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Baromètre des personnalités politiques

Baromètre des personnalités politiques N°4

Un mois de juillet favorable à l’exécutif

Les deux figures de l’exécutif connaissent ce mois-ci une progression de leur soutien dans l’opinion. Emmanuel Macron reprend même la tête de notre classement avec 17% de soutien. Derrière lui, le classement reste inchangé, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen demeurent sur le podium. Jordan Bardella, nouvellement testé dans notre baromètre s’immisce à la 7ème place avec un solide socle de 10% de soutien.

Emmanuel Macron reprend la tête du classement, Elisabeth Borne en hausse

Le Président de la République et la Première Ministre étaient sortis affaiblis de la séquence législative. Cela s’était matérialisé par une baisse dans l’opinion le mois dernier. L’absence de majorité à l’issue des législatives avait désarticulé l’électorat de la majorité présidentielle. Les premières semaines de travail parlementaire semblent plutôt inverser cette tendance baissière. Emmanuel Macron reste ainsi en tête dans la moitié des clusters. La transversalité de son positionnement ne semble pas s’être altéré. Bien qu’il soit légèrement en baisse sur son aile gauche, chez les Sociaux-Démocrates (-1) et les Progressistes (-6), il progresse dans le cœur de son électorat initial, les Centristes (+8), les Apolitiques (+8), les Eclectiques (+12) et sur son aile droite chez les Conservateurs (+10). Il profite certainement de l’absence d’alternative sur ces segments de l’opinion très modérés. Mais également de la menace relativement faible opérée par l’opposition sur sa politique, en témoigne la motion de défiance portée par la NUPES qui n’a pas abouti. La Première Ministre profite également de ce contexte favorable ; elle retrouve la 6ème place de notre classement avec 10% de soutien et une progression dans le cœur électoral du « macronisme ».

Les leaders des trois pôles restent inchangés

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon demeurent en tête de leurs coalitions respectives. Leur situation politique se caractérise par une extraordinaire stabilité ; ils sont égalité à nouveau ce mois-ci avec 15% de soutien. Ils bénéficient tous deux d’un noyau dur fidèle qui leur a chacun permis de faire un bon score au 1er tour de l’élection présidentielle mais aussi d’un fort niveau de rejet, à plus de 50% qui ne leur permet pas d’étendre leur coalition et de former une alternative majoritaire à Emmanuel Macron.

La députée RN conserve le soutien inaltérable de cinq clusters : la frange la plus populaire constituée par les Réfractaires, les Sociaux-Patriotes et les Eurosceptiques et une frange plus « droitière » constituée par les Anti-Assistanat et les Identitaires. Elle arrive en tête de chacun de ses clusters. Elle bénéficie également du soutien de 18% de Conservateurs, ce qui la place 2ème dans ce cluster, derrière le Président. Demeure pour elle l’enjeu de séduire un électorat plus modéré, issu des Républicains, comme en témoigne sa stratégie de banalisation à l’Assemblée Nationale.

Jean-Luc Mélenchon, qui s’est mis légèrement en retrait au mois de juillet conserve son leadership dans les clusters de la gauche « radicale » : les Multiculturalistes, les Solidaires et les Révoltés. Son leadership semble inaltérable dans ces trois clusters « antisystèmes » et « égalitaires ». Il dispose du soutien de 72% des Multiculturalistes, cluster névralgique de la gauche, le plus volumineux et un de ceux qui s’abstient le moins. Un tel niveau de soutien dans ce cluster constitue une forme « d’assurance-vie ». A contrario, Jean-Luc Mélenchon peine à conquérir la frange la plus modérée de l’électorat de gauche ; il demeure à 11% de soutien chez les Sociaux-Démocrates avec 61% de rejet. Aucune personnalité issue de la NUPES, qu’elle provienne de LFI, du PS, du PCF et d’EELV ne parvient d’ailleurs à percer dans ce cluster élitaire, diplômé, en demande de réformes sociales mais rétif à la radicalité et au « populisme ».

Bardella, Ruffin, Philippe, leaders politiques en embuscade

Si chacun des trois pôles issus de la présidentielle est captée par trois leaders solidement ancrés dans le paysage politique, trois « dauphins » potentiels les suivent d’assez près dans le classement.

Edouard Philippe semble aujourd’hui être le deuxième homme de la majorité présidentielle. Il est fort dans l’ensemble des clusters « macronistes », bien qu’il souffre d’une image plus à droite que le Président de la République, et est ainsi plus soutenu par « l’aile droite » de la majorité constituée des Conservateurs et des Libéraux que par « l’aile gauche » composée des Sociaux-Démocrates et des Progressistes. Surtout, l’ancien Premier Ministre dispose d’un fort « capital sympathie » : 40% des Français éprouvent de la sympathie pour lui ou le soutiennent et seulement 29% éprouvent du rejet.

Du côté du pôle identitaire, Jordan Bardella qui est candidat à la succession de Marine Le Pen à la tête du Rassemblement National semble être un solide dauphin. Il est la deuxième personnalité la plus appréciée des trois clusters « sociaux-identitaires » phares du RN : les Réfractaires, les Eurosceptiques et les Sociaux-Patriotes. Dans le cluster Identitaires, il est 3eme, juste derrière Éric Zemmour et Marine Le Pen avec 34% de soutien et un haut niveau de notoriété malgré son jeune âge.

Enfin, du côté du pôle « social-écolo », François Ruffin dispose d’un fort niveau de soutien dans les clusters « mélenchonistes ». Il le seconde dans ses trois clusters phares : les Multiculturalistes, les Solidaires et les Révoltés mais demeure lui aussi trop faible dans la partie plus modérée de la gauche. Adrien Quatennens dispose lui aussi d’un haut niveau de soutien dans ces clusters. Yannick Jadot, qui est resté à distance de l’alliance nouée à gauche dispose lui d’un bon niveau de soutien dans les clusters de gauche modérée Sociaux-Démocrates et Progressistes. Quant à Fabien Roussel, il est une des personnalités qui génère le plus de sympathie dans l’opinion mais il dispose d’un niveau de soutien politique qui reste relativement faible.

Habitudes des français pendant les vacances d’été

Les différentes familles politiques passent des vacances d’été très différentes : certaines ont les moyens de voyager, d’autres pas, certaines se font héberger chez des amis ou pratiquent le camping quand d’autres
vont dans leur résidence secondaire en bord de mer, certaines font du sport quand d’autres préfèrent bronzer à la plage, certaines prennent un spitz à l’apéritif quand d’autres restent fidèles au pastis.
Si l’on part en vacances avec un petit budget, que l’on va au camping, que l’on apprécie tout particulièrement faire la sieste et boire un verre de porto en regardant Camping Paradis, les chances que l’on soit Eurosceptique et électeur de Marine Le Pen sont élevées.
Tandis que si l’on passe ses vacances en bord de mer, dans sa résidence secondaire en buvant du Spritz ou du Whisky en regardant le Bureau des légendes, il y a de fortes chances que l’on soit Centriste ou Libéral et que l’on ait voté Macron ou dans une moindre mesure Pécresse à l’élection présidentielle.
Pendant ce temps, les Multiculturalistes – le cluster le plus mélenchoniste – passent leurs vacances en étant hébergés chez des amis, font des visites culturelles, regardent Peaky Blinders et partagent parfois le soir une Téquila.

Points saillants du sondage sur les vacances des différentes familles politiques

• Ce sondage a été réalisé sur un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. 2008 personnes interrogées entre le 20 et le 23 juillet 2022 (cf. notice technique).
• Premier enseignement : 44% des Français ne partiront pas en vacances cet été.
• Seuls 24% partiront plus de deux semaines.
• 78% de ceux qui partent en vacances restent en France contre 27% qui iront à l’étranger (total supérieur à 100 car il est possible de partir en France et à l’étranger).
• Les principales destinations étrangères sont au sud de l’Europe : Espagne (23%), Italie (20%) et Grèce (9%) sont les trois pays les plus visités. La douceur de vivre et le soleil méditerranéens sont clairement plébiscités.
• Parmi les 44% qui ne partiront pas en vacances, plus de la moitié (56%) déclarent que c’est parce qu’ils n’ont pas les moyens de le faire.

