Cluster17

Baromètre hebdomadaire S17 : Législatives 2022

L’union plébiscitée par les différentes composantes de la gauche

Nous avons testé l’ensemble des hypothèses et configurations d’alliances possibles pour ces élections législatives. Le statu quo, c’est-à-dire un paysage fragmenté comme à la présidentielle donnerait de sérieuses chances à Emmanuel Macron d’obtenir à nouveau la majorité à l’Assemblée Nationale. La division de la gauche et de l’extrême droite entraînant une division des voix de ses électeurs et favorisant la coalition centrale. Dans ce contexte, Emmanuel Macron réunirait son socle modéré et se retrouverait en position d’être en tête du 1er tour. Il serait très probablement en situation de duel dans de nombreuses circonscriptions, en particulier face au Rassemblement National et en position de rassembler un « vote barrage » au 2nd tour, facilitant la reconduction de sa majorité. Pour autant, même dans cette configuration, la dynamique ne semble pas aussi certaine et forte qu’en 2017. De nombreuses circonscriptions seraient plus serrées, et LFI comme le RN pourraient en profiter pour accroître leur présence à l’Assemblée.

Dans cette deuxième hypothèse (union de la gauche sans le Parti Socialiste), la gauche arriverait en tête devant la majorité présidentielle et le RN. Et le Parti Socialiste serait à 7%. Cela permettrait à la gauche d’obtenir de bons résultats, mais la présence de candidatures socialistes au vu de son ancrage territorial pourrait empêcher la gauche d’arriver en tête dans des circonscriptions décisives. On voit que dans cette option, les clusters de la gauche modérée restent clivés et continuent de se diviser entre la majorité présidentielle, la candidature d’union LFI-PCF-EELV et le Parti Socialiste. En conséquence, la configuration qui pourrait le plus bouleverser les élections législatives est celle où tous les partis de gauche se présentent unis.

Une offre plébiscitée par les clusters pro-Jean-Luc Mélenchon…

Dans cette hypothèse (de la France Insoumise au Parti Socialiste) et à ce stade de la campagne, la gauche arriverait largement en tête avec 34%, 10 points devant la majorité présidentielle.
Cette union large se trouve plébiscitée dans tous les clusters de gauche et elle parait satisfaire une demande y compris dans des groupes qui depuis 5 ans ont plutôt tendance à voter pour Emmanuel Macron. Une telle union signerait une forme de réconciliation inédite sur le plan électoral depuis l’élection de François Hollande en 2012.
Les trois clusters composant le cœur électoral de la France Insoumise : les Multiculturalistes, les Solidaires et les Révoltés sont unanimes. Dans ces trois clusters ayant fortement voté Jean-Luc Mélenchon, l’union de toute la gauche obtiendrait entre 78% et 93% des voix, soit environ 30 points de plus que le vote LFI dans le cas d’une candidature unique (hypothèse 1).

Mais également par les clusters modérés hésitants avec Emmanuel Macron

La présence du Parti Socialiste constitue ici un apport important et permettrait certainement à la gauche d’obtenir la majorité à l’Assemblée. On voit qu’en cas de présence du PS, les électeurs de Yannick Jadot et Fabien Roussel votent à 75% pour l’union (autour de 60% sans le PS) et les électeurs de Jean-Luc Mélenchon à 92% avec le PS (83% sans).

En termes de clusters, une union complète permet à la gauche d’arriver en tête chez les Sociaux-Démocrates et les Progressistes, ce qui marquerait un tournant majeur. En effet, toutes nos enquêtes durant la présidentielle étaient marquées par le leadership d’Emmanuel Macron dans cette gauche diplômée et bien insérée dans la mondialisation. Aucun candidat n’était parvenu à décrocher cet électorat anciennement fidèle au PS. Les Sociaux-Démocrates ont ainsi voté à plus de 50% pour Emmanuel Macron au 1er tour de 2022 (24% Jean-Luc Mélenchon, 11% Yannick Jadot), les Progressistes ont choisi Emmanuel Macron à 39%, juste devant Jean-Luc Mélenchon à 32% et Yannick Jadot à 16%. En cas d’union aux législatives, ces deux clusters placeraient la gauche unie en tête : 47% pour les Sociaux-Démocrates (3 points devant la majorité présidentielle) et 53% pour les Progressistes. C’est donc bien sur ces segments électoraux que se joueront, pour une large part, les résultats de ce scrutin législatif.
Enfin, dans cette hypothèse, des clusters peu politisés placeraient également la gauche unie très haut : 45% chez les Apolitiques et 41% chez les Eclectiques. Même un cluster comme les Réfractaires qui vote majoritairement pour Marine Le Pen, très « dégagiste » mais de gauche économique placeraient la gauche à 30%, pas loin derrière le RN à 44%.
On voit bien la dynamique qui pourrait s’enclencher dans une large partie de l’électorat, issue non seulement de la gauche radicale, de la « gauche de gouvernement » mais également d’électeurs abstentionnistes ou ne se plaçant plus sur le clivage « gauche/droite », qui semble se reconnaître dans cette offre de gauche unie.

Sur quels éléments repose la victoire d’Emmanuel Macron

Notre enquête durant la journée du scrutin de 2nd tour nous permet de comprendre comment Emmanuel Macron est parvenu à sa réélection. Il a su mobiliser un fond de « front républicain » en s’appuyant principalement sur le vote des modérés et des diplômés. Par ailleurs, l’abstention, relativement élevée, ne lui a pas été si défavorable.

De meilleurs reports de voix du 1er tour pour Emmanuel Macron

La victoire d’Emmanuel Macron repose en premier lieu sur des reports de voix favorables des électeurs du 1er tour, en particulier des électeurs de Yannick Jadot, Jean Luc Mélenchon et Valérie Pécresse. C’est dans l’électorat de Yannick Jadot que les reports sont les plus élevés (65% de ses électeurs du 1er tour ont choisi Macron au 2nd). Pour les électeurs de Pécresse et Mélenchon c’est le non choix (abstention et votes blancs) qui arrive en tête, montrant la difficulté pour Emmanuel Macron de mobiliser un « front républicain » dont on constate la dissolution progressive de scrutin en scrutin. Ainsi, 54% des électeurs de Mélenchon n’ont pas choisi entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, idem pour 43% des électeurs de Valérie Pécresse. Mais pour les électeurs du 1er tour de ces deux candidats lorsqu’ils ont choisi ils se sont massivement portés sur Emmanuel Macron (à 67% contre 33%). Logiquement Marine Le Pen a obtenu un report massif d’électeurs d’Eric Zemmour au 1er tour (92%).

