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Baromètre hebdomadaire S20 : Législatives 2022

Le rapport de force politique reste stable

Dans notre baromètre consacré aux élections législatives cette semaine on observe une stabilité des rapports de force. L’alliance de gauche, la « NUPES », arriverait en tête avec 31% des suffrages devant la coalition de la majorité présidentielle qui perd un point cette semaine à 26%. Le Rassemblement National, faute de dynamique et d’alliance avec Reconquête reste troisième avec 20% des voix.

A l’instar de la campagne présidentielle qui a connu peu de mouvements brusques dans l’opinion jusqu’à la crise ukrainienne et l’entrée en campagne d’Emmanuel Macron, cette campagne législative se stabilise. L’alliance des partis de gauche a suscité une dynamique en sa faveur dans les premiers jours de l’union et a modifié sensiblement les rapports de force, s’imposant comme le premier des trois pôles devant Renaissance et le Rassemblement National. Depuis, la campagne connaît peu de moments forts. Le fait que l’offre politique se présente sous une forme simplifiée autour de trois pôles principaux qui correspondent à la tripartition électorale observée au premier tour de la présidentielle explique cette stabilité qui pourrait perdurer jusqu’au premier tour de scrutin. Les effets résultant de la nomination du nouveau gouvernement devront cependant être suivis avec attention. A ce titre, la nomination du nouveau Ministre de l’Education, Pap N’Diaye, a cristallisé dès sa prise de fonction des réactions très fortes en activant le clivage identitaire. Les représentants des forces identitaires – RN et Reconquête – se sont montrés logiquement particulièrement hostiles et virulents. A l’inverse, on a observé une bienveillance exprimée par la gauche radicale, en premier lieu par Jean-Luc Mélenchon. Cette nomination s’inscrit pleinement dans la stratégie présidentielle de brouillage de l’ancien clivage gauche/droite et dans la volonté pour Emmanuel Macron de cliver sur le volet culturel, espérant peut-être ainsi renforcer son aile gauche et diviser la coalition de la NUPES. L’autre dynamique qu’il faudra suivre avec beaucoup d’attention concerne l’électorat LR. Celui-ci va-t-il rallier les candidatures de la majorité présidentielle dans une logique de vote utile pour faire barrage à la NUPES dès le premier tour de scrutin ? Pour l’instant, nous n’observons aucune dynamique de ce type, mais il est important de rappeler que cette logique de vote utile qui avait conduit à l’effondrement de Valérie Pécresse s’était fortement accélérée dans les derniers jours, voire dans les dernières heures de la campagne présidentielle.

Les Français très majoritairement opposés à la retraite à 65 ans

Nous avons interrogé les Français sur le recul de l’âge légal de la retraite à 65 ans proposé par Emmanuel Macron. Seul un Français sur cinq se dit favorable à cet allongement. 39% sont même, à l’inverse, favorables à un abaissement de l’âge légal à 60 ans et 35% au maintien à 62 ans. Seuls deux clusters se montrent majoritairement favorables à l’âge de départ à 65 ans : les Libéraux et les Centristes, deux clusters phares de la coalition d’Emmanuel Macron, plutôt hostiles à la fonction publique, aux « acquis sociaux », aux 35h et globalement aux politiques redistributives.

Par ailleurs, une telle mesure clive fortement la coalition présidentielle. Les clusters de gauche modérée qui soutiennent le Président – les Progressistes et les Sociaux-Démocrates – sont très majoritairement favorables à la retraite à 60 ans ou à 62 ans, de même que les clusters dépolitisés ou modérés (Apolitiques, Sociaux-Républicains et Eclectiques) qui ont voté pour le Président.

La mise au premier plan de ce thème, notamment par la NUPES qui propose la retraite à 60 ans a tendance à fragiliser l’électorat du Président. Persister en faveur de la retraite à 65 ans constitue un risque de morcellement de sa coalition électorale, les électeurs de centre-gauche pouvant être alors tentés par les candidats de la gauche unie.

