culturelle (Progressistes) avec un taux de soutien entre 10 et 20%. Il est beaucoup moins apprécié par les clusters plus hostiles aux immigrés et à l’islam : les Sociaux-Patriotes, les Anti-Assistanat et les Identitaires qui sont à peine 4% à le citer parmi leurs trois joueurs préférés. A l’inverse, Olivier Giroud qu’on a longtemps opposé à Karim Benzema dans le débat public, peut compter sur une base de soutien forte dans les groupes identitaires : il obtient ainsi 18% de soutient chez les Sociaux-Patriotes et 16% chez les Identitaires. On retrouve donc logiquement un fort niveau de soutien à Benzema parmi les électeurs de Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron : 32% et 31% et a contrario un fort niveau de soutien en faveur Giroud chez les électeurs de Marine Le Pen et d’Eric Zemmour : 38% et 23%.
    Notons que le joueur préféré des électeurs de Jean-Luc Mélenchon est N’Golo Kanté qui récolte 42% de soutien parmi eux.

Cluster17 est le résultat d’un travail scientifique de plusieurs années qui a permis de créer un outil de sondages et une méthode d’analyse testée auprès de dizaines de milliers de personnes sur l’ensemble du territoire. Cette approche repose sur une segmentation inédite de la société française en 16 groupes homogènes : les Clusters. Ces derniers permettent une analyse plus fine de la société et sont au centre de notre production d’études d’opinion. Pour tout comprendre aux clusters et faire le test : https://cluster17.com/

Sondage Cluster17 / Il Fatto Quotidiano – Elections générales italiennes 2022

La coalition de centre-droit largement en tête, le M5S atteint 14%

  • La coalition de centre-droit demeure largement en tête des intentions de vote : 44,8% contre 27,4% pour la coalition de centre-gauche.
  • Fratelli d’Italia est de loin la force dominante de la coalition de centre-droit : 24,4% VS 11,3% pour la Lega.
  • Le Partito Democratico est le second parti (20,8%) au sein d’une coalition de centre-gauche où les autres forces politiques n’atteignent jamais les 4%.
  • A noter le fait que le M5S atteint les 14% et constitue la 3ème force partisane du pays.
  • Azione e Italia Viva sont proches des 7%.

L’analyse des transferts de voix entre les politiche de 2018 et celles de 2022 permet de mieux comprendre le succès du centre-droit et tout particulièrement de Fratelli d’Italia dans les sondages.

  • Pour commencer, FdI est la force qui fidélise le mieux ses électeurs de 2018 (à hauteur de 74%).
  • Mais surtout FdI parvient à capter une part importante du vote leghista de 2018 (44%) et de celui en faveur de Forza Italia (38%). C’est donc principalement au détriment de ses deux principaux alliés que FdI progresse.
  • Le parti de Giorgia Meloni parvient également à capter une proportion significative des électeurs du M5S de 2018 : 17%.
  • A l’inverse, ses deux alliés, Lega et FI, ne parviennent non seulement pas à élargir leur base de 2018, mais perdent, on vient de l’évoquer, une part importante de celle-ci au bénéfice de FdI.

Au regard de ces mouvements électoraux, le PD est la force qui s’en sort actuellement le mieux : le parti de centre-gauche parvient à conserver une large majorité de ses électeurs de 2018 (68%), tout en captant près de la moitié des électeurs de Liberi e Uguali (46%) et 14% de ceux du M5S.

Le recul de ce dernier s’explique par son incapacité à conserver les électeurs de 2018 : seuls 46% d’entre eux s’apprêtent à voter à nouveau pour le M5S. Les pertes, on l’a vu, se font sur le centre-droit et, en particulier FdI, mais aussi le PD.

Quant à Azione/Italia Viva, la plupart de ses voix proviennent du PD et dans une bien moindre mesure du M5S et de FI.

Les jeunes votent plus pour le centre-gauche et le M5S et moins pour la coalition de centre-droit.

  • Chez les 18-24 ans, le PD arrive en tête suivi du M5S, puis d’Azione et d’Europa Verde/Sinistra.
  • Chez les 25-34, c’est le M5S qui est en tête, suivi de FdI, du PD et d’Azione.
  • Dans les classes d’âge moyennes (35-64 ans), c’est FdI qui est en tête. A noter que la Lega fait ses meilleurs scores parmi les 35-49 ans. La coalition de centre-gauche est particulièrement faible dans ses classes d’âge qui correspondent aux actifs. C’est bien au sein de ces classes d’âge que se fait aujourd’hui la différence entre centre-droit et centre-gauche.
  • Parmi les séniors (plus 65 ans), le PD est largement en tête suivi de FdI.

Les ouvriers votent pour le centre-droit ou pour le M5S. A elles-seules, les trois principales forces de la coalition de centre-droit captent 58,5% du vote ouvrier.

Le vote des employés présente une orientation assez similaire : 48% pour le centre-droit et 14,5% pour le M5S.

La coalition de centre-gauche est particulièrement faible dans les milieux populaires (seulement 11,5% chez les ouvriers). Son incapacité à produire une offre politique ajustée à ces milieux populaires qui représentent près de 30% de l’électorat est l’une des causes de sa faiblesse électorale actuelle.

Le PD est particulièrement fort chez les cadres et professions intellectuelles supérieures, ainsi que parmi les retraités et dans une moindre mesure les professions intermédiaires. Cette sociologie qui correspond aux classes moyennes et supérieures diplômées ainsi qu’aux catégories les plus âgées est tout à fait typique de la gauche modérée et du centre aujourd’hui en Europe.

C’est aussi dans ces segments et parmi les inactifs (en général des étudiants) qu’Europa Verde/Sinistra réalise ses meilleurs scores.