Les différentes familles politiques ont des chances très inégales de partir en vacances

Les clusters macronistes sont ceux qui partent le plus en vacances

Les Centristes sont le groupe qui part le plus en vacances cet été : 75%. Dans ce groupe ne pas partir est le plus souvent un choix : seuls 6% des Centristes déclarent ne pas partir pour des raisons financières.
Suivent les Libéraux qui partent en vacances pour 71% d’entre eux, puis les Sociaux-Démocrates et les Progressistes qui dans les deux tiers des cas (66%) partent en vacances cet été.
Il est très intéressant de constater que ces 4 sensibilités politiques (clusters) – qui couvrent l’ensemble de l’axe gauche/droite – sont celles qui ont le plus voté en faveur d’Emmanuel Macron au premier tour de
la dernière élection présidentielle.
La France macroniste est une France qui part en vacances ou qui, lorsqu’elle reste chez elle, le fait par choix et non sous la contrainte financière.

Les clusters lepenistes partent peu en vacances

Si la France qui a voté Emmanuel Macron peut s’offrir des vacances, celle qui a voté Marine Le Pen reste majoritairement chez elle pendant l’été.
Les clusters de la coalition électorale de Marine Le Pen sont ceux qui partent le moins : plus de la moitié des Réfractaires et des Sociaux-Patriotes, 62% des Anti-Assistanats, 66% des Conservateurs et même
78% des Eurosceptiques ne partent pas en vacances. Dans tous ces groupes, Marine Le Pen est arrivée – souvent largement – en tête lors du premier tour de l’élection présidentielle.
Ne pas partir en vacances est dans la grande majorité des cas un non-choix : 67% des électeurs lepénistes qui ne partent pas en vacances invoquent des motifs financiers (contre 30% seulement des
électeurs d’Emmanuel Macron).
Le clivage Macron/Le Pen oppose assez largement une France qui peut s’offrir des vacances VS une France contrainte de rester chez elle l’été faute d’avoir les moyens de partir.

La coalition melenchoniste est la plus hétérogène en terme de vacances estivales

Elle se situe dans un entre-deux entre la France macroniste et la France lepéniste.
Le socle du mélenchonisme repose sur trois clusters : parmi eux, un groupe qui part beaucoup en vacances et deux groupes qui partent peu. Les Multiculturalistes – un cluster relativement jeune, diplômé,
de classe moyenne urbaine – part fréquemment en vacances, tandis que les Solidaires (surreprésenté parmi le petit salariat syndiqué) et, plus encore les Révoltés (surreprésentés dans les quartiers de grands ensembles et parmi les Français de confession musulmane) partent peu.
Ces contrastes confirment une nouvelle fois combien la coalition électorale de Jean-Luc Mélenchon est hétérogène socialement puisqu’elle réunit une large fraction des classes moyennes à haut capital culturel (enseignants, fonctionnaires de catégorie A, intermittents, journalistes…) et certains segments populaires : petit salariat syndiqué et population issue de l’immigration africaine.

(A noter que si l’électorat de Jean-Luc Mélenchon pris dans son ensemble part presque autant en vacances que celui d’Emmanuel Macron, c’est grâce au vote – souvent « utile » – d’une fraction significative de ces deux clusters de la gauche modérée – Sociaux-Démocrates et Progressistes – qui sont parmi les plus aisés de la population française. Mais ces deux clusters n’appartiennent pas au socle électoral du mélenchonisme et sont d’ailleurs très critiques à l’égard de Mélenchon).

La destination privilégiée des vacanciers reste la mer pour 49% d’entre eux, suivie de la campagne (27%), puis de la montagne (18%). Parmi ceux qui partent, 11% passent leurs vacances dans des villes.

Les clusters de gauche passent plus fréquemment que les autres leurs vacances à la montagne

3 clusters vont plus que la moyenne à la « montagne » durant l’été. Il s’agit des Multiculturalistes, des Progressistes et des Révoltés, soit 3 clusters dont les orientations penchent majoritairement à gauche – voire très à gauche – et qui ont beaucoup voté en faveur de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle.

Les Centristes, quant à eux, privilégient nettement les vacances à la mer : 63% pour ce cluster aisé.

Les macronistes disposent de budget vacances importants tandis que les lepénistes ont les plus petits budgets

Plus de la moitié des Français qui partent en vacances le font avec un budget inférieur à 1000 euros (56%). Seule une petite minorité – 18% – dispose d’un budget supérieur à 2 000 euros.

Sur ce point également, les différences entre famille politique sont spectaculaires.

Les clusters du centre et de la droite qui ont le plus voté en faveur d’Emmanuel Macron – et dans une bien moindre mesure de Valérie Pécresse – sont ceux qui disposent des budgets les plus importants : 38% des Centristes et 38% des Libéraux ont des budgets supérieurs à 2 000 euros.

Les deux clusters de gauche modérée qui ont voté massivement Emmanuel Macron arrivent troisième et quatrième (sur 16 clusters) en matière de budget : 18% des Sociaux-Démocrates et 21% des Progressistes ont des budgets de vacances supérieurs à 2000 euros.

Sur ce point également, le constat est manifeste : plus une sensibilité politique dispose d’un budget vacances élevé et plus les chances qu’elle ait voté en faveur d’Emmanuel Macron sont élevées.

En matière de budget, les clusters de la coalition mélenchoniste occupent une position intermédiaire. Seuls 14% des Solidaires et 11% des Multiculturalistes ont des budgets vacances supérieurs à 2 000 euros. Cela confirme que la gauche culturelle diplômée qui vote Mélenchon – en particulier les Multiculturalistes – dispose d’un capital économique assez réduit. A noter que les Révoltés, autre cluster ayant massivement voté en faveur de Jean-Luc Mélenchon, fortement présent dans les cités, est celui qui présente le plus petit budget vacances : seuls 5% d’entre eux dispose de plus de 2 000 euros.

Mais en moyenne, c’est la coalition mariniste qui a les plus petits budgets vacances. Parmi ceux qui partent en vacances, seuls 11% des Réfractaires, 8% des Sociaux-Patriotes et 7% des Eurosceptiques ont des budgets vacances supérieurs à 2 000 euros. Il est, ici, très intéressant de souligner que parmi les 5 clusters disposant des plus faibles budgets vacances : on retrouve les 3 clusters qui composent le noyau dur de l’électorat de Marine Le Pen et 2 des 3 clusters qui composent celui de Jean-Luc Mélenchon. Les budgets les plus contraint sont aussi les plus radicaux politiquement. 

Passer ses vacances chez des amis ou dans sa famille est le mode d’hébergement privilégié par les clusters de la gauche culturelle et radicale

Les 3 clusters composant le socle du mélenchonisme sont ceux qui passent le plus fréquemment leurs vacances en étant hébergés chez des amis ou dans leur famille : Solidaires (29%), Multiculturalistes (28%) et Révoltés (24%). A noter que les Sociaux-Démocrates – un cluster de gauche culturelle mais très modérée – pratiquent eux aussi ce mode d’hébergement.

Passer ses vacances en mode « itinérant » est clairement une pratique surreprésentée au sein de la gauche culturelle radicale et, plus spécifiquement, des Multiculturalistes (6%). A l’opposé, les clusters élitaires du centre (Centristes) et la droite (Libéraux) bien que disposant d’un budget vacances élevé, ne choisissent presque jamais ce type de vacances. En revanche, ces deux clusters sont les seuls à passer de manière significative des vacances dans leurs résidences secondaires. Ici aussi, on observe que les 4 clusters qui ont le plus voté en faveur d’Emmanuel Macron sont ceux qui disposent le plus de résidences secondaires (alors qu’à l’inverse, les groupes les plus antisystèmes, qu’ils soient de gauche ou marinistes, sont ceux où les résidences secondaires constituent une exception).

Logiquement les clusters élitaires sont aussi surreprésentés parmi les Français qui peuvent s’offrir des vacances à l’hôtel. Si vous partez à l’hôtel, vous aurez bien plus de chances d’y croiser un Centriste, un Social-Démocrate, un Progressiste ou un Libéral qu’un Révolté, un Solidaire ou un Social-Patriote.

Aller au camping inverse ces probabilités puisque cela augmente les chances de croiser des Sociaux-Patriotes ou des Réfractaires ayant voté Marine Le Pen et réduit considérablement celles de croiser un Libéral appartenant à ce cluster de la droite aisée qui a longtemps voté Républicains avant de subir l’attraction du macronisme.

Plaisirs de vacances

« Se balader » est l’activité préférée des Français en vacances : 31%. Tout particulièrement parmi les Progressistes, un cluster jeune, diplômée, de gauche culturelle, écolo et assez modéré.