Macron ultra-majoritaire chez les diplômés et les retraités, les ouvriers choisissent Le Pen

Emmanuel Macron a largement devancé sa concurrente chez les cadres, professions intellectuelles supérieurs et les professions intermédiaires (catégorie où l’on retrouve les enseignants). Dans cet électorat urbain et diplômé, on retrouve le cœur de l’électorat Macron du 1er tour et de 2017. On a donc à la fois un vote d’adhésion au programme du Président mais c’est également dans ces catégories que l’on vote encore le plus pour « faire barrage » à l’extrême droite. Toutefois, l’abstention (et les votes blancs et nuls) élevée chez les professions intermédiaires montre la lassitude de cet électorat à constamment « voter contre » au 2nd tour. Cela symbolise une nouvelle fois les fissures du « front républicain » dont les enseignants étaient sûrement une des composantes les plus solides. Chez les retraités, Marine Le Pen n’a pas su concrétiser sa « dédiabolisation », Emmanuel Macron y réalise 41% contre 26% pour la candidate RN. On peut voir que la jeunesse est quant à elle très clivée, entre Emmanuel Macron, Marine Le Pen et le non choix (abstention, blancs et nuls). Enfin, si Emmanuel Macron parvient à faire jeu égal avec Marine Le Pen chez les employés, celle-ci le devance largement chez les ouvriers qui se sont portés à 41% sur sa candidature, 23% pour le Président de la République et 36% se sont abstenus. Les ouvriers constituent une part sensible du vote Le Pen, nous les retrouvons d’ailleurs dans les clusters phares de la candidate : les Réfractaires, les Eurosceptiques et les Sociaux-Patriotes, trois clusters qui ont massivement voté pour elle au 1er et au 2nd tour.

Emmanuel Macron s’appuie sur les clusters modérés et dépolitisés, Marine Le Pen sur les clusters populaires

Emmanuel Macron est parvenu à mobiliser sa base électorale du 1er tour qu’on retrouve principalement dans les clusters les plus modérés et les plus dépolitisés : Centristes, Apolitiques, Sociaux-Républicains, Eclectiques mais il a également réussi une fois de plus à unir des clusters qui naguère s’opposaient : les Sociaux-Démocrates, les Progressistes, composantes essentielles du vote PS dans les années 2000 et les Libéraux, composante essentielle du vote UMP et LR jusqu’en 2017 (ils avaient voté à 60% pour François Fillon). Il a réussi à les agréger autour d’une demande de stabilité du système, d’une demande de compétence économique, et la défense d’une forme de modération sur le plan des valeurs. La radicalité des autres offres politiques (Jean-Luc Mélenchon perçu comme trop à gauche sur l’économie et trop « dégagiste », Marine Le Pen perçue comme trop radical sur l’identité et trop incompétente sur l’économie) permet à Emmanuel Macron d’unir par défaut, « faute de mieux » ces anciens électeurs du centre gauche et du centre droit.

C’est ainsi qu’on constate qu’il n’y a pas tant une « droitisation » de l’électorat d’Emmanuel Macron qu’une « centrisation » à outrance fédérant les modérés de gauche et de droite. On constate ci-dessus qu’il a obtenu autant de suffrages chez les électeurs se positionnant « plutôt à gauche » que chez ceux se positionnant « plutôt à droite ».

En outre, alors qu’on commençait à percevoir une mise à équidistance d’un vote « anti-Macron » et d’un vote « anti-Le Pen », il n’y a pas eu d’effet de « sur-mobilisation » contre la figure du Président, les clusters les plus révoltés, y compris ceux du « bloc Le Pen » (Eurosceptiques, Réfractaires, Sociaux-Patriotes) s’étant beaucoup abstenus.

Pour autant, il ne faudrait pas minimiser le rejet suscité par Emmanuel Macron dans l’électorat populaire. Le fait que les Solidaires et les Révoltés, deux clusters ayant voté massivement Jean-Luc Mélenchon et votant constamment à gauche s’abstiennent majoritairement ou lorsqu’ils choisissent, se divisent de façon égale entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron démontre qu’il existe des points de contact entre les « clusters Mélenchon » et « les clusters Le Pen ». Ceux-ci convergent particulièrement autour d’un même rejet du « système » et d’une demande de justice sociale accrue. Une telle convergence électorale s’était produite de fait en 2005 lors du référendum établissant un Traité pour l’Union Européenne et plus récemment sur les ronds-points avec les gilets jaunes. Ces électeurs continuent cependant de se cliver très fortement sur les sujets identitaires empêchant la constitution d’un « bloc populaire » uni qui voterait pour le ou la même candidate.

L’esquisse d’un bloc « anti-Macron » qui s’est dessiné en 2018 sur les ronds-points se retrouvent dans le vote du 2nd tour. Les électeurs qui se sont le plus reconnus dans les gilets jaunes ou qui ont participé à une action se portent massivement sur la candidature de Marine Le Pen. A l’inverse, ceux n’ayant pas de voiture ou ne s’étant pas reconnus dans les gilets jaunes se sont portés vers Emmanuel Macron. Cela recoupe le clivage géographique, opposant une France des métropoles « pro-Macron » et une France périphérique, rurale « pro-Le Pen ». Si ce clivage n’est évidemment pas si limpide, il demeure structurel et largement explicatif du vote. L’inflation sur les prix de l’énergie et en particulier de l’essence durant la campagne a très probablement renforcé ce clivage qui oppose les citoyens des grandes métropoles intégrées et ceux pour qui la voiture est un moyen de locomotion existentiel (pour travailler, pour aller faire ses courses, pour ses loisirs, etc.). Par ailleurs, Marine Le Pen, en essayant d’incarner une figure moins radicale et plus lisse a certainement perdu des voix dans cet électorat qui lui était largement acquis. En adoucissant son image et en cherchant à ne pas cliver notamment durant le débat télévisé, la candidate RN n’a pas « sur-mobilisé » son électorat, entraînant une abstention assez élevée qui lui a été défavorable dans des clusters décisifs. L’abstention massive des électeurs du 1er tour de Jean-Luc Mélenchon mais également de Yannick Jadot constitue un fait important de ce 2nd tour et participe à l’idée observée au 1er tour que cette élection redessine le champ électoral autour de trois grands pôles : écolo-socialiste, libéral-européen, social-identitaire.