Les clusters populaires (Solidaires, Révoltés, Sociaux-Patriotes, Réfractaires, Eurosceptiques) sont quant à eux, sans surprise, extrêmement hostiles à une telle mesure.  Cela pourrait entraîner la constitution d’un « arc contestataire » si jamais la mesure venait à être votée par le Parlement, débouchant sur un front « anti-Macron » qui ne serait pas sans rappeler la coalition qui a porté le mouvement des Gilets jaunes lors de l’hiver 2018-2019.

Elisabeth Borne Premier Ministre : un choix peu clivant

La nomination d’Elisabeth Borne à Matignon fait émerger trois blocs quasiment équipotents : 35% des Français sont indifférents à sa nomination ou ne la connaissent pas, 33% y sont défavorables et 32% y sont favorables. Sa notoriété relative dans l’opinion et son profil technocratique font de cette option un choix assez peu clivant et surtout assez fédérateur d’une coalition électorale dont le plus petit commun dénominateur est la demande de « bonne gouvernance », d’équilibre et de compétence. En conséquence, très peu de Français ont un avis tranché sur cette nomination. Seuls quatre clusters se distinguent par leur opposition nette : les Multiculturalistes, les Révoltés et les Solidaires (trois clusters de gauche radicale) et les Sociaux-Patriotes (cluster identitaire et social qui vote majoritairement RN).
Nous avons également testé l’hypothèse d’une cohabitation amenant Jean-Luc Mélenchon à être nommé Premier Ministre. Si ses trois clusters phares de sa coalition présidentielle, les Solidaires, les Multiculturalistes et les Révoltés se positionnent très majoritairement en faveur de cette option, la grande majorité des clusters est opposée à l’arrivée de Jean-Luc Mélenchon à Matignon. C’est notamment le cas pour les deux clusters de gauche modérée qui, on l’a vu, sont tentés de voter pour la NUPES : les Sociaux-Démocrates et les Progressistes. Seuls 25% et 29% des électeurs de ces deux clusters se disent favorables à une éventuelle nomination de Jean-Luc Mélenchon à Matignon tandis que 35% des Sociaux-Démocrates et 51% des Progressistes indiquent dans le même temps vouloir voter pour la NUPES. On perçoit le paradoxe et le risque pour l’alliance de gauche de « personnaliser » l’élection autour de Jean-Luc Mélenchon, dont la personnalité reste très clivante, tout particulièrement au sein de la gauche modérée.
Le constat s’applique également pour Marine Le Pen. Comme Jean-Luc Mélenchon elle fédère un socle d’électeurs très fidèles qui sont autant attachés à sa personne qu’à son programme. C’est le cas principalement des Réfractaires, des Identitaires, et des Sociaux-Patriotes. Pour autant, une victoire du RN aux législatives et la nomination de Marine Le Pen à Matignon créerait un rejet très puissant dans la majorité des clusters, y compris dans des clusters qui votent en partie pour elle. C’est le cas pour les Anti-Assistanat qui sont 52% à être défavorables à sa nomination, de même que 54% des Conservateurs.

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Baromètre hebdomadaire S19 : Législatives 2022

Pourquoi l’écart entre la NUPES et la majorité présidentielle se resserre ?

Dans notre baromètre cette semaine, la « Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale » (NUPES) rassemblant PS-PCF-EELV-LFI perd trois points à 31% tandis que « Renaissance » et ses alliés gagnent 2,5 points et se trouvent en deuxième position à 27%.

La dynamique perçue lors des négociations entre les partis de gauche semble légèrement s’estomper. Cette baisse semble profiter directement à la majorité présidentielle. Le Rassemblement National ne parvient pas pour le moment à susciter de dynamique.