Le fait d’« aller à la mer » est aussi très apprécié et partagé (23%), tout particulièrement par le cœur de l’électorat d’Emmanuel Macron.

Les Sociaux-Démocrates – cluster de gauche culturelle élitaire et modéré – sont ceux qui déclarent le plus apprécier « lire » et « visiter des sites culturels » pendant les vacances.

Les groupes de la petite droite populaires (Conservateurs et Anti-Assistanat) sont ceux qui déclarent le plus apprécier « bronzer » et « faire des barbecues ».

« Faire la sieste » est également très appréciée (10%), tout particulièrement parmi les Eurosceptiques, un cluster très populaire, très antisystème et âgé.

Beaucoup de Français (10%) citent « l’apéro » parmi leurs activités de vacances préférées, mais c’est tout particulièrement le cas parmi les Identitaires.

Il faut dire que les Français aiment boire, tout particulièrement pendant les vacances : seuls 18% d’entre eux déclare ne pas consommer d’alcool.

Sur le podium des boissons de l’été préférées, c’est sans surprise la bière (47%) qui arrive en tête, suivi du rosé (45%) et du vin blanc (38%). On notera que si ces boissons sont assez fédératrices, la bière est néanmoins un peu plus « Apolitique », tandis que le rosé est plus « Libéral » et le vin blanc plus « Progressiste ».

D’autres alcools paraissent plus typés politiquement. Le Pastis et les liqueurs sont particulièrement appréciés chez les Identitaires et peu appréciés dans les groupes les moins politisés.

Le Spritz est très à la mode (17% des Français en boiront cet été), tout particulièrement parmi les Centristes et dans l’électorat d’Emmanuel Macron.

Les Libéraux, quant à eux, ont un faible pour le Whisky.

Tandis que les Eurosceptiques – qui comptent beaucoup d’ouvriers d’origine espagnole et portugaise – sont les plus fidèles au Porto.

La gauche culturelle – plutôt jeune et diplômée – se distingue, quant à elle, pour son goût prononcé du Mojito (tout particulièrement les Progressistes) et de la Tequila (une boisson minoritaire, mais appréciée des Multiculturalistes et des électeurs de Mélenchon).

La France du Pastis est donc plutôt « Identitaire » quand celle du Whisky est surreprésentée parmi les « Libéraux », celle du Porto parmi les « Eurosceptiques » et celle du Mojito parmi les « Progressistes ».

Les Français ne sont pas des vacanciers très sportifs : seuls 9% citent le sport parmi leurs activités de vacances préférées contre 10% la sieste.

Ils sont cependant 72% à déclarer pratiquer des activités sportives.

La randonnée (34%), la natation (23%), le vélo (16%), mais aussi la pétanque (10%) sont les 4 sports qu’ils déclarent le plus pratiquer pendant l’été.

La natation est particulièrement appréciée des Centristes et des électeurs de Valérie Pécresse (qui sont aussi ceux qui passent le plus fréquemment leurs vacances en bord de mer), tandis que la randonnée et le vélo sont tout particulièrement pratiquées par la gauche modérée : Progressistes et Sociaux-Démocrates. La pétanque est une activité populaire, particulièrement plébiscitée par les Solidaires (gauche populaire) mais aussi parmi les électeurs de Marine Le Pen.

Quand on les interroge sur « la série idéale à emporter pour passer de bonnes vacances », l’on découvre que seuls 35% des Français déclarent « ne pas regarder de série ».

En matière de choix, c’est la dispersion qui l’emporte. Seuls 2 séries remportent plus de 10% des suffrages : Kaamelott (13%) et Game of Thrones (12%). Ces deux séries sont tout particulièrement plébiscités par des électeurs de gauche (Solidaires dans le cas de Kaamelott et Progressistes dans celui de Game of Thrones). Les Centristes apprécient, quant à eux, beaucoup le Bureau des légendes. La série très politique Baron noir fédère le cluster élitaire de la droite (Libéraux) et l’électorat de Mélenchon – tout particulièrement sa fraction diplômée. En thérapie est très appréciée des Sociaux-Démocrates, soit du cluster élitaire de la gauche. Enfin, on notera que Camping Paradis est plus cité que la moyenne au sein du cluster le plus pauvre de la population, les Eurosceptiques dont les votes se partent massivement sur Marine Le Pen.

Les français face à l’inflation

Nous avons interrogé les Français sur la façon dont ils vivent la crise inflationniste en cours. Notre segmentation socio-politique en 16 « clusters » permet de mieux comprendre ce qui se passe au cœur des « Frances ». Le premier enseignement est que l’ensemble des Français – quels que soient leurs revenus ou leurs modes de vies – sont impactés par la crise (I). Mais nous repérons toutefois trois types de consommateurs-citoyens qui ont des pratiques différentes voire opposées (II). Ces différences révèlent les grandes fractures idéologiques françaises. On observe un lien de causalité sensible entre les systèmes d’opinion et la façon de consommer (III).

Une crise qui entraîne des bouleversements brutaux sur la consommation des ménages

La situation économique du pays entraîne une évolution très rapide des comportements économiques déclarés par les Français dans nos études. Notre dernière enquête permet de repérer tous les indices d’une crise profonde et brutale qui s’installe dans le pays. Le pessimisme galopant va de pair avec une mutation qui pourrait se révéler brutale des habitudes des consommations.

Les Français pessimistes

Le moral des Français est au plus bas. Le pessimisme touche davantage les classes populaires mais un sentiment de déclin traverse l’ensemble de la société. 63% des Français interrogés sont pessimistes quant à l’avenir de la société française. Ce pessimisme est plus relatif au niveau individuel : ils ne sont plus que 39% à être pessimistes sur leur avenir personnel. Ces indicateurs psychologiques ont évidemment une influence sur la façon de consommer des ménages et attestent d’une société qui entre en crise. L’ensemble de la société se dit d’ailleurs frappée par la crise inflationniste : 82% des Français déclarent ainsi avoir ressenti une baisse de leur pouvoir d’achat au cours des trois derniers mois. Deux tiers des Français déclarent avoir changé leur habitude de consommation. Deux changements se manifestent plus sensiblement : les Français font plus attention au prix et pour une large partie d’entre eux déclarent pratiquer des restrictions.

La chasse aux prix bas

La chasse aux prix bas est devenue la norme au sein de la population : 84% déclarent être plus attentifs au prix depuis trois mois. Si Les Français restent majoritairement fidèles à leurs enseignes favorites, un tiers d’entre eux déclare, malgré tout, avoir modifié son lieu d’achat au cours des trois derniers mois. Tout laisse à penser que les français pratiquent une forme de « benchmarking » alimentaire. La publicité et la communication grand public des PDG des grandes enseignes jouent un rôle important pour se démarquer. Deux tiers des sondés déclarent avoir regardé les offres promotionnelles de la grande distribution et quasiment un Français sur deux affirme acheter davantage de « premier prix ». Dans la même logique, ils sont 30% à déclarer avoir effectué un premier achat dans un magasin « hard discount ». Dans ce contexte de crise, pour 39% des Français, le prix représente le premier critère de choix en matière de produit alimentaire.

Des consommateurs qui se mettent en état d’urgence

Le pays semble être entré dans une façon de consommer similaire à un état de guerre ou de pandémie. Les pratiques des consommateurs sont bouleversées et nous plongeons dans une ère de sobriété économique à marche forcée.
La baisse de pouvoir d’achat a des conséquences très concrètes : l’augmentation des prix fragilise la consommation, tout particulièrement dans les segments les plus populaires. Deux tiers des Français déclarent ainsi s’être restreint sur certains achats. On achète moins mais on jette aussi moins. 73% déclarent faire davantage attention aux dates de péremption pour éviter le gaspillage et un Français sur cinq déclare même avoir constitué des stocks alimentaires au cours des trois derniers mois.

Toutefois, tous les Français ne sont pas égaux face à la crise. Les milieux populaires sont évidemment les plus impactés. Ce sont eux qui pourtant constituent le premier « public » de la grande distribution.