La réélection d’Emmanuel Macron revêt une forme de continuité avec son élection de 2017, dans la mesure où il a poursuivi son élargissement à la droite républicaine après avoir attiré une large partie des anciens électeurs du PS dès 2017. Cela entraîne une restructuration profonde du champ politique : les partis de gouvernements LR et le PS (dans une moindre mesure EELV) n’ont quasiment plus d’espace politique. Ils se trouvent contraints de rallier la majorité présidentielle ou de s’unir avec La France Insoumise pour les uns, Reconquête et le RN pour les autres. Les négociations pour les élections législatives montrent bien les tiraillements qui s’opèrent et la puissance de cette recomposition.

Dans le cadre de l’élection présidentielle, la tripartition a pour conséquence inéluctable que l’un des trois camps n’est plus représenté au second tour. Il n’y a finalement plus un perdant mais deux. Les « clusters Mélenchon » sont en effet tout autant opposés à Macron sur les clivages économiques et sur le rapport au système qu’ils ne sont opposés à Le Pen sur l’axe culturel-identitaire. C’est cette double distance qui a amené une fraction importante de l’électorat Mélenchon à renvoyer dos-à-dos les deux finalistes du scrutin présidentiel. Dans notre enquête, 54% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon disent avoir refusé de choisir un des deux candidats. Et ceux qui ont voté sont clivés : lorsqu’ils appartiennent aux classes moyennes diplômées, ils votent Emmanuel Macron, lorsqu’ils évoluent dans les mondes populaires, ils votent dans des proportions importantes pour Marine Le Pen.

Il en résulte qu’Emmanuel Macron a été élu par une fraction réduite du corps électoral (38%) et que le « non choix » (abstention, blancs et nuls) arrive en 2nde position à 34%. Ainsi les « deux Français sur trois » que Valéry Giscard d’Estaing ambitionnait de réunir il y a près de 40 ans, pourrait ne plus être qu’« un Français sur trois ». C’est suffisant pour gagner des élections, mais est-ce suffisant pour asseoir la stabilité du régime ?

Baromètre hebdomadaire S16-3 : Présidentielle 2022

Pourquoi Emmanuel Macron est en dynamique constante ?

Emmanuel Macron continue de creuser l’écart avec Marine Le Pen et la devance désormais de 8 points, à 56% (+1) contre 44% des intentions de vote. Les intentions de vote ne sont donc pas complètement cristallisées, d’autant que si les électeurs qui vont aller voter sont globalement certains de leur choix, la principale incertitude réside dans le niveau d’abstention. Pour autant, Emmanuel Macron semble marquer des points au cours des derniers jours dans une large partie de l’électorat et bénéficie pour l’instant d’une dynamique haussière.
On observe tout d’abord une progression transversale des intentions de vote en sa faveur. Il a en effet progressé chez les électeurs du 1er tour de Valérie Pécresse (+12), de Jean-Luc Mélenchon (+2) mais également parmi les électeurs d’Éric Zemmour (+5) par rapport à notre enquête réalisée les 17 et 18 avril.

Ces dynamiques constantes sont doublées d’une forte certitude de choix : 93% de ceux qui s’apprêtent à voter Macron se disent certains de leur choix. De même pour 91% des électeurs de Marine Le Pen. La principale inconnue réside dans l’abstention. L’électorat populaire de Marine Le Pen se mobilisera t-il ou bien considérant que le match est déjà joué et que son niveau au débat a été insatisfaisant restera t-il à la maison ? L’électorat Mélenchon du 1er tour ira-t-il faire barrage à Le Pen ? Les jeunes électeurs progressistes se mobiliseront-ils également derrière le vote Macron ?

En ce sens, le débat télévisé de mercredi a permis à Emmanuel Macron d’accentuer sa progression. Il s’est certainement mieux adressé à la fois aux électeurs de Valérie Pécresse et aux clusters modérés qui sont avant tout en demande de stabilité, de présidentialité et de compétence. On observe à ce titre une progression chez les Conservateurs et les Libéraux, deux clusters de droite pour lesquels Emmanuel Macron « a gagné le débat ». Chez les Conservateurs, cluster volatil assez âgé, rétif aux grands changements, le débat aura sûrement un effet sur le vote de dimanche. Malgré le fait qu’ils soient nombreux à ne pas avoir d’avis, le fait qu’Emmanuel Macron ait pour une bonne partie d’entre eux « gagné le débat » est un symbole assez fort car Marine Le Pen avait su lors des dernières semaines, par sa stratégie de dédiabolisation, mordre sur cet électorat qui lui avait empêché de jouer la victoire en 2017. Autre signe négatif pour Marine Le Pen, son électorat n’a semble-t-il pas été emballé par sa prestation face à Emmanuel Macron. Dans quatre clusters phares de sa coalition – les Réfractaires, les Eurosceptiques, les Anti-Assistanat et les Identitaires – plus de la moitié des électeurs affirment que « ni Emmanuel Macron ni Marine Le Pen n’a gagné le débat » ou bien qu’ils « ne savent pas ». Quand dans le même temps la plupart des autres clusters donnent le duel télévisé gagné à Emmanuel Macron. La candidate RN en lissant son image au maximum a fini par oublier d’activer les lignes de clivage fondamentales qui mobilisent son électorat. Cette stratégie défensive n’est sans doute pas pour rien dans son recul constant tout au long de cet entre-deux tour. Paradoxalement, c’est Emmanuel Macron qui s’est montré à l’offensive, plus clivant. Et cela se ressent dans notre enquête, ses clusters phares se montrant satisfaits de sa prestation.