Nos indicateurs font apparaître que l’électorat de Marine Le Pen est aujourd’hui très démobilisé. La division du camp identitaire entre RN et Reconquête et l’acceptation de la défaite aux législatives par anticipation par Marine Le Pen elle-même – alors même que l’espace politique est aujourd’hui tripartite et que la victoire de la majorité présidentielle n’a pourtant rien d’une évidence – semblent avoir un impact très démobilisateur sur les clusters les plus favorables aux thématiques portées par les candidatures identitaires. Compte tenu de la sociologie déjà favorable de cet électorat, une forte abstention différentielle est à redouter pour les candidats du RN.

Si ce scénario venait à se confirmer, il en résulterait de nombreux duels NUPES – Renaissance. Dans ce « duel » qui semble s’installer, la majorité présidentielle a tout intérêt à « diaboliser » l’union de la gauche portée par Jean-Luc Mélenchon de la même façon qu’elle avait rediabolisé Marine Le Pen durant l’entre-deux-tours de la présidentielle.

Ainsi la majorité peut espérer fédérer son « bloc » modéré qui réunit une grande partie des clusters du centre gauche (Progressistes, Sociaux-Démocrates) mais aussi une part significative de la droite (Conservateurs et Libéraux).

La NUPES et Renaissance en concurrence directe chez les Sociaux-Démocrates et les Progressistes

Ces deux clusters qui ont largement voté pour Emmanuel Macron en 2017 et en 2022 sont absolument décisifs dans cette bataille pour les législatives. Ces électeurs constituent un pôle modéré, celui de la gauche dite « de gouvernement », qui votait jadis massivement pour le Parti Socialiste. Ce sont des électeurs très attachés à l’Union Européenne, à la redistribution économique et à l’écologie mais plutôt élitaires car diplômés et bien insérés dans la mondialisation, donc hostiles au « dégagisme », au « populisme » et, plus globalement, à la radicalité politique.

Si Jean-Luc Mélenchon était parvenu à mobiliser une partie de ces clusters durant la présidentielle grâce à la logique du « vote utile », ce n’était pas dans des proportions suffisantes et c’est, tout particulièrement, dans cet électorat qu’il lui a manqué des voix précieuses pour accéder au 2nd tour. L’union qui s’est nouée avec le PS, le PCF et EELV rebat largement les cartes car ces électeurs sont à nouveau tentés par cette offre : celle-ci se présente, en effet, sous une forme unitaire d’une part et de fait moins radicale parce que moins exclusivement focalisée sur la personnalité clivante de Jean-Luc Mélenchon d’autre part.

Ainsi au lendemain de l’union, dans notre premier sondage, la NUPES récupérait une part significative d’électeurs d’Emmanuel Macron. Aujourd’hui, on observe cependant un reflux de ces électeurs au profit de la majorité présidentielle. Cette semaine, La NUPES perd ainsi 13 points chez les Sociaux-Démocrates et 4 points chez les Progressistes, soit dans les principaux clusters de la gauche modérée. Cela se matérialise par de moins bons reports des voix de la présidentielle des électeurs de Yannick Jadot et d’Emmanuel Macron. 60% des électeurs de Yannick Jadot indiquent vouloir voter pour la NUPES (-13) et seulement 5% des électeurs d’Emmanuel Macron (-3). Les candidatures dissidentes du Parti Socialiste pourraient également nuire à la NUPES. La majorité présidentielle profite en partie de cette baisse.

L’équation reste, cependant, ardue pour « Renaissance » car dans la perspective de duel avec la NUPES, il lui faudra à la fois mobiliser cet électorat de centre gauche tout en captant le vote des clusters de droite les plus radicaux (Anti-Assistanat et Identitaires) au 2nd tour.  Dans cette perspective, la stratégie qui se dessine est celle d’une diabolisation de l’union de la gauche sur le terrain identitaire, ce qu’elle a commencé à faire en parlant de candidature « communautariste » ou « décroissante » sur le plan écologique.

Activer le clivage identitaire vise ainsi à fédérer une large coalition électorale dans le cadre d’un front anti-Mélenchon, qui permettrait à la majorité présidentielle de battre les candidats de la NUPES dans nombre de circonscriptions au second tour.