Le M5S a un électorat plus populaire : il réalise ses meilleurs résultats parmi les travailleurs autonomes (commerçants, artisans, chefs d’entreprise), les ouvriers et les inactifs (étudiants et femmes au foyer).

Enfin, il est intéressant de souligner que FdI a un électorat particulièrement trans-classe : le parti de Meloni réalise des scores proches de sa moyenne dans toutes les catégories sociales, sauf parmi les inactifs, en raison de sa relative faiblesse au sein de la jeunesse.

L’analyse par classes de revenus donne des résultats convergents.

  • Le M5S attire en priorité des électeurs disposant de faibles revenus.
  • A l’inverse, le PD mais aussi Azione e Italia Viva sont surreprésentés au sein des foyers disposant de revenus élevés, ce qui confirme que le centre-gauche et le centre recrutent leurs électeurs en priorité parmi les classes moyennes et supérieures.
  • Sur le plan des revenus, l’électorat de centre-droit se caractérise par sa diversité. C’est tout particulièrement vrai de FdI dont les électeurs appartiennent à toutes les catégories de revenus, à l’exception des strates les plus hautes où le parti de Meloni réalise des scores un peu plus faibles que sa moyenne.

Dans son rapport à la religion, l’électorat italien se divise aujourd’hui en trois groupes :

  • Une majorité se déclare « croyante mais non pratiquante » (52%), un cinquième environ « croyant et pratiquant » (21%) et un gros quart « non croyant » (27%).

Les catholiques comme les non-croyants sont présents dans tous les électorats, mais certaines logiques transparaissent. Le centre-droit peut être considéré comme une coalition reposant majoritairement sur un arrière-fond culturel catholique.

  • Chacune des forces de la coalition obtient presque deux fois plus de voix parmi les « croyants et pratiquant » que parmi les « non croyants » : 23,2% contre 12,7% pour FdI, 13% contre 7% pour la Lega et 10,9% contre 5% pour FI.
  • La situation est exactement opposée pour la gauche radicale et le M5S : deux à trois fois plus forts chez les « non-croyants » que les chez « croyants et pratiquants ».
  • Les forces du centre et du centre-gauche (dont le PD) combinent une composante catholique importante (sans doute héritée de la DC) et une composante non-religieuse de dimension comparable.
Travail,-salaire,-assistanat,-quels-sont-les-clivages-RL

Travail, salaire, assistanat : quels sont les clivages qui traversent l’opinion ?

Alors que le Gouvernement prépare une réforme de l’assurance-chômage à la rentrée, nous avons interrogé les Français sur leur rapport au travail et à l’argent.

  • Travail nécessité VS Travail liberté : la permanence d’un clivage de classe

Le rapport au travail est fortement déterminé par la situation économique des répondants. Les clusters les plus aisés : Sociaux-Démocrates, Centristes et Libéraux, qui forment un axe modéré favorable au Président, sont les trois clusters qui partagent le plus l’affirmation selon laquelle « Le travail est une valeur essentielle permettant aux individus de s’épanouir ». Les Anti-Assistanat et les Identitaires, deux clusters de droite conservatrice partagent également pour une relative majorité d’entre eux cette idée. A l’inverse les électeurs plus radicaux et/ou populaires de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen qu’on retrouve dans les clusters Multiculturalistes, Révoltés, Eurosceptiques et Sociaux-Patriotes sont une large majorité à affirmer que « Le travail est juste un moyen pour subvenir à ses besoins ».

Si cette question fait ressortir un clivage de classe, les autres questions de notre enquête font davantage ressortir un clivage de nature idéologique.

  • Travail VS coût de la vie : un déséquilibre qui confine à l’urgence

Tout d’abord, la quasi-totalité de notre échantillon (93%) est d’accord avec le fait que « Le travail ne paie pas assez par rapport au coût de la vie ». Un tel score montre les difficultés que traverse la plupart des Français pour assurer un niveau de vie en lien avec leurs revenus. Les clusters populaires, qu’ils votent plutôt Jean-Luc Mélenchon (Multiculturalistes, Révoltés, Solidaires) ou plutôt Marine Le Pen (Réfractaires, Eurosceptiques, Sociaux-Patriotes) sont logiquement ceux qui semblent le plus en attente de hausses de salaire. On peut parler pour ces clusters d’urgence sociale, comme le laissait déjà voir notre étude sur l’inflation au mois de juillet (https://cluster17.com/les-francais-face-a-linflation/).

  • Salaire VS allocations : Une ligne de clivage idéologique et des clusters populaires divisés

L’affirmation « En France, on s’en sort plus facilement avec les revenus des allocations qu’avec un salaire » clive parfaitement l’opinion en deux blocs : 50% sont d’accord et 50% sont en désaccord. Les électeurs d’Éric Zemmour, de Marine Le Pen et de Valérie Pécresse partagent cette affirmation à plus de 69%. Les plus de 75 ans et les retraités également à plus de 60%. En termes de clusters, on voit se dessiner un clivage de nature idéologique fracturant le pays en deux. Les Multiculturalistes, les Sociaux-Démocrates, les Progressistes, les Solidaires, les Centristes, les Révoltés, les Apolitiques sont dans leur majorité en désaccord. En face, les Conservateurs, les Libéraux, les Réfractaires, les Eurosceptiques, les Sociaux-Patriotes, les Anti-Assistanat et les Identitaires sont majoritairement d’accord.

On voit que l’électorat du Président de la République est clivé sur cette question : les Centristes, les Sociaux-Républicains et les Sociaux-Démocrates, soit le flanc modéré de centre et centre-gauche, ne partagent pas les mêmes positions que les Libéraux et les Conservateurs qui constituent la fraction de droite de sa coalition.