En incarnant l’ordre et une forme de continuité de l’Etat, Emmanuel Macron emporte le vote des plus de 65 ans, classe d’âge dans laquelle il devance le plus largement Marine Le Pen (63% – 37%). C’est également sur l’axe peuple/élite qu’il conquiert les voix des électeurs de Yannick Jadot, notamment sur l’attachement à l’UE qui constitue une matrice commune entre la gauche modérée et le Président de la République. D’ailleurs, Emmanuel Macron s’impose avant tout comme le choix de la modération. Cette promesse de stabilité lui permet de progresser dans les clusters les moins radicaux : Apolitiques, Sociaux-Républicains, Eclectiques. Il y devance largement sa concurrente. Les clusters de gauche modérée (Sociaux-Démocrates et Progressistes) s’apprêtent logiquement à voter quasi-unanimement en faveur du Président de la République. Ces clusters diplômés, élitaires, pro-UE, ouverts à la mondialisation, tolérants sur le plan identitaire sont en effet aux antipodes des clusters « lepénistes » sur l’ensemble des clivages. Leur moindre radicalité ainsi que leur politisation plus élevée que la moyenne les amènent logiquement à se mobiliser et à continuer à « faire barrage » quand pour la gauche radicale, ce réflexe semble moins automatique.

Sur l’axe identitaire, Emmanuel Macron colle mieux aux attentes des électeurs Multiculturalistes qui sont profondément de gauche culturelle et ont voté massivement Jean-Luc Mélenchon au 1er tour. En plaçant le curseur sur l’écologie, en renvoyant Marine Le Pen à ses positions anti-islam, hostiles au voile, en la faisant traiter de raciste par l’intermédiaire de Mourad Boudjellal à Marseille, en allant dans les quartiers populaires, Emmanuel Macron essaye de reconstruire le « front républicain » en produisant des signaux qui s’adressent en premier lieu à cette gauche qui montre des signes de lassitude et qui pourrait par son abstention massive réduire l’ampleur de la victoire attendue. 56% des Multiculturalistes disent toujours vouloir s’abstenir ou voter blanc dimanche. Seule une infime minorité d’entre eux disent vouloir voter Marine Le Pen. Cela les distingue des deux autres clusters du « bloc Mélenchon ».

En effet, une part substantielle de la gauche « mélenchonniste », radicale et populaire constituée par les clusters Solidaires et Révoltés, renvoie toujours les deux candidats dos à dos, les plaçant quasiment à égalité. Il y a dans ces clusters tout autant une mobilisation « anti-Macron » qu’un réflexe « anti-Le Pen ». Ce qui est logique puisque ces deux clusters ont les mêmes positionnements que « les clusters Le Pen » (Sociaux-Patriotes, Eurosceptiques et Réfractaires) sur le clivage économique : ils sont radicalement favorables à la taxation des plus riches, à la redistribution économique et à la fonction publique. Mais également sur le clivage peuple/élite, ils sont « dégagistes », favorables aux gilets jaunes et à un renversement du « système » et ne supportent pas les petites phrases d’Emmanuel Macron sur les « gens qui ne sont rien ». Mais sur l’axe identitaire, ils sont au contraire tolérants envers l’islam et ouvert à un certain multiculturalisme donc éloignés de l’offre incarnée par Marine Le Pen. Tous ces éléments les mettent dans une situation de tension très forte. Les Révoltés et les Solidaires sont d’ailleurs les deux seuls clusters avec les Conservateurs à placer Marine Le Pen et Emmanuel Macron à égalité dans leurs intentions de votes.

L’analyse par clusters révèle ainsi que des pans entiers de l’électorat ont du mal à se reconnaître et à s’investir dans ce duel de second tour. En conséquence, l’abstention ainsi que le vote blanc et nul pourraient être élevés dimanche soir.

Baromètre hebdomadaire S16-1 : Présidentielle 2022

Emmanuel Macron creuse l’écart sur Marine Le Pen, la « coalition Mélenchon » divisée sur le second tour

Emmanuel Macron augmente l’écart avec Marine Le Pen à cinq jours du 2nd tour. Le principal enjeu pour les deux candidats est de s’assurer de la mobilisation de son électorat de 1er tour évidemment mais également de réunir une part significative du vote Mélenchon, ainsi que des électorats de Yannick Jadot, Éric Zemmour et Valérie Pécresse.

L’écart d’Emmanuel Macron repose sur un meilleur report de voix de ces candidats de 1er tour. A l’exception des électeurs d’Éric Zemmour, les autres choisissent tous majoritairement Emmanuel Macron. La principale inconnue repose sur l’abstention, notamment pour les électeurs de Jean-Luc Mélenchon qui sont encore plus de 50% à ne pas vouloir choisir et à se réfugier dans le vote blanc/nul ou l’abstention. Seuls 29% des électeurs du 1er tour de J-L Mélenchon basculeraient sur Emmanuel Macron et 16% voteraient pour Marine Le Pen.

La tripartition de l’espace politique qui s’est imposée la semaine dernière rend l’équation très difficile pour les deux protagonistes. En effet, les trois clusters principaux du vote Mélenchon sont tout à fait opposés à Macron sur l’axe économique et institutionnel et tout aussi radicalement opposés à Le Pen sur l’axe culturel-identitaire. Le « front républicain » est donc en voie de délitement et seul le cluster des Multiculturalistes continue de maintenir un semblant de « barrage », donnant seulement 2% d’intentions de vote à Marine Le Pen. Mais ce barrage est devenu bien fragile puisque 59% d’entre eux disent s’abstenir ou voter blanc dans notre enquête. Les autres clusters de la « coalition Mélenchon » renvoient Macron et Le Pen dos à dos : les Solidaires qui sont un cluster très à gauche économiquement mais très anti-élites et moins progressistes que les Multiculturalistes sur le plan sociétal placent Macron et Le Pen au coude-à-coude. Chez les Révoltés, Emmanuel Macron progresse par rapport à notre dernière enquête malgré un score relativement serré dans ce cluster « dégagiste », extrêmement populaire et fortement représenté dans les cités.

Emmanuel Macron peut continuer de compter sur les deux autres clusters de gauche, plus modérés pour maintenir la « digue » face au RN : les Sociaux-Démocrates et les Progressistes, deux clusters diplômés, pro-UE, choisissent massivement Emmanuel Macron et comptent bien moins s’abstenir que les clusters de la gauche radicale, ce qui est logique au vu des scores déjà très hauts obtenus par Emmanuel Macron au 1er tour dans cet électorat.