Les Républicains et le Rassemblement National en mauvaise posture

Les Républicains gagnent un point à 9,5% mais sont, à l’image de leur candidate Valérie Pécresse lors de l’élection présidentielle, pris en étau entre la majorité présidentielle et les candidatures identitaires. Leur socle se réduit désormais à deux clusters : les Libéraux et les Anti-Assistanat qui sont les deux seuls clusters à placer les candidatures LR à plus de 20%. Les Libéraux continuent de placer les candidats « Renaissance » en tête à l’image de la présidentielle où ils avaient largement voté en faveur d’Emmanuel Macron, de même que les Conservateurs. Ces deux clusters constituaient encore en 2017 le cœur électoral de LR avec les Anti-Assistanat et les Identitaires qui quant à eux accordent aujourd’hui davantage d’intérêt électoral au RN et à « Reconquête ».

Pour autant, la désunion qui sévit entre le RN et « Reconquête » empêche Marine Le Pen de susciter une dynamique. Une part importante des Identitaires (environ 1/5) s’apprête à voter pour les candidats soutenus par le parti d’Eric Zemmour. Les Conservateurs qui l’avaient massivement soutenu à la présidentielle sont quant à eux nombreux à indiquer vouloir voter pour la majorité présidentielle, certainement par soucis de continuité et de stabilité et, sans doute, pour faire barrage à la gauche unie.

En résumé, l’élection parait devoir se jouer principalement aujourd’hui entre la NUPES et la majorité présidentielle, ce qui pourrait conduire à une relative marginalisation des candidatures LR, mais aussi de celles du RN, malgré le bon résultat de sa candidate à la présidentielle.

Si les thèmes de campagne qui s’imposent tournent autour des enjeux identitaires – et en particulier de la dénonciation de la NUPES comme complaisante avec le « communautarisme » – la majorité présidentielle sera alors dans une position favorable pour remporter le scrutin. Mais si la gauche unie parvient à imposer des thématiques sociales et une demande de transformation du système, elle pourrait trouver des réserves électorales, voire mettre en difficulté Renaissance et ses alliés.

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Baromètre hebdomadaire S18 : Législatives 2022

Pourquoi les elections legislatives a venir sont-elles les plus indecises depuis 1997 ?

En ce tout début de campagne, la Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale (NUPES) arrive assez largement en tête des intentions de votes : 34%. Ce résultat créé une situation pour le moins inédite. En effet, depuis 2002, l’élection des députés s’était transformée en un scrutin de ratification de la présidentielle. Pour la majorité présidentielle, les législatives s’apparentaient à une quasi-formalité administrative. Cette année, le scrutin semble bien plus indécis et ouvert.
Cette incertitude réside, bien évidemment, dans le fait que les principales forces de gauche (en particulier LFI, EELV, PS, PCF) ont passé un accord inédit aux termes duquel elles ne présenteront qu’une seule candidature par circonscription. Une telle configuration sur la base des rapports de forces tels que nous les mesurons actuellement est de nature à assurer la qualification au second tour des candidats de la NUPES dans de très nombreuses circonscriptions, et même de permettre à cette coalition d’entrevoir une possible majorité à l’Assemblée Nationale en juin prochain.

Pas d’état de grâce pour le président réélu

Plusieurs facteurs expliquent qu’une telle perspective soit devenue possible alors qu’elle était encore inimaginable cet hiver. Tout d’abord, l’élection d’Emmanuel Macron ne s’accompagne d’aucun « état de grâce », comme le révèle le baromètre de popularité que nous avons publié récemment (https://cluster17.com/barometre-des-personnalites-politiques-s16/). Cette absence d’état de grâce a pour conséquence logique une absence d’effet de souffle du scrutin présidentiel sur les législatives. Il se pourrait même que le « vote sanction » pratiqué par les électeurs français de manière quasi-systématique depuis les législatives de 1978 ait été comme suspendu lors de la dernière présidentielle mais s’exprime à nouveau dès ces législatives.