Trois types de consommateurs

La géographie opère ici comme un révélateur puissant des pratiques d’achat. Elle révèle en effet une fracture importante entre une France plus protégée des chocs économiques, plus progressiste et plus écologiste qui pratiqu déjà une consommation du « monde d’après » (circuit court, petits commerces, bio…) tandis que la France périphérique et populaire privilégie le prix et reste largement fidèle à la grande distribution et aux grandes enseignes. Le prix est certes la donnée la plus importante citée par 54% des consommateurs (comme premier ou second critère d’achat). Mais tout un pan du pays se dirige vers une consommation « en transition ». Ainsi, le « Made in France » est, lui aussi, très fortement valorisé : 41% font de l’origine France une de leurs deux priorités, c’est 17% pour les circuits-courts, 15% pour le « bio » et 15% pour le nutri-score.

Ces priorités se distribuent très différemment selon les consommateurs. On décèle ainsi trois profils-types de consommateurs dans notre sondage :

Les consommateurs populaires

Il s’agit de la partie des Français les plus inquiets, les plus pessimistes. Ces Français, plus âgés que la moyenne, habitent également davantage en zone péri-urbaine ou rurale. Ils font partie des Français les moins aisés et composent une majorité sociologique. Ce sont ceux qui fréquentent le plus les grandes surfaces. Et donc ce sont pour eux que les offres promotionnelles, les remises, les bons d’achat, etc. sont les plus importants. Dans notre segmentation en clusters, ils appartiennent aux groupes « Solidaires », « Révoltés » « Conservateurs », « Sociaux-Républicains », « Réfractaires », « Eurosceptiques », « Sociaux-Patriotes », « Anti-Assistanat » et « Identitaires », soit neuf clusters sur seize. Dans ces groupes populaires, on identifie souvent 30% de répondants qui déclarent aller plus que d’habitude dans les magasins « hard-discount » sous l’effet de la crise en cours. Et près d’un répondant sur deux dit s’être restreint sur certains achats. C’est également dans ces groupes que l’on fait le plus de stocks alimentaires : cela concerne près du tiers d’entre eux.

C’est donc une France très perméable à la crise, peu protégée, qui ne boucle pas ses fins de mois et qui peine à remplir son frigo passé le 15 du mois.

Les consommateurs idéologisés

On retrouve dans les métropoles une population plus jeune, plus dynamique, plus diplômée que la moyenne qui consomme « autrement » et qu’on pourrait appeler les consommateurs du « monde d’après ». Ils représentent environ 15% de la population. On les retrouve dans les clusters des Multiculturalistes, des Sociaux-Démocrates et des Progressistes, groupes dont les valeurs penchent à gauche et qui sont sur-représentés dans les grandes villes. Leur mode de consommation peut être considérée comme « idéologisée » en ce qu’il est orienté par des choix politiques et une conscience écologique et sociale très avancée.

C’est pourquoi ils pratiquent moins que les autres le hard discount et sont également les plus réticents à l’utilisation d’Amazon : malgré un pouvoir d’achat conséquent, plus de la moitié d’entre eux dit ne jamais l’utiliser. C’est dans ces groupes qu’on trouve les rares français à ne jamais aller dans les grandes surfaces. A l’inverse ils fréquentent davantage les petits commerces de proximité.

Leur mode de pensée les pousse à s’intéresser de très près aux modes de productions et à la qualité des produits qu’ils achètent. Le coût écologique du produit a pour eux quasiment autant d’importance que le coût économique. Dans ces groupes, un tiers place le fait que le produit soit labellisé biologique dans ses deux priorités lorsqu’il achète un produit alimentaire. Un quart place le « nutri-score » dans ses deux priorités. Malgré cela, ces groupes ne sont pas hermétiques à la crise, car il regroupe également une partie sensible de classes moyennes inférieures et d’étudiants. C’est ainsi qu’une bonne moitié d’entre eux citent le prix parmi ses deux priorités lors d’un achat alimentaire.

Les consommateurs aisés

Ils représentent également environ 15% de la population et appartiennent aux franges les plus hautes dans l’échelle des revenus. Ils sont à ce titre évidemment moins touchés par la crise.

Nous les retrouvons dans trois clusters très diplômés et très élitistes : Sociaux-DémocratesCentristes et Libéraux. C’est une France plus optimiste qui pense que le pays va s’en sortir et qui croit encore à l’économie mondialisée. Il n’y a qu’au sein de ces groupes que « favoriser la croissance économique » est cité par plus de 50% des personnes interrogées quant à leurs trois priorités pour le pays. La confiance dans le « système » est ce qui fédère ces groupes qui sont clivés sur de nombreux autres sujets. De fait, leur situation économique les réunit. Appartenant aux catégories supérieures, ils habitent dans les zones les plus dynamiques et font partie de la clientèle principale des petits commerces de proximité, moins par choix idéologique que par confort économique. Pour 10 à 20% d’entre eux, ils font partie des rares Français à déclarer utiliser de façon habituelle la livraison de courses à domicile.

Bien qu’ils se disent également concernés par une baisse de pouvoir d’achat, leur confort économique leur permet d’avoir des priorités autres que le prix lors de leurs courses. On est bien plus attentifs dans ces groupes aux produits bio (surtout pour les Sociaux-Démocrates et les Centristes), au label rouge et aux labels AOC (surtout pour les Centristes et les Libéraux) que dans la moyenne de la population.

En somme, ces consommateurs continuent de constituer une clientèle de choix pour la grande distribution car si elle ne fréquente pas nécessairement les grandes surfaces, elles fréquentent leurs antennes citadines (Spar, Carrefour City, Utile, Monoprix…) avec un pouvoir d’achat qui leur permet de continuer à acheter des produits plus coûteux et une consommation plus diversifiée.

Fractures économiques et fractures politiques se superposent

Symbole de l’influence de la situation matérielle sur la façon de penser et de voter, ces clusters Sociaux-Démocrates, Centristes et Libéraux, constituent sur le plan électoral le cœur de la coalition d’Emmanuel Macron. Ils l’ont largement placé en tête le soir du 1er tour. Il s’agit plus que jamais de « la France qui va bien ». A l’inverse, la France la plus touchée par la crise correspond davantage aux électorats de Jean-Luc Mélenchon et, plus encore, de Marine Le Pen. Cela concerne principalement sept de nos seize clusters qui sont également ceux qui dans nos précédentes études déclaraient le plus s’être mobilisé sur les ronds-points en novembre 2018. Ils ont des caractéristiques propres, des différences d’opinion importantes mais s’accordent sur un point : le rejet massif du « système » et un sentiment de révolte partagé. Au sein de ces sept clusters, plus des deux tiers des sondés déclarent avoir l’impression de « vivre moins bien que ses parents » quand les électeurs du Président de la République sont à l’inverse majoritaires à penser « vivre mieux » que leurs parents.

La France des ronds-points est aussi celle des centres commerciaux, cette France qui collectionne les vignettes et les promos offertes dans les boites aux lettres pour remplir ses caddies. C’est une France qui travaille mais qui ne vit pas convenablement de son salaire et qui ne consomme pas comme elle souhaiterait consommer.  Les clusters populaires sont 50% à placer la hausse du pouvoir d’achat en tête de leurs préoccupations, loin devant les autres enjeux (climatiques, identitaires, idéologiques).

La consommation n’est sans doute pas uniquement un révélateur des fractures françaises. Elle en est aussi sans doute l’un des principes explicatifs. Suivant cette logique, nous sommes en face d’une crise économique qui pourrait avoir des effets politiques durables, en particulier dans le contexte actuel d’instabilité institutionnelle. Notre étude semble indiquer qu’une détérioration du pouvoir d’achat et de la consommation des ménages serait un facteur de radicalisation politique qui pourrait trouver son prolongement dans les urnes lors des prochaines consultations électorales.

Baromètre des personnalités politiques

Baromètre des personnalités politiques N°3

Marine Le Pen retrouve la 1ere place, Emmanuel Macron perd son crédit, François Ruffin perce, Olivier Faure sort de l’anonymat

Les trois personnalités politiques qui recueillent le plus de soutien dans l’électorat demeurent Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron et Marine Le Pen. L’ordre est cependant bouleversé par rapport au mois dernier : Marine Le Pen prend la tête avec 17% de soutien (+2), tandis que le Président de la République, affaiblie par le résultat des législatives, est sur la plus petite marche du podium avec 14% de soutien (-5). Notons que ces trois personnalités clivent fortement la population et font partie des plus rejetées par l’électorat. Représentantes des trois « pôles » issus de la présidentielle, elles fédèrent chacune un noyau dur de soutien mais suscite aussi un puissant rejet qui explique en partie qu’aucun de ces trois pôles ne soit parvenu à fédérer un bloc majoritaire à l’Assemblée Nationale à l’issue des législatives.