L’électorat Pécresse du premier tour se révèle lui aussi profondément divisée, tiraillée entre l’offre de stabilité pro-système incarnée par Emmanuel Macron, l’offre identitaire de Marine Le Pen et la tentation du non-vote. Le fait qu’aucune logique majoritaire ne s’impose pour l’instant dans cet électorat laisse présager des grandes difficultés que vont rencontrer les Républicains dans la période à venir, pris en tenaille entre l’offre macronienne d’un côté qui capte leur frange la plus élitaire et modérée et l’offre incarnée par le RN et Reconquête qui attire leur frange la plus radicale, antisystème et identitaire. Ainsi, par exemple, les Conservateurs, cluster volatil qui rassemble des électeurs de la petite droite, rurale, souvent retraitée continue de pencher vers Marine Le Pen, ce qui démontre la puissance de la demande d’une partie de l’ancienne droite de gouvernement sur les sujets sécuritaires et identitaires. Curieusement, la campagne de second tour de Marine Le Pen ne semble pas réellement destinée à répondre à cette demande. La candidate du RN semble avant tout soucieuse de ne pas cliver, peut-être pour entretenir la faible mobilisation de la gauche radicale, voire tenter d’en séduire une partie. Le problème de cette stratégie est d’être, en retour, faiblement mobilisatrice pour sa propre base électorale et de ne pas réellement enclenchée de dynamique, avec pour conséquence de voir l’écart se creuser inexorablement en sa défaveur avec Emmanuel Macron.

Baromètre hebdomadaire S15 : Présidentielle 2022

Emmanuel Macron d’une courte tête : pourquoi les scores sont-ils si serrés ?

Dans notre enquête réalisée entre le 13 et le 14 avril sur un échantillon de 3 329 électeurs, Emmanuel Macron dispose d’une courte avance sur Marine Le Pen : 53% pour le Président, 47% pour la candidate du RN. Pour la troisième accession du Rassemblement National au 2nd tour en 20 ans, cette fois-ci semble celle de la banalisation, d’une normalisation définitive de sa progression dans le champ institutionnel. Le Président de la République ne se trompe pas lorsqu’il affirme qu’il n’y a plus de « front républicain ».

La gauche radicale en partie spectatrice de ce 2nd tour

Ce front républicain émergeant dans les années 90, lorsque le parti de Jean-Marie Le Pen commençait à conquérir des villes puis en 2002 lors de son accession au 2nd tour, tenait par la mobilisation des électeurs de gauche.  De tous les électeurs de gauche, des plus modérés aux plus radicaux. En 2017 déjà, ce front semblait s’effriter. Aujourd’hui, notre enquête montre la rupture définitive du front républicain. Les clusters de gauche radicale qui ont largement voté Jean-Luc Mélenchon sont à l’heure actuelle spectateurs du 2nd tour. Voire même, pour certains d’entre eux, ils hésitent entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

En 2002, les étudiants faisaient grève dans les facs pour « emmerder le Front National ». Aujourd’hui la Sorbonne est occupée par des étudiants qui portent le slogan « Ni Macron ni Le Pen ». Ce qui est frappant c’est que Marine Le Pen ne fait plus peur. Ainsi une partie de la gauche est démobilisée dans cet entre-deux-tours et nombre de ces électeurs pourraient s’abstenir, renvoyant les deux protagoniste dos-à-dos. Est-ce la naissance d’un bloc « anti-Macron » ? C’est-à-dire d’une alliance objective similaire à celle du référendum de 2005 quand la gauche populaire avait voté avec les souverainistes de droite ?

Symbole de cette démobilisation, les Multiculturalistes, les Révoltés et les Solidaires qui ont voté à près de 70% pour Jean-Luc Mélenchon dimanche dernier comportent entre un tiers et la moitié d’électeurs qui pensent que « les choses resteront à peu près les mêmes quel que soit le Président élu » quand dans le même temps la gauche modérée (Les Sociaux-Démocrates et les Progressistes) qui a placé Macron en tête devant Mélenchon se sent plus concernée et déclare davantage vouloir voter pour Emmanuel Macron au 2nd tour. C’est avant tout grâce à cette gauche éduquée et diplômée que le « barrage » peut encore tenir, même très affaibli, face au RN.

Le phénomène nouveau de ce 2nd tour par rapport à 2017 c’est la progression de Marine Le Pen dans les clusters de gauche « mélenchonniste ». Il y a cinq ans, un électeur insoumis se posait principalement la question : « abstention ou Macron ? ». Aujourd’hui pour une part significative la question est « abstention, Macron ou Le Pen ? ». C’est notamment le cas dans les clusters Solidaires et Révoltés qui sont deux clusters populaires, le premier étant plutôt rural et âgé alors que le second est jeune, non diplômé, et plutôt urbain ou péri-urbain. Dans ces deux clusters, Marine Le Pen est estimée respectivement à 39% et 52% des suffrages exprimés. Un des principaux facteurs explicatifs est que Marine Le Pen colle davantage aux opinions de ces clusters sur deux des trois clivages fondamentaux de notre clusterisation : sur le clivage peuple/élite, elle incarne le dégagisme envers un supposé « système ». De même sur le clivage économique, elle semble mieux représenter les électeurs populaires de ces clusters de gauche, très majoritairement employés et ouvriers quand Emmanuel Macron incarne pour de nombreux électeurs le « président des riches ». A l’inverse chez les Multiculturalistes, le clivage identitaire demeure déterminant. Pour eux, l’alternative est donc entre non-choix (abstention ou votes blancs et nuls) ou Macron. Pour autant, Emmanuel Macron ne parvient pas à les mobiliser alors qu’ils détiennent en partie les clés de ce 2nd tour. 63% des Multiculturalistes excluent pour l’instant d’aller voter.

Les clusters de l’ancienne coalition de droite sont très clivés 

De l’autre côté de feu le « front républicain », l’horizon n’est pas beaucoup plus dégagé pour Emmanuel Macron. Dans l’ancienne coalition de droite républicaine qui avait porté Nicolas Sarkozy au pouvoir et voté largement François Fillon en 2017, les électeurs sont aujourd’hui très clivés.

Les Conservateurs qui constituent un cluster âgé, rural, très favorable à la stabilité et à ce que les choses continuent sans grand changement se portent aujourd’hui majoritairement sur Le Pen dans ce duel : 63% vs 37%. C’est une forme de « révolution » culturelle : L’ex-candidate du Frexit qui faisait peur à la petite droite épargnante, rurale et retraitée semble aujourd’hui être devenue un débouché politique pour ce segment en demande d’ordre. Toutefois, ce cluster, très volatil reste à convaincre et pourrait changer d’avis si jamais la candidate RN montrait des signes d’incompétence ou de radicalité trop marquée. Chez les Conservateurs, le débat d’entre-deux-tours et le commentaire médiatique qui en sera fait pourrait avoir une importance particulière.