L’autre facteur à prendre en compte réside dans la tripartition de l’espace politique, telle qu’elle a émergé du premier tour de la dernière élection présidentielle. Autour des candidatures de Jean-Luc Mélenchon, d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen (à laquelle il faut associer, ici, Eric Zemmour), trois grandes coalitions ont coagulé : une coalition de gauche sociale-écologique, une coalition libérale-modérée et une coalition identitaire. Ces trois coalitions sont de forces assez comparables. La position « centrale » d’Emmanuel Macron lui a permis de gagner assez largement face à Marine Le Pen, mais avec des reports de voix assez médiocres de la coalition de gauche sociale-écologique et pour conséquence qu’il a été, en proportions des suffrages recueillis, le président le moins bien élu de la Vème République depuis Georges Pompidou. C’est donc bien à partir de ce cadre tripartite qu’il faut analyser les législatives à venir.

L’offre de la NUPES lance une dynamique à gauche

A ce stade de la campagne, l’avantage concurrentiel de la NUPES réside dans son alliance électorale. Des trois pôles, celui de la gauche sociale-écologique est de loin le plus unifié. Ce type d’alliance, on le sait, créé de la dynamique électorale. Nous le vérifions encore une fois dans notre dernier sondage : les clusters de gauche sont, pour l’instant, parmi les plus mobilisés. La Nouvelle Union Populaire permet ainsi de faire le plein des voix dans les clusters les plus radicaux et les plus à gauche, ceux qui ont constitué le socle électoral de Jean-Luc Mélenchon tout au long de la dernière campagne présidentielle.

Ainsi, les Multiculturalistes déclarent-ils voter à 93% pour la NUPES, les Solidaires à 86% et les Révoltés – moins politisés en moyenne – à 70%. Mais l’essentiel se joue, sans doute, plus encore sur d’autres segments qui se révèleront probablement décisifs : ceux de la gauche modérée, qui jusqu’à présent ont soutenu Emmanuel Macron et LREM. L’offre politique représentée par la NUPES attire, en effet, à ce stade une part significative de cet électorat.  Un cluster tel que les Sociaux-Démocrates qui soutient majoritairement Emmanuel Macron depuis 2017 déclare ainsi avoir l’intention de voter en faveur de la NUPES à 44% (soit près du double du score obtenu au sein de ce cluster par Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la dernière présidentielle). De même, les Progressistes, un cluster jeune urbain et plutôt modéré, sont-ils aujourd’hui majoritairement en faveur des candidatures de la NUPES (55%).

Ces segments de la gauche modérée constituent l’une des clefs principales de l’élection à venir. Leur vote de juin prochain devrait se révéler particulièrement décisif. S’ils votent en faveur de la NUPES, la nouvelle union de la gauche a de bonnes chances de s’imposer, mais s’ils restent fidèles à la majorité présidentielle, celle-ci pourrait conserver son leadership à l’Assemblée.

Maintenir la coalition électorale de la présidentielle : le défi de la majorité

La majorité présidentielle doit parvenir à reconstituer la coalition qui vient de réélire Emmanuel Macron. Dans cette perspective, elle ne doit accumuler trop de pertes sur son flanc gauche – qui subit l’attraction de la NUPES – et en même temps elle doit capter les clusters qui jusqu’en 2017 votaient pour la droite et, en particulier, pour les Républicains. La bataille électorale se joue donc à la fois sur les Sociaux-Démocrates et les Progressistes, mais aussi sur les Conservateurs et, plus encore, les Libéraux. Ces derniers, qui constituent le cœur battant de la droite française, ont massivement voté Emmanuel Macron (46%) dès le premier tour de la présidentielle, sans doute dans une logique de vote utile.