Marine Le Pen sort renforcée des législatives, à l’inverse d’Emmanuel Macron

Alors qu’elle a fait une campagne des législatives pour le moins discrète, Marine Le Pen et le RN sont sortis « gagnants » de ces élections avec un nombre de députés inattendu. Notre baromètre réalisé au cœur de la campagne à la fin mai montrait une régression des soutiens de Marine Le Pen notamment dans ses trois clusters phares : les Eurosceptiques, les Sociaux-Patriotes et les Réfractaires. Ce mois-ci elle ne connait pas de hausse dans ces trois clusters très populaires. Au contraire, on observe même une baisse chez les Eurosceptiques. Par contre, elle progresse dans des clusters où elle est en concurrence ténue avec d’autres personnalités. D’abord elle séduit une part importante de la droite traditionnelle : les Conservateurs, cluster composé, pour une part, de petits retraités vivant en ruralité. Et surtout les Libéraux, cœur de l’ancien électorat UMP, très élitiste, attaché à l’UE et au marché, qui avaient tendance à rejeter le RN et sa leader. Marine Le Pen recueille 15% de soutien dans ce cluster (+9) et 36% de sympathie (+14). Cette progression dans un cluster modéré vient attester la « banalisation » du RN qui lui a permis de gagner de nombreux duels de 2nd tour aux législatives, fait inédit dans notre Cinquième République.

Enfin, Marine Le Pen progresse dans les clusters de la droite plus radicale : les Anti-Assistanat et les Identitaires, deux clusters dans lesquels elle était en concurrence notamment avec Éric Zemmour. Elle le surpasse désormais nettement dans le cluster des Identitaires : elle atteint 78% de soutien et sympathie (+9) tandis que lui chute à 53% (-10). Toutes ces évolutions, si elles devaient se confirmer, marqueraient un élargissement sensible de la coalition de Marine Le Pen, avec pour conséquence la disparition de ce qui fut longtemps qualifié de « plafond de verre » électoral pour le RN.

Emmanuel Macron faiblit sur ses jambes gauche et droite, Elisabeth Borne affectée par l’absence de majorité

Si Emmanuel Macron était sorti assez fort politiquement de la présidentielle, parvenant à unir un large bloc modéré du centre gauche au centre droit, les élections législatives ont vu cet alliage faiblir, lui empêchant même d’obtenir une majorité à l’Assemblée. Cela se perçoit dans notre baromètre par une chute assez significative de ses soutiens dans deux clusters emblématiques du « En même temps » présidentiel : Emmanuel Macron perd 18 points de soutien chez les Sociaux-Démocrates (ex-cœur électoral du PS) et 18 points chez les Libéraux (ex-cœur de l’UMP puis des Républicains).

Le renforcement du pôle de gauche autour de la NUPES et la permanence d’un vote LR ancré territorialement ont remis sur le devant de la scène un début de retour au clivage gauche-droite, néfaste à la majorité présidentielle. En effet, les clusters élitistes du centre-gauche et du centre-droit se coalisent sur la demande de stabilité, sur l’UE, sur une forme de continuité institutionnelle mais sont clivés sur les retraites, la redistribution économique, l’immigration, la sécurité. Or, ce sont ces sujets qui ont été mis en avant médiatiquement ces dernières semaines, causant une désarticulation de l’électorat de la majorité présidentielle.

Si jamais Emmanuel Macron voyait ces deux pôles de son électorat faiblir durablement, la mise en minorité de sa politique serait inéluctable et la viabilité de son projet politique durablement affectée. En effet, le niveau de rejet atteint bien souvent plus de 50% dans de nombreux clusters, côtoyant même les 80% dans les clusters populaires tels que les Solidaires et Sociaux-Patriotes et parmi les clusters radicaux de gauche et de droite, tels que les Multiculturalistes et les Identitaires.

A l’instar du Président, la Première Ministre Elisabeth Borne chute fortement dans l’ensemble des clusters de la coalition présidentielle : -14 chez les Centristes, -11 chez les Sociaux-Démocrates, -11 chez les Libéraux, -7 chez les Conservateurs, -5 chez les Sociaux-Républicains. Au final, elle recueille seulement 22% de soutien et sympathie dans l’ensemble de l’électorat et le rejet de sa personnalité monte à 40% (+4).

A gauche, François Ruffin talonne Jean-Luc Mélenchon, percée d’Olivier Faure

Jean-Luc Mélenchon reste stable ce mois-ci avec 17% de soutien et se classe deuxième du classement derrière Marine Le Pen. A l’instar d’Emmanuel Macron et Marine Le Pen, il clive fortement et suscite un niveau élevé – 56% – de rejet contre sa personne. Il peut compter sur un noyau dur de soutien particulièrement au sein des trois clusters de la gauche radicale et populaire : les Multiculturalistes, les Solidaires et les Révoltés. Ce sont ces trois clusters qui ont porté sa candidature l’an dernier lorsqu’il était estimé entre 11 et 13% dans nos sondages au début de la campagne, avant d’enclencher une dynamique de vote utile dans les deux clusters de gauche modérée et diplômée que sont les Sociaux-Démocrates et les Progressistes. On voit bien qu’au sein de ces deux clusters, on a voté Jean-Luc Mélenchon en partie par défaut. Dans ces deux clusters qui ont voté, au moins partiellement, pour lui au 1er tour de la présidentielle, il recueille uniquement 16% de soutien et plus de 50% de rejet.

Fait nouveau : la percée à gauche de François Ruffin. Le député de la Somme est 4eme au classement général avec 13% de soutien et seconde Jean-Luc Mélenchon dans la plupart des clusters de gauche. Il le devance même ce mois-ci dans le cluster des Solidaires, un cluster plus sensible au social qu’au sociétal. Plus significativement encore, François Ruffin réalise une percée chez les Sociaux-Démocrates à 24% (+16) et se classe deuxième juste derrière Emmanuel Macron. Il obtient également de bons scores dans des clusters populaires antisystème « marinistes », en particulier chez les Sociaux-Patriotes : il s’y classe 5eme avec 6% de soutien mais 37% de sympathie (+18).

Enfin, Olivier Faure sort également renforcé de cette séquence législative. Sa progression au classement général reste limité : 6% de soutien (+4). Mais cette progression est spectaculaire dans les clusters de gauche : +17 chez les Multiculturalistes, +10 chez les Sociaux-Démocrates, +7 chez les Progressistes, +5 chez les Solidaires. C’est le signe que l’adhésion du PS au sein de la NUPES a clarifié la position politique du parti et séduit à nouveau un électorat appartenant au cœur de la gauche qui jadis votait pour lui mais qui s’en était éloigné. Olivier Faure semble avoir ressuscité l’intérêt de l’électorat de gauche pour le Parti Socialiste mais aussi sa considération. Demeure pour lui l’enjeu de la notoriété : 54% des français disent ne pas le connaître ou être indifférents à sa personnalité.

Baromètre hebdomadaire S24 : Législatives 2022

Dans notre ultime sondage d’intention de vote pour ces élections législatives, les rapports de force sont serrés et la majorité présidentielle pourrait se retrouver en minorité à l’issue du 2nd tour. L’abstention pourrait cependant affecter la NUPES et le RN et ainsi contenir leur percée.

Vous pouvez télécharger la notice technique ci-dessous pour avoir tous les résultats :

Baromètre hebdomadaire S17 : Législatives 2022

L’union plébiscitée par les différentes composantes de la gauche

Nous avons testé l’ensemble des hypothèses et configurations d’alliances possibles pour ces élections législatives. Le statu quo, c’est-à-dire un paysage fragmenté comme à la présidentielle donnerait de sérieuses chances à Emmanuel Macron d’obtenir à nouveau la majorité à l’Assemblée Nationale. La division de la gauche et de l’extrême droite entraînant une division des voix de ses électeurs et favorisant la coalition centrale. Dans ce contexte, Emmanuel Macron réunirait son socle modéré et se retrouverait en position d’être en tête du 1er tour. Il serait très probablement en situation de duel dans de nombreuses circonscriptions, en particulier face au Rassemblement National et en position de rassembler un « vote barrage » au 2nd tour, facilitant la reconduction de sa majorité. Pour autant, même dans cette configuration, la dynamique ne semble pas aussi certaine et forte qu’en 2017. De nombreuses circonscriptions seraient plus serrées, et LFI comme le RN pourraient en profiter pour accroître leur présence à l’Assemblée.