Chez les Libéraux, qui constituent le cœur de la droite élitaire (60% avaient voté Fillon en 2017), très attachés au libéralisme économique, à l’UE, au rayonnement culturel de la France, Emmanuel Macron ne fait pas l’unanimité. Un tiers d’entre eux disent vouloir voter Le Pen dimanche prochain.

On peut l’interpréter de deux façons : la première c’est que Marine Le Pen a réussi en partie à se crédibiliser en montrant un visage moins radical. La seconde c’est que ces clusters de droite modérée sont tout de même radicaux sur le clivage identitaire. Clivage dans lequel Marine Le Pen est mieux-disante incarnant un positionnement hostile à l’immigration et à l’islam. La prééminence de ce clivage pour une partie sensible de l’électorat de droite permet d’ailleurs à Le Pen de maintenir une base extrêmement solide dans deux autres clusters ayant porté Nicolas Sarkozy au pouvoir : 70% chez les Anti-Assistanat et 94% chez les Identitaires.

En conclusion, le positionnement structural de Macron est particulièrement compliqué. Le « en même temps » est plus dur à tenir qu’il y a cinq ans. Sur l’économique et l’identitaire, s’il veut tenter de mobiliser l’électorat mélenchonniste, il risque de trop se découvrir dans la droite conservatrice et prend le risque de laisser une partie de cet électorat basculer en faveur de Marine Le Pen.

Baromètre hebdomadaire S14 – 2 : Présidentielle 2022

Macron – Le Pen qualifiables, Mélenchon troisième homme, abstention record ?

Pour notre ultime baromètre, la situation n’est toujours pas stabilisée. Emmanuel Macron demeure en tête avec 26% des intentions de vote. Derrière lui, Marine Le Pen poursuit sa dynamique à 21% (+1) tout comme Jean-Luc Mélenchon à 18% (+1). Le reste des prétendants pointe sous la barre des 10%. Valérie Pécresse à 9,5 (-0,5) et Éric Zemmour à 9,5 (-1,5) ne sont pas parvenus à enrayer leur dynamique baissière depuis un mois. Le 2nd tour semble hors de portée pour eux.

Emmanuel Macron parait avoir stoppé sa dynamique baissière

Le Président de la République retrouve une stabilité à deux jours du scrutin, avec 26% des intentions de vote. Certes, c’est un score inférieur à celui qu’il avait atteint lors de son entrée en campagne au moment de l’invasion militaire russe. Mais c’est un score supérieur à celui dont il disposait avant cette entrée en campagne. C’est également un score proche de celui qu’il avait obtenu en 2017. Son socle semble relativement solide. Il parvient toujours à capter une part importante de la gauche modérée (Sociaux-Démocrates et Progressistes) comme en 2017. Il mobilise aujourd’hui un électeur sur deux dans ces clusters qui auraient pu lui faire défaut si un candidat issu du bloc écolo-socialiste était parvenu à s’imposer. Le reste de sa coalition se compose de clusters peu politisés ou modérés (Apolitiques, Eclectiques, Sociaux-Républicains) et évidemment des Centristes. Par rapport à 2017, son barycentre se déporte légèrement à droite. Il a su capter durant son mandat et sa campagne une partie sensible du vote Fillon 2017 dont le cluster des Libéraux  représente le cœur battant. La campagne difficile de Valérie Pécresse a fini de lui ouvrir la voie et il semble représenter même une sorte de « vote utile » dans ce cluster de droite aisée, élitiste et pro-UE. Il est estimé à 45% chez les Libéraux contre 30% pour Valérie Pécresse, quand François Fillon avait atteint plus de 60% dans ce même cluster il y a cinq ans.

Marine Le Pen, le pari réussi de la banalisation ?

La candidate du RN a su résister à la sévère concurrence d’Éric Zemmour avec lequel elle faisait jeu égal au niveau des intentions de vote durant l’automne. La crise en Ukraine a inversé les dynamiques et Marine Le Pen a alors distancé très largement Éric Zemmour. Elle doit cette dynamique à la fidélité de ses clusters populaires qui composaient déjà le cœur de sa coalition en 2017 (Réfractaires, Eurosceptiques, Sociaux-Patriotes). Au sein de ces trois clusters, elle a amplifié son avance ces dernières semaines, Éric Zemmour étant désormais réduit à des scores quasi-anecdotiques dans cet électorat populaire de la France périphérique, aux positionnements « antisystème ».
En outre, c’est chez les « Identitaires » que la concurrence d’Éric Zemmour s’avérait la plus rude, ce qui est logique au vu de la radicalité de ce cluster sur les questions ethniques et culturelles. Mais même dans ce cluster, Marine Le Pen semble avoir inversé la tendance. Elle fait désormais jeu égal avec lui, alors qu’il la devançait largement pendant toute la campagne, atteignant parfois 50% des intentions de vote dans un cluster qui avait voté Le Pen à 46% il y a cinq ans.
Enfin, ce qui permet à Marine Le Pen de se positionner comme qualifiable au 2nd tour c’est non seulement cette extrême résilience de son « bloc populaire », mais c’est aussi la capacité qu’elle a eu à pénétrer des segments qui jusqu’ici lui échappaient. C’est le cas dans des clusters de la petite droite rurale, âgée et davantage modérée sur les questions ethno-culturelles à l’instar des Conservateurs dont elle convainc 28% des électeurs, se plaçant en deuxième position derrière Emmanuel Macron. De même chez les Anti-Assistanat, elle retrouve un leadership incontesté au sein de ce cluster légitimiste qui s’était montré très volatil, en particulier au début de la crise ukrainienne qui avait suscité une forte adhésion à la figure du président.

Jean-Luc Mélenchon boosté par le vote utile de gauche

Jean-Luc Mélenchon poursuit sa dynamique dans notre baromètre, à 18% (+1). Il capitalise sur les clusters de gauche populaire (Solidaires et Révoltés) et de gauche radicale (Multiculturalistes) dans des proportions similaires à celles observées en 2017. Le candidat insoumis a réussi à s’imposer face à des concurrents de gauche qui n’ont jamais été en position de lui disputer son leadership. Cette concurrence relativement faible des candidatures « écolo-socialistes » et communiste a permis d’enclencher une dynamique de « vote utile » en faveur de Jean-Luc Mélenchon à l’instar de ce qu’il s’était passé il y a cinq ans. Il retrouve également son score dans les clusters plus modérés, historiquement proches du PS (19% chez les Sociaux-Démocrates et 28% chez les Progressistes). Il progresse également chez les Apolitiques comme en 2017.
Cependant, des clusters plus conservateurs sur le plan sociétal dans lesquels il avait percé en 2017 (Sociaux-Républicains et Sociaux-Patriotes) semblent moins mobilisés cette fois-ci et pourraient lui manquer dans la compétition engagée avec Marine Le Pen pour la qualification au 2nd tour.