Au contraire, l’électorat de Jean-Luc Mélenchon et plus généralement la gauche est tout à fait rassemblée contre cette affirmation qui peut être perçue comme une dénonciation de l’«assistanat ».

L’électorat de Marine Le Pen est quant à lui clivé. Les trois clusters populaires (Réfractaires, Eurosceptiques, Sociaux-Patriotes), composés de nombreux ouvriers et d’employés peu diplômés qui votent massivement pour elle (et qui sont une majorité dans nos enquêtes à ne pas se reconnaître dans le clivage gauche / droite) se positionnent ici avec la « droite » mais dans une majorité très relative. Cela peut être interprété en deux sens : à la fois leur salaire est trop bas et à la fois les allocations sont trop hautes, donc trop peu différenciantes de leur niveau de vie. Il s’agit sans doute autant d’un manque de reconnaissance du travail par le salaire que d’une forme d’injustice ressentie vis-à-vis des bénéficiaires des allocations, dans des groupes où le niveau de salaire est parfois inférieur à un SMIC à temps plein.

Nous avons testé deux autres mesures volontairement clivantes pour mettre en exergue ces clivages :

1/ « Il faut supprimer les allocations chômage au bout de 6 mois sans activité » : 32% des français interrogés sont d’accord et 68% en désaccord.

Nous retrouvons ici la même répartition que dans la question précédente. Seuls les clusters qui se positionnent à droite et qui votaient jadis pour l’UMP et LR sont majoritairement d’accord : les Conservateurs, les Libéraux, les Anti-Assistanat et les Identitaires. L’ensemble des autres clusters sont assez largement en désaccord, y compris les Centristes, ce qui démontre à quel point il serait difficile pour Emmanuel Macron de préserver l’équilibre de sa coalition si des mesures trop « radicales » venaient à être prises.

2/ « Supprimer le RSA aux allocataires s’ils ne travaillent pas 12h par semaine en contrepartie » : 56% des français interrogés sont d’accord et 44% sont en désaccord

Cette mesure fait davantage consensus et fait apparaître une majorité d’opinion. Les Centristes sont ici majoritairement d’accord. Les Apolitiques et les Sociaux-Républicains, deux clusters modérés, sont également majoritairement d’accord avec cette mesure.
De même, les Réfractaires basculent avec la majorité. Les Sociaux-Patriotes et les Eurosceptiques sont quant à eux très clivés, quasiment à 50-50. Le clivage qui traverse ces trois clusters populaires montre qu’il existe à la fois un risque pour Emmanuel Macron à cliver fortement sur des mesures qui peuvent paraître impopulaires mais également les difficultés pour Marine Le Pen à se positionner dans la mesure où sa base est profondément clivée sur ces enjeux. Les électorats d’Éric Zemmour et de Valérie Pécresse sont quant à eux très favorables à un durcissement des conditions d’attribution du RSA et des allocations.

Pour la gauche, les choses sont plus « simples » : l’ensemble de sa base électorale – qu’elle soit radicale (Multiculturalistes, Solidaires, Révoltés) ou modérée (Sociaux-Démocrates, Progressistes) – est en opposition avec la mise en place de telles mesures. Les débats qui s’amorcent au Parlement constituent ainsi l’occasion pour les partis membres de la NUPES de tenter de « récupérer » une partie des Sociaux-Démocrates et des Progressistes qui continuent d’adhérer sensiblement à l’action du Président de la République mais pourraient se trouver en porte-à-faux si des mesures perçues comme « anti-redistributives » ou « anti-assistanat » venaient à être adoptées.

De l’élection présidentielle aux élections législatives : pourquoi il n’y a pas de majorité politique dans le pays ?

La séquence électorale qui s’achève accouche d’une situation inédite : un président réélu hors situation de cohabitation – une première sous la Ve République – mais se retrouvant sans majorité absolue à la suite de son élection – une première depuis l’instauration du quinquennat.

Nous posions à l’issue du 1er tour de la présidentielle le constat dans le Monde Diplomatique que la consécration d’une tripartition de l’électorat, avec de profonds clivages entre les trois « pôles » de la vie politique, entrainerait le gagnant de la présidentielle dans une inéluctable mécanique minoritaire. Dans ce cadre tripolaire, le second tour de la présidentielle repose inéluctablement de plus en plus sur une logique de vote par défaut : l’électeur y procède plus par élimination du candidat le « pire », que par réelle adhésion au vainqueur. Dans ce contexte, l’élection législative laisse à voir davantage la réalité du paysage électoral : un pays éclaté autour de trois pôles largement incompatibles.

Emmanuel Macron affaibli sur sa droite et sur sa gauche

La coalition électorale d’Emmanuel Macron au premier tour de la présidentielle reposait sur un alliage inédit avec pour barycentre les Centristes autour desquels il avait su rassembler les clusters de gauche Sociaux-Démocrates et Progressistes (ancien cœur électoral du PS) et les clusters de droite Conservateurs et Libéraux (ancien cœur électoral de l’UMP). Lors de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron avait triomphé de ses adversaires pour constituer ce bloc du « en même temps » que l’on peut comparer au bloc qui avait voté « Oui » au référendum sur le traité constitutionnel européen de 2005. A sa gauche, il avait capté presque 50% des Sociaux-Démocrates, reléguant Jean-Luc Mélenchon presque 30 points derrière lui. A sa droite, il avait réuni également 50% des Libéraux, en parvenant à susciter une logique de vote utile au détriment de Valérie Pécresse, reléguée sous les 20% dans un cluster qui en 2017 avait voté aux deux tiers pour François Fillon…

Si Emmanuel Macron n’a pas pu reproduire cette opération lors des législatives, c’est en partie dû à la nature de l’élection, moins personnalisée et plus tributaire des marques politiques ainsi que de l’ancrage de chaque candidat. Mais c’est également dû à l’évolution de l’offre électorale entre les deux scrutins.