Dans cette deuxième hypothèse (union de la gauche sans le Parti Socialiste), la gauche arriverait en tête devant la majorité présidentielle et le RN. Et le Parti Socialiste serait à 7%. Cela permettrait à la gauche d’obtenir de bons résultats, mais la présence de candidatures socialistes au vu de son ancrage territorial pourrait empêcher la gauche d’arriver en tête dans des circonscriptions décisives. On voit que dans cette option, les clusters de la gauche modérée restent clivés et continuent de se diviser entre la majorité présidentielle, la candidature d’union LFI-PCF-EELV et le Parti Socialiste. En conséquence, la configuration qui pourrait le plus bouleverser les élections législatives est celle où tous les partis de gauche se présentent unis.

Une offre plébiscitée par les clusters pro-Jean-Luc Mélenchon…

Dans cette hypothèse (de la France Insoumise au Parti Socialiste) et à ce stade de la campagne, la gauche arriverait largement en tête avec 34%, 10 points devant la majorité présidentielle.
Cette union large se trouve plébiscitée dans tous les clusters de gauche et elle parait satisfaire une demande y compris dans des groupes qui depuis 5 ans ont plutôt tendance à voter pour Emmanuel Macron. Une telle union signerait une forme de réconciliation inédite sur le plan électoral depuis l’élection de François Hollande en 2012.
Les trois clusters composant le cœur électoral de la France Insoumise : les Multiculturalistes, les Solidaires et les Révoltés sont unanimes. Dans ces trois clusters ayant fortement voté Jean-Luc Mélenchon, l’union de toute la gauche obtiendrait entre 78% et 93% des voix, soit environ 30 points de plus que le vote LFI dans le cas d’une candidature unique (hypothèse 1).

Mais également par les clusters modérés hésitants avec Emmanuel Macron

La présence du Parti Socialiste constitue ici un apport important et permettrait certainement à la gauche d’obtenir la majorité à l’Assemblée. On voit qu’en cas de présence du PS, les électeurs de Yannick Jadot et Fabien Roussel votent à 75% pour l’union (autour de 60% sans le PS) et les électeurs de Jean-Luc Mélenchon à 92% avec le PS (83% sans).

En termes de clusters, une union complète permet à la gauche d’arriver en tête chez les Sociaux-Démocrates et les Progressistes, ce qui marquerait un tournant majeur. En effet, toutes nos enquêtes durant la présidentielle étaient marquées par le leadership d’Emmanuel Macron dans cette gauche diplômée et bien insérée dans la mondialisation. Aucun candidat n’était parvenu à décrocher cet électorat anciennement fidèle au PS. Les Sociaux-Démocrates ont ainsi voté à plus de 50% pour Emmanuel Macron au 1er tour de 2022 (24% Jean-Luc Mélenchon, 11% Yannick Jadot), les Progressistes ont choisi Emmanuel Macron à 39%, juste devant Jean-Luc Mélenchon à 32% et Yannick Jadot à 16%. En cas d’union aux législatives, ces deux clusters placeraient la gauche unie en tête : 47% pour les Sociaux-Démocrates (3 points devant la majorité présidentielle) et 53% pour les Progressistes. C’est donc bien sur ces segments électoraux que se joueront, pour une large part, les résultats de ce scrutin législatif.
Enfin, dans cette hypothèse, des clusters peu politisés placeraient également la gauche unie très haut : 45% chez les Apolitiques et 41% chez les Eclectiques. Même un cluster comme les Réfractaires qui vote majoritairement pour Marine Le Pen, très « dégagiste » mais de gauche économique placeraient la gauche à 30%, pas loin derrière le RN à 44%.
On voit bien la dynamique qui pourrait s’enclencher dans une large partie de l’électorat, issue non seulement de la gauche radicale, de la « gauche de gouvernement » mais également d’électeurs abstentionnistes ou ne se plaçant plus sur le clivage « gauche/droite », qui semble se reconnaître dans cette offre de gauche unie.

Sur quels éléments repose la victoire d’Emmanuel Macron

Notre enquête durant la journée du scrutin de 2nd tour nous permet de comprendre comment Emmanuel Macron est parvenu à sa réélection. Il a su mobiliser un fond de « front républicain » en s’appuyant principalement sur le vote des modérés et des diplômés. Par ailleurs, l’abstention, relativement élevée, ne lui a pas été si défavorable.

De meilleurs reports de voix du 1er tour pour Emmanuel Macron

La victoire d’Emmanuel Macron repose en premier lieu sur des reports de voix favorables des électeurs du 1er tour, en particulier des électeurs de Yannick Jadot, Jean Luc Mélenchon et Valérie Pécresse. C’est dans l’électorat de Yannick Jadot que les reports sont les plus élevés (65% de ses électeurs du 1er tour ont choisi Macron au 2nd). Pour les électeurs de Pécresse et Mélenchon c’est le non choix (abstention et votes blancs) qui arrive en tête, montrant la difficulté pour Emmanuel Macron de mobiliser un « front républicain » dont on constate la dissolution progressive de scrutin en scrutin. Ainsi, 54% des électeurs de Mélenchon n’ont pas choisi entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, idem pour 43% des électeurs de Valérie Pécresse. Mais pour les électeurs du 1er tour de ces deux candidats lorsqu’ils ont choisi ils se sont massivement portés sur Emmanuel Macron (à 67% contre 33%). Logiquement Marine Le Pen a obtenu un report massif d’électeurs d’Eric Zemmour au 1er tour (92%).

Macron ultra-majoritaire chez les diplômés et les retraités, les ouvriers choisissent Le Pen

Emmanuel Macron a largement devancé sa concurrente chez les cadres, professions intellectuelles supérieurs et les professions intermédiaires (catégorie où l’on retrouve les enseignants). Dans cet électorat urbain et diplômé, on retrouve le cœur de l’électorat Macron du 1er tour et de 2017. On a donc à la fois un vote d’adhésion au programme du Président mais c’est également dans ces catégories que l’on vote encore le plus pour « faire barrage » à l’extrême droite. Toutefois, l’abstention (et les votes blancs et nuls) élevée chez les professions intermédiaires montre la lassitude de cet électorat à constamment « voter contre » au 2nd tour. Cela symbolise une nouvelle fois les fissures du « front républicain » dont les enseignants étaient sûrement une des composantes les plus solides. Chez les retraités, Marine Le Pen n’a pas su concrétiser sa « dédiabolisation », Emmanuel Macron y réalise 41% contre 26% pour la candidate RN. On peut voir que la jeunesse est quant à elle très clivée, entre Emmanuel Macron, Marine Le Pen et le non choix (abstention, blancs et nuls). Enfin, si Emmanuel Macron parvient à faire jeu égal avec Marine Le Pen chez les employés, celle-ci le devance largement chez les ouvriers qui se sont portés à 41% sur sa candidature, 23% pour le Président de la République et 36% se sont abstenus. Les ouvriers constituent une part sensible du vote Le Pen, nous les retrouvons d’ailleurs dans les clusters phares de la candidate : les Réfractaires, les Eurosceptiques et les Sociaux-Patriotes, trois clusters qui ont massivement voté pour elle au 1er et au 2nd tour.

Emmanuel Macron s’appuie sur les clusters modérés et dépolitisés, Marine Le Pen sur les clusters populaires

Emmanuel Macron est parvenu à mobiliser sa base électorale du 1er tour qu’on retrouve principalement dans les clusters les plus modérés et les plus dépolitisés : Centristes, Apolitiques, Sociaux-Républicains, Eclectiques mais il a également réussi une fois de plus à unir des clusters qui naguère s’opposaient : les Sociaux-Démocrates, les Progressistes, composantes essentielles du vote PS dans les années 2000 et les Libéraux, composante essentielle du vote UMP et LR jusqu’en 2017 (ils avaient voté à 60% pour François Fillon). Il a réussi à les agréger autour d’une demande de stabilité du système, d’une demande de compétence économique, et la défense d’une forme de modération sur le plan des valeurs. La radicalité des autres offres politiques (Jean-Luc Mélenchon perçu comme trop à gauche sur l’économie et trop « dégagiste », Marine Le Pen perçue comme trop radical sur l’identité et trop incompétente sur l’économie) permet à Emmanuel Macron d’unir par défaut, « faute de mieux » ces anciens électeurs du centre gauche et du centre droit.