L’abstention pourrait impacter sensiblement les rapports de forces

Des bouleversements pourraient avoir lieu le jour du vote, ne serait-ce qu’en raison du niveau d’incertitude qui demeure relativement élevé dans l’électorat. En effet, un électeur sur cinq affirme ne pas être certain de son choix au 1er tour, ce qui atteste d’une relative fluidité de la situation électorale. D’autre part, la cristallisation ordinairement observée plusieurs jours avant le suffrage n’a pas eu lieu. Aujourd’hui encore, des dynamiques sont en cours principalement pour Le Pen et Mélenchon (à la hausse) et pour Pécresse et Zemmour (à la baisse). Ces dynamiques pourraient encore s’accroître dans les heures qui nous séparent du vote.
Enfin, la principale menace demeure le niveau de participation qui pourrait être exceptionnellement bas. Une abstention au moins équivalente à celle observée en 2002 devrait avoir des conséquences sur le niveau des votes. Elle toucherait en effet les candidats aux électorats plus populaires, plus jeunes et moins politisés, ce qui est principalement le cas de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.
Marine Le Pen a l’électorat le plus populaire et sa coalition comprend deux des clusters qui se disent les moins certains d’aller voter : les Réfractaires et les Eurosceptiques. Il faut également souligner qu’Éric Zemmour capte une part de la fraction la plus politisée et la plus mobilisée de l’ancien électorat mariniste de 2017 aggravant encore les risques que fait peser l’abstention sur le score de Marine Le Pen. Le risque est similaire pour Jean-Luc Mélenchon dont le cluster des Révoltés (issus principalement des quartiers HLM) constitue une part de son électorat. L’insoumis est également celui qui a l’électorat le plus jeune : 40% de son électorat a moins de 34 ans. Or, lorsque l’abstention est élevée, on sait qu’elle est décuplée chez les jeunes et dans les classes populaires. Cela pourrait entraîner un rééquilibrage au profit d’Emmanuel Macron mais aussi de Valérie Pécresse et d’Éric Zemmour qui ont un socle électoral plus aisé, plus âgé et donc plus votant que la moyenne.

Baromètre hebdomadaire S14 – 1 : Présidentielle 2022

A cinq jours du vote, Macron en baisse, Le Pen et Mélenchon en dynamique

Emmanuel Macron perd un point dans notre baromètre cette semaine à 26%. Il demeure stable au sein des clusters modérés et centraux mais c’est au sein de clusters constituant sa « jambe gauche » et sa « jambe droite » que le Président recule le plus fortement. D’abord chez les Sociaux-Démocrates et les Progressistes, où il était monté très haut lors de la crise en Ukraine. Ces deux clusters affichaient un soutien fort au Président depuis le début de nos baromètres. Mais les annonces qui ont marqué l’entrée en campagne d’Emmanuel Macron sur le RSA, les retraites ou l’éducation semblent rebuter certains électeurs de ces clusters de gauche économique, favorables à la redistribution et pro-service public. De même sur sa droite, le Président baisse chez les Conservateurs et les Anti-Assistanat après être monté très haut dans ces deux segments de l’électorat particulièrement volatils. Comme si l’effet de légitimité suscité par le début de la guerre avait subitement pris fin, le Président retombe à des scores proches de ceux qu’il connaissait avant la fin février.
En revanche, sa principale concurrente Marine Le Pen connait elle une dynamique ininterrompue depuis l’invasion russe. Elle se rapproche d’Emmanuel Macron en atteignant la barre des 20% (+2). Elle bénéficie de la solidité de sa base électorale (Eurosceptiques, Réfractaires, Sociaux-Patriotes) et capte un « vote utile » au détriment d’Éric Zemmour dans des clusters très radicaux sur les questions ethno-culturelles : les Anti-Assistanat et les Identitaires. Ce dernier cluster qui avait massivement voté Le Pen en 2017 était devenu le cœur de l’électorat Zemmour depuis son entrée dans le jeu politique. Il captait jusqu’alors 45 à 50% des Identitaires. Mais les courbes sont en train de s’inverser et les deux candidats font désormais quasiment jeu égal au sein de ce cluster décisif. Marine Le Pen parvient également à s’imposer dans un cluster rural, plutôt âgé et de classe moyenne, celui des Conservateurs. Un des principaux points communs entre ces clusters « lepénistes » est la sur-représentation d’électeurs habitant au cœur de la ruralité et de la « France périphérique ».

Enfin, nous nous orientons vers un match à trois dans lequel Jean-Luc Mélenchon fait figure de troisième homme. Avec Marine Le Pen, il est le seul candidat en dynamique dans cette dernière ligne droite, à 17% (+1). Il est désormais assez proche de son score de 2017 grâce à un effet de « vote utile » au sein des clusters traditionnels de la gauche radicale : les Multiculturalistes, les Révoltés et les Solidaires. Au sein de ces derniers, c’est Fabien Roussel qui pâtit de ce « vote utile » en faveur de Mélenchon. Le candidat communiste perd un demi-point à 2,5%, et il le perd principalement au sein de ce cluster, dont le profil est celui d’une « gauche de classe » dans laquelle il était monté assez haut.

Par ailleurs, Jean-Luc Mélenchon parvient dans ces derniers jours de campagne à retrouver une part significative d’électeurs Progressistes qui étaient partagés entre sa candidature, celle d’Emmanuel Macron et celle de Yannick Jadot. Le candidat insoumis atteint 32% dans ce cluster, juste derrière Emmanuel Macron qui tombe à 42%. Il retrouve ainsi son score de 2017 comme dans la quasi-totalité des autres clusters. Seuls les Sociaux-Républicains restent pour le moment plus éloignés du vote Mélenchon qu’en 2017. Alors qu’il avait réussi à capter 20% des électeurs de ce cluster il y a cinq ans, il plafonne aujourd’hui autour de 10%.