L’union de la gauche – coalisant l’ensemble des partis du PS à LFI – a permis à la Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale (NUPES) de mieux concurrencer Emmanuel Macron dans les clusters Sociaux-Démocrates et Progressistes que ne le fit Jean-Luc Mélenchon lors de l’élection présidentielle. Cette résurgence d’un bloc de gauche « plurielle » a en effet permis à la NUPES de faire jeu égal avec la majorité présidentielle au sein de ces deux clusters modérés, bien insérés dans la mondialisation et pour lesquels la radicalité de Jean-Luc Mélenchon sur l’axe peuple-élite et sur l’axe économique opère comme un repoussoir. Ces électeurs mal représentés par l’offre actuelle – en raison de l’absence d’une offre sociale-démocrate forte – se sont finalement partagés à parts égales aux législatives entre la NUPES et la majorité présidentielle.

Sur sa droite, le faible ancrage territorial de Renaissance a permis aux candidats Les Républicains, qui sont mieux implantés, de « récupérer » une partie de leur électorat traditionnel : les Conservateurs et les Libéraux. Chez ces derniers, LR fait même jeu égal avec la majorité présidentielle, là où Valérie Pécresse avait été largement distancée.

C’est toutes les limites du « en même temps » : fédérer ces clusters de gauche et de droite est un équilibre subtil que le Président avait réussi à tenir grâce aux crises successives des gilets jaunes, du Covid et de l’Ukraine, en endossant le costume de la stabilité et de l’ordre, rassurant par là même cet électorat diplômé et aisé, hostile aux « extrêmes », au « dégagisme » et à toutes les formes de « populisme ». Pour cette coalition des modérés, Emmanuel Macron était indiscutablement plus crédible et attractif que Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon.

Mais les messages contradictoires envoyés pour séduire la gauche dans l’entre-deux-tours ainsi qu’à l’issue du second (« planification écologique », « nos vies valent mieux que leur profit », nomination de Pap N’Diaye à l’Education Nationale…) ont pu refroidir l’électorat conservateur qui s’est portée vers LR et, pour une part non négligeable en particulier au second tour, vers le RN, notamment dans un contexte où la thématique sécuritaire reprenait le dessus avec les incidents du Stade de France. Trop à droite pour la gauche, qui a sanctionné sa volonté de porter l’âge de départ à la retraite à 65 ans et trop à gauche pour la droite en particulier sur les enjeux sociétaux, voici ce qui a probablement causé la désarticulation de l’électorat « macroniste » en juin dernier.

La NUPES a réuni un bloc de gauche traditionnel

La NUPES a réalisé un bon score lors de ces législatives et, surtout, est parvenue à faire élire un nombre important de candidats : 151. Le contexte a fortement contribué à une perception globalement positive de ce résultat : la gauche était faiblement représentée dans l’ancienne Assemblée, nombre de commentateurs considéraient comme acquise une victoire de la majorité présidentielle aux législatives et la gauche était considérée comme moribonde voire en danger de disparition il y a encore 6 mois, au début de la campagne présidentielle. Mais ce résultat démontre également que la gauche unie sous la forme de la NUPES reste loin de la majorité électorale. Et la dynamique de campagne n’a pas été aussi porteuse que ne pouvaient l’espérer les leaders de la gauche. L’élan initial de la NUPES était pourtant bien réel. L’union, très attendue par l’électorat de gauche, a suscité un enthousiasme qui a permis à la NUPES d’imposer initialement le rythme de la campagne et de construire l’élection sur le mode d’un duel avec le Président. Si bien que l’alliance de gauche dépassait les 30% dans nos intentions de vote fin avril et début mai. La force de l’alliance reposait notamment sur le fait que le Parti Socialiste fasse partie de cet accord. Cela a permis dans un premier temps de créer un sursaut dans l’électorat de gauche, y compris au sein de ses segments modérés : la NUPES est même parvenue en début de campagne à dépasser, assez largement, la majorité présidentielle chez les Progressistes, ce que La France Insoumise, seule, ne pouvait aucunement espérer.

Mais cette dynamique s’est affaiblie au fil de la campagne. La NUPES s’est, en effet, révélée dans l’incapacité de conquérir les clusters de gauche modérée : en l’occurrence, les Progressistes et, plus encore, les Sociaux-Démocrates. En difficulté au début de la campagne, la majorité présidentielle est, en effet, parvenue à conserver une bonne part de son électorat au sein de ces deux clusters décisifs et les candidatures divers gauche, en particulier les dissidences socialistes, ont, elles aussi, obtenu de bons résultats sur ce segment de l’électorat. On le constate dans le tableau ci-dessous : les candidatures divers gauche sont parvenus à réunir 10% des Sociaux-Démocrates – mais aussi 10% des Sociaux-Républicains – soit une précieuse réserve de voix qui coûtera de nombreux sièges à la NUPES.

Le récit de la campagne et les quelques dissonances internes à la NUPES peuvent bien sûr tenir lieu de justification à cette dynamique négative de fin de campagne. Mais la clusterisation permet d’identifier des logiques plus profondes. En réalité, la dynamique baissière de la fin de la campagne relève d’un désajustement structurel entre la demande de ces deux clusters de gauche modérée et l’offre politique incarnée aujourd’hui par la NUPES. Cet électorat Progressiste et Social-Démocrate se positionne certes à gauche sur les valeurs et sur les questions culturelles, mais c’est sur le clivage peuple VS élite et économie de marché VS économie régulée que ces électeurs peinent à s’identifier dans les positions de la NUPES. En effet, ces électeurs sont plutôt élitaires et en demande de stabilité politique et économique. Pour cette raison, la personnalité de Jean-Luc Mélenchon suscite un rejet important au sein de ces deux clusters. En témoigne notre dernier baromètre de personnalité dans lequel les Sociaux-Démocrates et les Progressistes déclarent « rejeter » à plus de 50% la personnalité de Jean-Luc Mélenchon. Dans ce contexte, faire campagne sur le thème « Mélenchon premier Ministre » ne pouvait que conduire à la défection d’une partie des électeurs Sociaux-Démocrates et Progressistes, qui ont alors préféré rester fidèles à la majorité présidentielle ou ont choisi les candidatures « divers gauche ».