C’est ainsi qu’on constate qu’il n’y a pas tant une « droitisation » de l’électorat d’Emmanuel Macron qu’une « centrisation » à outrance fédérant les modérés de gauche et de droite. On constate ci-dessus qu’il a obtenu autant de suffrages chez les électeurs se positionnant « plutôt à gauche » que chez ceux se positionnant « plutôt à droite ».

En outre, alors qu’on commençait à percevoir une mise à équidistance d’un vote « anti-Macron » et d’un vote « anti-Le Pen », il n’y a pas eu d’effet de « sur-mobilisation » contre la figure du Président, les clusters les plus révoltés, y compris ceux du « bloc Le Pen » (Eurosceptiques, Réfractaires, Sociaux-Patriotes) s’étant beaucoup abstenus.

Pour autant, il ne faudrait pas minimiser le rejet suscité par Emmanuel Macron dans l’électorat populaire. Le fait que les Solidaires et les Révoltés, deux clusters ayant voté massivement Jean-Luc Mélenchon et votant constamment à gauche s’abstiennent majoritairement ou lorsqu’ils choisissent, se divisent de façon égale entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron démontre qu’il existe des points de contact entre les « clusters Mélenchon » et « les clusters Le Pen ». Ceux-ci convergent particulièrement autour d’un même rejet du « système » et d’une demande de justice sociale accrue. Une telle convergence électorale s’était produite de fait en 2005 lors du référendum établissant un Traité pour l’Union Européenne et plus récemment sur les ronds-points avec les gilets jaunes. Ces électeurs continuent cependant de se cliver très fortement sur les sujets identitaires empêchant la constitution d’un « bloc populaire » uni qui voterait pour le ou la même candidate.

L’esquisse d’un bloc « anti-Macron » qui s’est dessiné en 2018 sur les ronds-points se retrouvent dans le vote du 2nd tour. Les électeurs qui se sont le plus reconnus dans les gilets jaunes ou qui ont participé à une action se portent massivement sur la candidature de Marine Le Pen. A l’inverse, ceux n’ayant pas de voiture ou ne s’étant pas reconnus dans les gilets jaunes se sont portés vers Emmanuel Macron. Cela recoupe le clivage géographique, opposant une France des métropoles « pro-Macron » et une France périphérique, rurale « pro-Le Pen ». Si ce clivage n’est évidemment pas si limpide, il demeure structurel et largement explicatif du vote. L’inflation sur les prix de l’énergie et en particulier de l’essence durant la campagne a très probablement renforcé ce clivage qui oppose les citoyens des grandes métropoles intégrées et ceux pour qui la voiture est un moyen de locomotion existentiel (pour travailler, pour aller faire ses courses, pour ses loisirs, etc.). Par ailleurs, Marine Le Pen, en essayant d’incarner une figure moins radicale et plus lisse a certainement perdu des voix dans cet électorat qui lui était largement acquis. En adoucissant son image et en cherchant à ne pas cliver notamment durant le débat télévisé, la candidate RN n’a pas « sur-mobilisé » son électorat, entraînant une abstention assez élevée qui lui a été défavorable dans des clusters décisifs. L’abstention massive des électeurs du 1er tour de Jean-Luc Mélenchon mais également de Yannick Jadot constitue un fait important de ce 2nd tour et participe à l’idée observée au 1er tour que cette élection redessine le champ électoral autour de trois grands pôles : écolo-socialiste, libéral-européen, social-identitaire.

La réélection d’Emmanuel Macron revêt une forme de continuité avec son élection de 2017, dans la mesure où il a poursuivi son élargissement à la droite républicaine après avoir attiré une large partie des anciens électeurs du PS dès 2017. Cela entraîne une restructuration profonde du champ politique : les partis de gouvernements LR et le PS (dans une moindre mesure EELV) n’ont quasiment plus d’espace politique. Ils se trouvent contraints de rallier la majorité présidentielle ou de s’unir avec La France Insoumise pour les uns, Reconquête et le RN pour les autres. Les négociations pour les élections législatives montrent bien les tiraillements qui s’opèrent et la puissance de cette recomposition.

Dans le cadre de l’élection présidentielle, la tripartition a pour conséquence inéluctable que l’un des trois camps n’est plus représenté au second tour. Il n’y a finalement plus un perdant mais deux. Les « clusters Mélenchon » sont en effet tout autant opposés à Macron sur les clivages économiques et sur le rapport au système qu’ils ne sont opposés à Le Pen sur l’axe culturel-identitaire. C’est cette double distance qui a amené une fraction importante de l’électorat Mélenchon à renvoyer dos-à-dos les deux finalistes du scrutin présidentiel. Dans notre enquête, 54% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon disent avoir refusé de choisir un des deux candidats. Et ceux qui ont voté sont clivés : lorsqu’ils appartiennent aux classes moyennes diplômées, ils votent Emmanuel Macron, lorsqu’ils évoluent dans les mondes populaires, ils votent dans des proportions importantes pour Marine Le Pen.

Il en résulte qu’Emmanuel Macron a été élu par une fraction réduite du corps électoral (38%) et que le « non choix » (abstention, blancs et nuls) arrive en 2nde position à 34%. Ainsi les « deux Français sur trois » que Valéry Giscard d’Estaing ambitionnait de réunir il y a près de 40 ans, pourrait ne plus être qu’« un Français sur trois ». C’est suffisant pour gagner des élections, mais est-ce suffisant pour asseoir la stabilité du régime ?

Baromètre hebdomadaire S16-3 : Présidentielle 2022

Pourquoi Emmanuel Macron est en dynamique constante ?

Emmanuel Macron continue de creuser l’écart avec Marine Le Pen et la devance désormais de 8 points, à 56% (+1) contre 44% des intentions de vote. Les intentions de vote ne sont donc pas complètement cristallisées, d’autant que si les électeurs qui vont aller voter sont globalement certains de leur choix, la principale incertitude réside dans le niveau d’abstention. Pour autant, Emmanuel Macron semble marquer des points au cours des derniers jours dans une large partie de l’électorat et bénéficie pour l’instant d’une dynamique haussière.
On observe tout d’abord une progression transversale des intentions de vote en sa faveur. Il a en effet progressé chez les électeurs du 1er tour de Valérie Pécresse (+12), de Jean-Luc Mélenchon (+2) mais également parmi les électeurs d’Éric Zemmour (+5) par rapport à notre enquête réalisée les 17 et 18 avril.

Ces dynamiques constantes sont doublées d’une forte certitude de choix : 93% de ceux qui s’apprêtent à voter Macron se disent certains de leur choix. De même pour 91% des électeurs de Marine Le Pen. La principale inconnue réside dans l’abstention. L’électorat populaire de Marine Le Pen se mobilisera t-il ou bien considérant que le match est déjà joué et que son niveau au débat a été insatisfaisant restera t-il à la maison ? L’électorat Mélenchon du 1er tour ira-t-il faire barrage à Le Pen ? Les jeunes électeurs progressistes se mobiliseront-ils également derrière le vote Macron ?

En ce sens, le débat télévisé de mercredi a permis à Emmanuel Macron d’accentuer sa progression. Il s’est certainement mieux adressé à la fois aux électeurs de Valérie Pécresse et aux clusters modérés qui sont avant tout en demande de stabilité, de présidentialité et de compétence. On observe à ce titre une progression chez les Conservateurs et les Libéraux, deux clusters de droite pour lesquels Emmanuel Macron « a gagné le débat ». Chez les Conservateurs, cluster volatil assez âgé, rétif aux grands changements, le débat aura sûrement un effet sur le vote de dimanche. Malgré le fait qu’ils soient nombreux à ne pas avoir d’avis, le fait qu’Emmanuel Macron ait pour une bonne partie d’entre eux « gagné le débat » est un symbole assez fort car Marine Le Pen avait su lors des dernières semaines, par sa stratégie de dédiabolisation, mordre sur cet électorat qui lui avait empêché de jouer la victoire en 2017. Autre signe négatif pour Marine Le Pen, son électorat n’a semble-t-il pas été emballé par sa prestation face à Emmanuel Macron. Dans quatre clusters phares de sa coalition – les Réfractaires, les Eurosceptiques, les Anti-Assistanat et les Identitaires – plus de la moitié des électeurs affirment que « ni Emmanuel Macron ni Marine Le Pen n’a gagné le débat » ou bien qu’ils « ne savent pas ». Quand dans le même temps la plupart des autres clusters donnent le duel télévisé gagné à Emmanuel Macron. La candidate RN en lissant son image au maximum a fini par oublier d’activer les lignes de clivage fondamentales qui mobilisent son électorat. Cette stratégie défensive n’est sans doute pas pour rien dans son recul constant tout au long de cet entre-deux tour. Paradoxalement, c’est Emmanuel Macron qui s’est montré à l’offensive, plus clivant. Et cela se ressent dans notre enquête, ses clusters phares se montrant satisfaits de sa prestation.