La principale inconnue qui pourrait tout changer demeure l’abstention. Si celle-ci était élevée, elle pourrait créer de lourds dégâts, en particulier pour les candidats ayant les électeurs les plus jeunes et les plus populaires : J-L. Mélenchon et M. Le Pen. Emmanuel Macron dont la dynamique baissière est ininterrompue depuis deux semaines doit également mobiliser l’ensemble de ses électeurs s’il veut maintenir son leadership sur le 1er tour et entrer dans le 2nd tour en position de force.

Baromètre hebdomadaire S13 : Présidentielle 2022

Emmanuel Macron stable, Le Pen et Mélenchon boostés par le « vote utile »

Si Emmanuel Macron demeure stable et en tête à 27%, l’écart continue de se resserrer avec Marine Le Pen. La candidate du Rassemblement National gagne 1 point et grimpe à 18% des intentions de vote, son plus haut niveau depuis l’automne et le début de nos baromètres. Elle a mieux encaissé le choc de l’invasion militaire russe que son principal concurrent Éric Zemmour et commence à enclencher une dynamique de « vote utile ». Dans les deux clusters les plus volatils et les plus hésitants, les Conservateurs et les Anti-Assistanat, elle passe en tête. Chez les Conservateurs, elle double même son score en l’espace de deux semaines quand dans le même temps Emmanuel Macron, monté très haut au début de la guerre baisse largement. Idem pour Éric Zemmour qui divise son score par deux en l’espace de deux semaines dans ce cluster âgé, rural, votant continuellement à droite à chaque élection. Chez les Anti-Assistanat, c’est le même schéma qui se dessine. Éric Zemmour poursuit sa chute, ce qui bénéficie logiquement en premier lieu à Marine Le Pen. On observe dans ce cluster deux dynamiques quasi symétriquement opposées entre les deux candidats identitaires. Il y a un mois, au début de la guerre en Ukraine, ils étaient à égalité. Désormais, la candidate du RN est à 40% d’intention de vote dans ce cluster quand le candidat Reconquête est tombé à 12%. Par conséquent, Marine Le Pen profite non seulement de la fidélité de ses clusters populaires originels (Eurosceptiques, Réfractaires, Sociaux-Patriotes) mais elle commence à élargir sa base à des clusters jusqu’ici hésitants qu’il faudra surveiller jusqu’au dernier moment en raison de leur extrême volatilité et incertitude depuis 3 mois.

Jean-Luc Mélenchon bénéficie lui aussi d’une dynamique de vote utile. Elle se cantonne pour l’instant davantage aux clusters constituant son socle électoral depuis 2017 (Multiculturalistes, Révoltés, Solidaires). Il obtient des scores très élevés au sein de ces trois clusters. L’enjeu pour lui repose d’abord sur sa capacité à mobiliser cette base en continuant à capter une partie des électeurs de Fabien Roussel qui plait à une partie non négligeable des clusters mélenchonistes et tout particulièrement aux Solidaires. Mais il lui faut également capter une partie du vote Jadot notamment dans le cluster des Progressistes. Dans ce cluster jeune, urbain, diplômé, écologiste et très ouvert sur les enjeux culturels, J-L Mélenchon avait réussi à incarner le vote utile en 2017 obtenant 33% des voix juste derrière Emmanuel Macron. Aujourd’hui, il est à 22% juste devant Yannick Jadot à 15%. Enfin, il faudra voir si la percée observée cette semaine dans le cluster très populaire et dégagiste des Réfractaires se confirme pour J-L Mélenchon, auquel cas ce serait un signe positif pour lui, ce cluster étant resté jusqu’ici plus distant qu’en 2017, où 17% de Réfractaires avaient voté Mélenchon.

Pour ces deux candidats, le doute repose sur l’engouement autour de la campagne et la participation de leur base électorale, réputée très fragile. En effet, pour des raisons tenant à la sociologie de leur électorat, Marine Le Pen, comme Jean-Luc Mélenchon pourraient être grandement affaiblis par une abstention élevée. Capter le vote des Eurosceptiques et des Sociaux-Patriotes sera, en revanche, sans doute plus difficile pour le candidat insoumis. Dans la concurrence avec Marine Le Pen pour l’accès au second tour, ces clusters pourraient se révéler particulièrement décisifs.

L’enjeu de dimanche prochain sera de voir qui du vote utile ou de la sociologie électorale prendra le dessus. Le premier profiterait forcément à Le Pen (en cas de siphonnage du vote Zemmour) et Mélenchon (en cas de siphonnage du vote Jadot et Roussel) mais la seconde peut être, pour ces deux candidatures, extrêmement défavorable en cas de faible participation.

La menace de l’abstention différentielle défavorable

Les élections régionales ont montré que le risque permanent pour le RN est l’abstention de son électorat. Idem pour Jean-Luc Mélenchon qui peine à mobiliser sa base lors d’élections intermédiaires présentant moins d’enjeux, tout particulièrement les quartiers de grands ensembles où les Révoltés, qui lui sont largement acquis, sont surreprésentés mais pourraient peu voter dimanche prochain si l’abstention devait être élevée.

La sociologie de l’électorat de ces deux candidats est en effet propice à subir une abstention différentielle défavorable. On sait que lorsque l’abstention est forte, elle est exponentielle dans les électorats populaires et au sein de la jeunesse. Or, Marine Le Pen possède la base électorale la plus populaire : les clusters Eurosceptiques, Réfractaires et Sociaux-Patriotes sont trois clusters extrêmement populaires et antisystèmes. Les Réfractaires et les Eurosceptiques sont d’ailleurs ceux qui se disent le moins certains d’aller voter : 62% et 64%. Idem pour le cluster très populaire des Révoltés qui plébiscite J-L Mélenchon : seuls 63% se disent certains d’aller voter.

En outre, pour Jean-Luc Mélenchon, la structure par âge de son électorat pourrait lui être extrêmement préjudiciable en cas d’abstention particulièrement haute. En effet, il est le candidat préféré des moins de 34 ans. Ce vote « jeune » présente l’inconvénient qu’il est ordinairement bien plus abstentionniste. Si cet électorat se mobilisait peu le jour du vote, cela pourrait avoir des conséquences désastreuses pour lui et lui faire perdre mécaniquement de précieux points dans la course au 2nd tour.

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