Du fait de cette relative incapacité à élargir significativement sa base de soutien, la structure sociologique et politique de l’électorat de la NUPES demeure la même que celle de la coalition qui a voté Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle : elle réunit l’intégralité de la gauche « radicale » (clusters Multiculturalistes, Solidaires et Révoltés). Elle réunit la jeunesse diplômée, une bonne partie des employés et des ouvriers, une petite bourgeoisie citadine et arrive en tête chez les professions intermédiaires au sein desquels on retrouve tout le corps des professeurs des écoles. La fonction publique diplômée a largement plébiscitée l’alliance de la gauche. Demeure la difficulté à reconquérir les anciens électeurs ouvriers, appartenant principalement aux clusters Réfractaires, Eurosceptiques et Sociaux-Patriotes. Ces électeurs en forte demande de protections économiques sont également les plus « dégagistes » et sont extrêmement défiants vis-à-vis de l’islam et de l’immigration. Ils habitent pour une bonne partie « La France Périphérique » et appartiennent aux franges les moins diplômés et les plus populaires du pays. Si jusqu’à l’élection de François Hollande, ils pouvaient encore voter à gauche au second tour, ils demeurent majoritairement fidèles soit à l’abstention soit au Rassemblement National, qu’ils ont placé largement en tête une fois de plus aux législatives. Au second tour, la NUPES, qui pouvait espérer profiter d’un report de voix favorable dans ces groupes très « anti-système » lors des duels l’opposant à la majorité présidentielle, n’a pu finalement compter que sur une très faible mobilisation de ces clusters en sa faveur. Ils n’ont donc pas joué ce rôle d’arbitre qui aurait permis à la gauche unie de conquérir plus de sièges.

Le RN, de la radicalité au parti de l’ordre : consécration de la dédiabolisation

Le Rassemblement National a été l’un des grands bénéficiaires de ces élections législatives. Comme pour la NUPES et même plus encore que la gauche unie, il a bénéficié d’un niveau d’attentes qui était bien plus faible que les résultat obtenus. Les 89 députés élus au soir du second tour ont constitué une heureuse surprise pour les responsables RN eux-mêmes. Cette réussite s’explique par la capacité du RN à se banaliser et à s’institutionnaliser. Déjà lors du second tour de l’élection présidentielle, Marine Le Pen avait amélioré son score, profitant non seulement de la fin du front républicain – donc de l’abstention d’une large part des clusters de gauche – mais également d’une progression dans des clusters de droite modérée, en particulier parmi les Conservateurs, un cluster composé en partie de petits retraités vivant en monde rural. Cette stratégie visant à rassurer notamment l’électorat âgé a fonctionné parce qu’elle n’a pas entamé la popularité de Marine Le Pen et du RN dans les clusters populaires. C’est cet équilibre pour l’instant réussi entre des clusters demandeurs d’ordre et des clusters demandeurs de transformations radicales qui permet au Rassemblement National de s’étendre. Marine Le Pen n’a plus besoin de défendre des positions clivantes pour séduire un électorat populaire : leur fidélité semble durablement acquise. Son positionnement légèrement moins social et « dégagiste » que par le passé aurait pu entamer son crédit dans cet électorat, mais les autres offres politiques ne sont pas concurrentielles : elle demeure la seule pour ces clusters à se poser à la fois comme opposée à l’économie mondialisée et opposée à l’immigration. Ni Éric Zemmour, trop « élitaire », ni Jean-Luc Mélenchon, trop « multiculturaliste », ne parviennent donc à la concurrencer sur ces segments où elle reste très nettement mieux-disante.

La stratégie du RN se révèle payante dès le premier tour, où il obtient de bons scores relativement aux élections législatives précédentes et malgré le très haut niveau d’abstention, grâce sans doute à l’élargissement de sa base à des publics qui votaient traditionnellement pour la droite. Cette « réussite » est encore plus manifeste au second tour, où pour la première fois le RN profite de reports de voix significatifs en provenance de la droite traditionnelle (Conservateurs et Libéraux). Il profite aussi de très bons reports en provenance de la « bourgeoisie nationale » pour reprendre la terminologie du leader de Reconquête : l’électorat Identitaire qui a, par exemple, massivement voté Reconquête dans le sud-est s’est très bien reporté sur le RN au second tour. Enfin, le RN profite de l’effondrement du « front républicain » : les clusters de gauche (Multiculturalistes, Solidaires, Révoltés) ne font plus barrage lorsqu’il s’agit d’arbitrer un duel entre la majorité présidentielle et le RN (cf. tableau ci-dessous). Quant aux anciens clusters de la coalition sarkozyste, certains se partagent désormais entre LREM et RN (Conservateurs), voire votent majoritairement pour le parti de Marine Le Pen (Anti-assistanat). C’est ce double phénomène d’affaissement du front républicain et de glissement vers le RN des clusters de droite qui explique l’élection de 89 députés RN à l’Assemblée.