En incarnant l’ordre et une forme de continuité de l’Etat, Emmanuel Macron emporte le vote des plus de 65 ans, classe d’âge dans laquelle il devance le plus largement Marine Le Pen (63% – 37%). C’est également sur l’axe peuple/élite qu’il conquiert les voix des électeurs de Yannick Jadot, notamment sur l’attachement à l’UE qui constitue une matrice commune entre la gauche modérée et le Président de la République. D’ailleurs, Emmanuel Macron s’impose avant tout comme le choix de la modération. Cette promesse de stabilité lui permet de progresser dans les clusters les moins radicaux : Apolitiques, Sociaux-Républicains, Eclectiques. Il y devance largement sa concurrente. Les clusters de gauche modérée (Sociaux-Démocrates et Progressistes) s’apprêtent logiquement à voter quasi-unanimement en faveur du Président de la République. Ces clusters diplômés, élitaires, pro-UE, ouverts à la mondialisation, tolérants sur le plan identitaire sont en effet aux antipodes des clusters « lepénistes » sur l’ensemble des clivages. Leur moindre radicalité ainsi que leur politisation plus élevée que la moyenne les amènent logiquement à se mobiliser et à continuer à « faire barrage » quand pour la gauche radicale, ce réflexe semble moins automatique.

Sur l’axe identitaire, Emmanuel Macron colle mieux aux attentes des électeurs Multiculturalistes qui sont profondément de gauche culturelle et ont voté massivement Jean-Luc Mélenchon au 1er tour. En plaçant le curseur sur l’écologie, en renvoyant Marine Le Pen à ses positions anti-islam, hostiles au voile, en la faisant traiter de raciste par l’intermédiaire de Mourad Boudjellal à Marseille, en allant dans les quartiers populaires, Emmanuel Macron essaye de reconstruire le « front républicain » en produisant des signaux qui s’adressent en premier lieu à cette gauche qui montre des signes de lassitude et qui pourrait par son abstention massive réduire l’ampleur de la victoire attendue. 56% des Multiculturalistes disent toujours vouloir s’abstenir ou voter blanc dimanche. Seule une infime minorité d’entre eux disent vouloir voter Marine Le Pen. Cela les distingue des deux autres clusters du « bloc Mélenchon ».

En effet, une part substantielle de la gauche « mélenchonniste », radicale et populaire constituée par les clusters Solidaires et Révoltés, renvoie toujours les deux candidats dos à dos, les plaçant quasiment à égalité. Il y a dans ces clusters tout autant une mobilisation « anti-Macron » qu’un réflexe « anti-Le Pen ». Ce qui est logique puisque ces deux clusters ont les mêmes positionnements que « les clusters Le Pen » (Sociaux-Patriotes, Eurosceptiques et Réfractaires) sur le clivage économique : ils sont radicalement favorables à la taxation des plus riches, à la redistribution économique et à la fonction publique. Mais également sur le clivage peuple/élite, ils sont « dégagistes », favorables aux gilets jaunes et à un renversement du « système » et ne supportent pas les petites phrases d’Emmanuel Macron sur les « gens qui ne sont rien ». Mais sur l’axe identitaire, ils sont au contraire tolérants envers l’islam et ouvert à un certain multiculturalisme donc éloignés de l’offre incarnée par Marine Le Pen. Tous ces éléments les mettent dans une situation de tension très forte. Les Révoltés et les Solidaires sont d’ailleurs les deux seuls clusters avec les Conservateurs à placer Marine Le Pen et Emmanuel Macron à égalité dans leurs intentions de votes.

L’analyse par clusters révèle ainsi que des pans entiers de l’électorat ont du mal à se reconnaître et à s’investir dans ce duel de second tour. En conséquence, l’abstention ainsi que le vote blanc et nul pourraient être élevés dimanche soir.

Baromètre hebdomadaire S16-1 : Présidentielle 2022

Emmanuel Macron creuse l’écart sur Marine Le Pen, la « coalition Mélenchon » divisée sur le second tour

Emmanuel Macron augmente l’écart avec Marine Le Pen à cinq jours du 2nd tour. Le principal enjeu pour les deux candidats est de s’assurer de la mobilisation de son électorat de 1er tour évidemment mais également de réunir une part significative du vote Mélenchon, ainsi que des électorats de Yannick Jadot, Éric Zemmour et Valérie Pécresse.

L’écart d’Emmanuel Macron repose sur un meilleur report de voix de ces candidats de 1er tour. A l’exception des électeurs d’Éric Zemmour, les autres choisissent tous majoritairement Emmanuel Macron. La principale inconnue repose sur l’abstention, notamment pour les électeurs de Jean-Luc Mélenchon qui sont encore plus de 50% à ne pas vouloir choisir et à se réfugier dans le vote blanc/nul ou l’abstention. Seuls 29% des électeurs du 1er tour de J-L Mélenchon basculeraient sur Emmanuel Macron et 16% voteraient pour Marine Le Pen.

La tripartition de l’espace politique qui s’est imposée la semaine dernière rend l’équation très difficile pour les deux protagonistes. En effet, les trois clusters principaux du vote Mélenchon sont tout à fait opposés à Macron sur l’axe économique et institutionnel et tout aussi radicalement opposés à Le Pen sur l’axe culturel-identitaire. Le « front républicain » est donc en voie de délitement et seul le cluster des Multiculturalistes continue de maintenir un semblant de « barrage », donnant seulement 2% d’intentions de vote à Marine Le Pen. Mais ce barrage est devenu bien fragile puisque 59% d’entre eux disent s’abstenir ou voter blanc dans notre enquête. Les autres clusters de la « coalition Mélenchon » renvoient Macron et Le Pen dos à dos : les Solidaires qui sont un cluster très à gauche économiquement mais très anti-élites et moins progressistes que les Multiculturalistes sur le plan sociétal placent Macron et Le Pen au coude-à-coude. Chez les Révoltés, Emmanuel Macron progresse par rapport à notre dernière enquête malgré un score relativement serré dans ce cluster « dégagiste », extrêmement populaire et fortement représenté dans les cités.

Emmanuel Macron peut continuer de compter sur les deux autres clusters de gauche, plus modérés pour maintenir la « digue » face au RN : les Sociaux-Démocrates et les Progressistes, deux clusters diplômés, pro-UE, choisissent massivement Emmanuel Macron et comptent bien moins s’abstenir que les clusters de la gauche radicale, ce qui est logique au vu des scores déjà très hauts obtenus par Emmanuel Macron au 1er tour dans cet électorat.

L’électorat Pécresse du premier tour se révèle lui aussi profondément divisée, tiraillée entre l’offre de stabilité pro-système incarnée par Emmanuel Macron, l’offre identitaire de Marine Le Pen et la tentation du non-vote. Le fait qu’aucune logique majoritaire ne s’impose pour l’instant dans cet électorat laisse présager des grandes difficultés que vont rencontrer les Républicains dans la période à venir, pris en tenaille entre l’offre macronienne d’un côté qui capte leur frange la plus élitaire et modérée et l’offre incarnée par le RN et Reconquête qui attire leur frange la plus radicale, antisystème et identitaire. Ainsi, par exemple, les Conservateurs, cluster volatil qui rassemble des électeurs de la petite droite, rurale, souvent retraitée continue de pencher vers Marine Le Pen, ce qui démontre la puissance de la demande d’une partie de l’ancienne droite de gouvernement sur les sujets sécuritaires et identitaires. Curieusement, la campagne de second tour de Marine Le Pen ne semble pas réellement destinée à répondre à cette demande. La candidate du RN semble avant tout soucieuse de ne pas cliver, peut-être pour entretenir la faible mobilisation de la gauche radicale, voire tenter d’en séduire une partie. Le problème de cette stratégie est d’être, en retour, faiblement mobilisatrice pour sa propre base électorale et de ne pas réellement enclenchée de dynamique, avec pour conséquence de voir l’écart se creuser inexorablement en sa défaveur avec Emmanuel Macron.

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