Une configuration instable

 La tripartition de l’espace politique rend aujourd’hui particulièrement difficile l’émergence d’une solide majorité électorale, d’autant plus que les institutions politiques, à commencer par les règles électorales ont été pensées pour réguler un ordre politique bipolaire. Cette structure tripartite se manifeste, entre autres, dans la base de soutien relativement réduite dont dispose chacun des trois leaders qui incarnent cette tripartition. Nous le mesurons chaque mois dans nos baromètres de personnalités. Qu’ils s’agissent d’Emmanuel Macron, de Jean-Luc Mélenchon ou de Marine Le Pen, chacune de ces personnalités fédère un noyau dur de soutien, mais suscite aussi un très large éventail de défiance. Aucun ne semble en mesure de fédérer les électeurs des autres pôles. C’est aussi le cas de leurs offres politiques respectives : bien identifiées par les électeurs, et très clivantes, elles sont trop éloignées les unes des autres pour pouvoir coaguler dans une même coalition. L’électorat de Jean-Luc Mélenchon peut se retrouver sur l’axe culturel avec l’électorat d’Emmanuel Macron mais s’en éloigne radicalement sur les axes économiques et sur l’axe « peuple VS élites ». A l’inverse, l’électorat de Marine Le Pen peut converger avec celui de Jean-Luc Mélenchon sur sa défiance vis-à-vis du « système » et sur les enjeux économiques et sociaux, mais le clivage est bien trop puissant sur l’axe culturel et identitaire. Pour toutes ces raisons, la configuration politique actuelle a peu de chances de durablement se stabiliser, faute de reposer sur un parti et même un bloc électoral majoritaire. Les cinq années à venir – à supposer que le calendrier institutionnel soit respecté – devraient être marquées par de profondes transformations tant le système politique français est loin aujourd’hui d’avoir retrouvé un point d’équilibre et une structuration un tant soit peu durable.

Evolution des intentions de vote aux Législatives 2022 par Clusters

Evolution des intentions de vote des élections législatives 2022

Identitaires
Anti-Assistanat
Sociaux-Patriotes
Eurosceptiques
Réfractaires
Libéraux
Conservateurs
Eclectiques
Sociaux Républicains
Apolitiques
Révoltés
Centristes
Solidaires
Progressistes
Sociaux-Démocrates
Multiculturalistes

Remarque : Vous pouvez désactiver/activer la ligne d’un candidat en cliquant sur son nom.

Cluster17 trois blocs et deux perdants

Trois blocs et deux perdants

Même si les votes favorables à M. Emmanuel Macron ont progressé avec le revenu et l’âge des électeurs, ces données ne résument pas la sociologie électorale du dernier scrutin présidentiel. Les positions par rapport à l’Europe, aux vaccins, à l’islam, à l’urgence écologique ont souvent joué un rôle décisif, tout comme le niveau de défiance envers le « système ».

Baromètre hebdomadaire S23 : Législatives 2022

A deux jours du scrutin, quelles sont les forces et faiblesses des trois principaux pôles ?

La candidature de la Nouvelle Union Populaire Ecologique et sociale (NUPES) se maintient en tête des intentions de vote cette semaine à 29,5% devant la candidature de la majorité présidentielle à 26%. La prise en compte de l’ensemble des candidats dissidents fait baisser mécaniquement la NUPES d’1,5 point et la liste « Ensemble » d’1 point. Mais les rapports de force restent stables. Le Rassemblement National perd lui aussi 1,5 point et se retrouve assez éloigné de ses concurrents à 17,5%. L’abstention qui pourrait être particulièrement élevée est la principale menace, notamment pour la NUPES et le RN dont les électorats sont en raison de leur profil sociologique à plus haut risque abstentionniste. Malgré cela, nous devrions retrouver les trois pôles arrivés en tête à la présidentielle. L’ordre d’arrivée pourrait cependant être inversé du fait de la dynamique suscitée par l’union de la gauche au début de la campagne, au détriment des deux autres pôles. Quelles sont les forces et faiblesses de ces « trois blocs » ?

  • L’électorat de la NUPES plus mobilisé politiquement

L’union de la gauche est une attente forte au sein des clusters qui composent le socle du vote Jean-Luc Mélenchon mais aussi des autres composantes de la gauche. Déjà, lors des présidentielles, notre enquête montrait cette forte attente des électeurs de gauche sur leur souhait d’une primaire réunissant l’ensemble des partis de gauche (cf https://cluster17.com/les-electeurs-de-gauche-largement-favorables-a-lidee-dune-primaire/). De fait, cette union, relativement inattendue, qui s’inscrit dans le prolongement du bon score de Jean-Luc Mélenchon, a permis à cet électorat de rester mobilisé quand les électeurs de Marine Le Pen marquaient le coup suite à la défaite au 2nd tour de la présidentielle.

Le cluster Multiculturalistes, qui est celui le plus à gauche de notre segmentation, est celui qui déclare le plus s’intéresser à ces législatives, et 93% des individus qui le composent ont l’intention de voter pour la NUPES dimanche. Alors que les précédents scrutins étaient marqués par une déperdition de ces électeurs de gauche radicale du fait des divisions, l’union entraîne une forte concentration du vote de ces clusters qui n’ont qu’une seule offre politique vers laquelle se tourner. De même, cette union permet à la gauche de retrouver des électeurs qui jusqu’ici lui échappaient. C’est le cas des Sociaux-Démocrates qui sont clivés entre une offre de gauche classique et la majorité présidentielle.

Là où Jean-Luc Mélenchon peinait à les attirer, la NUPES parvient à mieux capter ces électeurs. Et c’est le cas aussi des Réfractaires, un cluster populaire, social sur les questions économiques et « antisystème », qui vote plutôt Marine Le Pen aux présidentielles mais dont 29% indiquent vouloir voter pour la NUPES ce dimanche. Plus globalement, la NUPES semble capter une part significative des clusters populaires et identitaires, ce qui pourrait se traduire dans les urnes par un recul significatif du RN.

Toutefois, pèsent sur la NUPES deux menaces :

– La première, c’est l’abstention. La NUPES a un électorat jeune, une pyramide des âges inversée par rapport à la majorité présidentielle. Plus les électeurs sont jeunes, plus ils votent NUPES. Or plus les électeurs sont jeunes, plus ils s’abstiennent. En 2017, l’abstention avait été particulièrement élevée chez les moins de 40 ans. Dans ce contexte, une forte abstention pourrait entraîner un recul du score de la NUPES par rapport aux intentions de vote.

– La deuxième menace, c’est la perception qu’a l’opinion de Jean-Luc Mélenchon. Nos différentes enquêtes ont montré que les Français étaient en demande d’alternative à Emmanuel Macron. Ce rejet pourrait profiter à la NUPES notamment au 2nd tour dans une logique de vote utile, une part de l’électorat populaire du RN étant susceptible de se reporter sur les candidats NUPES pour « faire barrage » à Emmanuel Macron. Cependant, l’hypothèse de la nomination de Jean-Luc Mélenchon comme premier ministre est très minoritaire dans l’opinion et clive y compris à l’intérieur de la coalition de gauche.

Sa personnalité clivante pourrait empêcher les électeurs de gauche modérée (Sociaux-Démocrates et Progressistes) mais aussi l’électorat « social-identitaire » de Marine Le Pen de voter NUPES au 2nd tour. Les premiers à cause de sa supposée radicalité économique et d’un positionnement jugé « populiste », les seconds à cause de sa supposée bienveillance envers l’islam et l’immigration. C’est la raison pour laquelle les cadres de la majorité présidentielle et du Rassemblement National pointent justement leurs attaques sur ces deux aspects.

  • La majorité présidentielle à l’abri de l’abstention ?

La majorité présidentielle dispose de deux atouts principaux : le premier c’est la stabilité de sa coalition électorale. Les clusters pro-Macron de la présidentielle restent « fidèles » à Ensemble. Ce large arc modéré rassemblant une partie des anciens électeurs PS (les Sociaux-Démocrates et les Progressistes), les Centristes, les Sociaux-Républicains et une partie des anciens électeurs UMP (Conservateurs et Libéraux) est bien mobilisé pour ces législatives ; et cela malgré la concurrence de la NUPES sur la gauche modérée et le maintien de LR à un bon niveau chez les Libéraux.

Le deuxième atout repose sur la sociologie de cet électorat modéré : il est plus diplômé que la moyenne en particulier pour les clusters Sociaux-Démocrates et Libéraux qui sont respectivement 46% et 39% à indiquer vouloir voter pour la majorité présidentielle. Et il est également plus âgé que la moyenne. 36% des plus de 65 ans disent ainsi vouloir voter pour la liste « Ensemble ». Or, lorsque l’abstention est élevée, le poids des électeurs âgés et diplômés est démultiplié du fait de leur faible propension à s’abstenir. Cela pourrait même entraîner un rattrapage de la liste « Ensemble » au détriment de la NUPES en cas de mobilisation différentielle très importante.

Les faiblesses de la majorité présidentielle reposent sur le contexte politique et économique :

– La réélection d’Emmanuel Macron après son premier quinquennat annihile légèrement l’automaticité d’un vote majoritaire aux législatives qu’on observait habituellement à la suite de l’élection présidentielle. Il y a ainsi le risque d’un vote de rejet notamment au 2nd tour, une sorte de vote utile inversé contre Emmanuel Macron et sa majorité.

– Le contexte inflationniste fait passer les questions sociales en tête des préoccupations des Français. Or sur le clivage économique et social, il y a une coagulation possible d’un électorat populaire qui se divise habituellement entre Jean-Luc Mélenchon (Solidaires et Révoltés) et Marine Le Pen (Réfractaires, Eurosceptiques, Sociaux-Patriotes) sur les questions identitaires et culturelles. Cependant, avec la hausse des prix des produits de première nécessité et le risque du recul de l’âge de départ à la retraite, un « vote gilets jaunes » réunissant ces cinq clusters très populaires pourrait se mettre en place de façon partielle au 2nd tour. On en observe d’ailleurs les prémices dans les score relativement élevés obtenus par la NUPES au sein des clusters populaires et identitaires qui constituent traditionnellement le socle du RN.

  • Le pôle identitaire moins mobilisé et plus divisé que ses adversaires

Si Marine Le Pen était parvenue lors de la présidentielle à mobiliser efficacement son électorat et même à conquérir une partie de l’électorat des LR, ses électeurs semblent peu mobilisés pour ces élections législatives. En témoigne le tableau ci-dessus : c’est dans les clusters les plus pro-RN que l’on s’intéresse le moins à cette élection : 40% des Réfractaires déclarent même ne pas s’y intéresser du tout !

Alors que plus de 80% des électeurs d’Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon déclarent s’intéresser « beaucoup » ou « assez » aux législatives, c’est le cas de seulement 65% des électeurs de Marine Le Pen. Cette démobilisation politique trouve son prolongement dans nos intentions de vote. Le RN rassemble « seulement » 17,5% des voix. Les attributs sociologiques de son électorat sont également source de menace et d’incertitude sur le score du RN dimanche. Son profil extrêmement populaire est associé à de très haut niveau d’abstention lors des scrutins de moyenne et faible intensité, ce qui est bien l’une des caractéristiques de ces législatives.

Trouvera-t-il des raisons de se mobiliser dans les récents événements médiatiques (polémique du Stade de France et polémique sur le policier qui a tiré sur la passagère d’un repris de justice) mais également en raison du contexte économique auquel il est particulièrement sensible ? Notre estimation de l’abstention pour l’instant ne le laisse pas présager.

L’autre point négatif pour le RN est la division maintenue avec Reconquête qui pèse tout de même 5,5% des voix et qui vient concurrencer le RN sur certains de ses principaux clusters et tout particulièrement chez les Identitaires. On voit que ce cluster, très radical sur les questions migratoires et sécuritaires, est hésitant entre le RN et Reconquête. 36% disent vouloir voter RN, 30% pour Reconquête. Alors qu’elle avait réussi à distancer Éric Zemmour dans ce cluster par une mécanique de vote utile au premier tour de la présidentielle, le contexte politique et la nature de l’élection sont cette fois-ci moins favorables à un tel scénario pour Marine Le Pen.

Baromètre hebdomadaire S22 : Législatives 2022

Des coalitions très inégalement menacées par l’abstention

Notre baromètre consacré aux législatives cette semaine reflète une grande stabilité. Depuis un mois, il n’y a pas eu de bouleversements majeurs dans l’opinion. La NUPES reste en tête des intentions de vote à 31% devant la majorité présidentielle à 27%. L’écart s’est certes resserré ces dernières semaines au profit de la majorité présidentielle mais pas de façon significative.

Le Rassemblement National stagne lui aussi à 19%.
Alors que durant la présidentielle nous observions un intérêt croissant des Français pour l’élection, nous observons avec ces législatives le phénomène inverse.

Les Réfractaires, les Eurosceptiques, les Sociaux-Patriotes, les Anti-Assistanat, les Identitaires, qui avaient placé Marine Le Pen en tête au 1er tour et qui constituent les clusters phares du pôle identitaire sont ceux pour qui il importe le moins de savoir qui sera leur futur député. Cela fait peser sur le Rassemblement National la menace persistante d’une abstention différentielle défavorable. Lorsque l’abstention est forte, elle touche davantage les classes populaires et les jeunes, ce qui rend les choses difficiles pour le Rassemblement National dont l’électorat est certainement le plus populaire.

La menace pèse aussi sur la NUPES dont l’électorat est le plus jeune. En effet, 50% des 18-24 ans indiquent vouloir voter pour la coalition de gauche la semaine prochaine, 40% des 24-35 ans mais « seulement » 22% des 65 ans et plus. Cependant, l’électorat de gauche semble plus intéressé et plus mobilisé par les législatives du fait de cette alliance nouée qui laisse percevoir un duel serré entre la majorité et la NUPES.

A ce titre, l’électorat de Jean-Luc Mélenchon est un de ceux qui déclarent le plus s’intéresser aux élections législatives : 55% des électeurs du 1er tour disent s’y intéresser « beaucoup ». Dans la même perspective, ce sont les Multiculturalistes qui constituent le cluster le plus mobilisé par cette élection. C’est un cluster de gauche culturelle, très favorable à l’union de la gauche, radicale et très hostile à Emmanuel Macron.

Enfin, l’électorat de la majorité présidentielle est le plus à l’abri de ce risque abstentionniste du fait de sa sociologie : son électorat est plus âgé en moyenne, plus aisé et plus diplômé. Pèse sur la majorité un risque plus politique : celui de voir le clivage gauche/droite se reconstituer par endroit. La concurrence de la NUPES sur les clusters de gauche modérée est un phénomène nouveau par rapport à la présidentielle, au cours de laquelle Emmanuel Macron était arrivé en tête chez les Sociaux-Démocrates et les Progressistes, soit dans les clusters de la gauche modérée.

De l’autre côté de la coalition majoritaire, il conviendra d’observer si LR parvient à retrouver une partie de son électorat traditionnel, notamment le cluster des Libéraux, qui avait voté « utile » au 1er tour de la présidentielle en choisissant massivement de se porter sur la candidature d’Emmanuel Macron.

Autre indicateur d’une faible participation à venir, la part d’électeurs s’intéressant aux élections législatives décroit également.  Alors que le 12 mai, 42% d’entre eux disaient s’intéresser « beaucoup » aux législatives, ce chiffre est tombé à 34%.

A nouveau, c’est l’électorat de Marine Le Pen au 1er tour de la présidentielle qui déclare le moins s’intéresser à cette élection (avec les électorats de Yannick Jadot et Jean Lassalle) : seulement 33% de ses électeurs qui s’y intéressent « beaucoup », contre 43% de ceux d’Emmanuel Macron et 55% de ceux de Jean-Luc Mélenchon.

Le fait que cette campagne se joue principalement dans un contexte de forte inflation autour des thématiques socio-économiques au détriment des enjeux identitaires contribue sans doute à cette démobilisation du camp identitaire. L’absence d’alliance avec Reconquête et de perspective de victoire du RN – admise par Marine Le Pen elle-même – est un autre facteur explicatif de la démobilisation de son électorat.

En résumé, l’abstention devrait pénaliser en premier lieu le RN dont les électeurs pourraient s’abstenir massivement avec pour conséquence, si cette hypothèse se vérifiait, des résultats plus faibles que ceux annoncés par les sondages. La NUPES est, quant à elle, sous la menace d’une abstention plus sociologique, liée à la jeunesse de son électorat potentiel. On sait, en effet, que lors des deux dernières élections législatives (2012 et 2017) les écarts de participation entre jeunes et séniors ont approché les 40 points.

Dans ce contexte, la majorité présidentielle pourrait bénéficier d’un avantage concurrentiel, disposant d’une base électorale bien plus participationniste que la moyenne. C’est d’ailleurs ce pari stratégique que semble avoir fait le camp présidentiel en optant pour une campagne de très basse intensité qui devrait générer une très forte abstention probablement favorable aux candidats d’Ensemble.

Trouver mon Cluster