Pour gagner les législatives, la majorité présidentielle devra a minima réitérer ces résultats, voire améliorer encore ses scores parmi les Conservateurs et les Libéraux, encore plus avec l’offre électorale de la NUPES. Il lui faudra ainsi siphonner l’électorat des Républicains, lesquels vont à nouveau se retrouver en tension entre les clusters de droite les plus modérés attirés par la majorité présidentielle et les plus radicaux attirés par le RN et Reconquête. Le fait que l’espace libéral-modéré soit divisé entre majorité présidentielle et Républicains représente, cependant, un risque électoral.

Si la participation est aussi faible que lors des précédentes législatives – ce qui n’est pas certain compte tenu de l’enjeu plus important que d’habitude – il n’y aura presque pas de triangulaires. En conséquence, la concurrence entre les candidatures de la majorité présidentielle et celles des Républicains sur les segments de droite libéraux et modérés pourrait conduire à une dispersion des voix au premier tour et favoriser ainsi des duels entre NUPES et RN. Pour éviter cela et encourager des logiques de « vote utile », il est probable que le camp présidentiel soit tenté de dramatiser l’enjeu de ces législatives et tentent de mobiliser l’électorat modéré en agitant la menace d’une victoire d’une gauche unie dominée par les Insoumis et Jean-Luc Mélenchon.

Le camp identitaire sous la menace de la division et de l’abstention

Comme l’espace libéral-modéré, le camp identitaire se présente, pour l’instant, lui aussi, divisé. RN et Reconquête, malgré la proximité et la compatibilité de leurs électorats, ne semblent pas devoir sceller d’alliance électorale. Une telle situation n’est jamais très favorable en termes de dynamique électorale. On le mesure dans le fait que les clusters qui ont le plus soutenu Marine Le Pen lors de la présidentielle – Réfractaires, Eurosceptiques, Sociaux-Patriotes, Anti-Assistanats – sont aujourd’hui ceux qui semblent le moins nourrir d’attentes par rapport aux législatives à venir. Ce sont, par exemple, les clusters qui se déclarent les moins certains d’aller voter en juin prochain. Une telle situation explique, sans doute, pourquoi le RN et Reconquête sont en léger recul dans notre dernier sondage avec respectivement 19,5% et 5% des intentions de votes.

Bien que seconde du scrutin et malgré une forte amélioration de son score au second tour de la présidentielle par rapport à 2017, Marine Le Pen et le RN ont, pour l’instant, laissé la gauche unie se positionner en principale alternative à la majorité présidentielle. Une telle situation accentue le risque abstentionniste au sein de cet espace politique, d’autant plus que le socle de la coalition de Marine Le Pen est composée de clusters très populaires qui sont les plus exposés aux risques de défection électorale en juin prochain. Ajouté à la division des deux partis identitaires, une telle situation pourrait coûter un certain nombre de qualifications au second tour dans les circonscriptions les plus disputées.

En résumé, la tripartition de l’espace politique observable au premier tour de la dernière présidentielle, l’absence d’état de grâce en faveur du camp présidentiel et l’alliance des principales forces de gauche contribuent bien à faire des élections du mois de juin le scrutin législatif le plus indécis depuis 1997.

Baromètre hebdomadaire S17 : Législatives 2022

L’union plébiscitée par les différentes composantes de la gauche

Nous avons testé l’ensemble des hypothèses et configurations d’alliances possibles pour ces élections législatives. Le statu quo, c’est-à-dire un paysage fragmenté comme à la présidentielle donnerait de sérieuses chances à Emmanuel Macron d’obtenir à nouveau la majorité à l’Assemblée Nationale. La division de la gauche et de l’extrême droite entraînant une division des voix de ses électeurs et favorisant la coalition centrale. Dans ce contexte, Emmanuel Macron réunirait son socle modéré et se retrouverait en position d’être en tête du 1er tour. Il serait très probablement en situation de duel dans de nombreuses circonscriptions, en particulier face au Rassemblement National et en position de rassembler un « vote barrage » au 2nd tour, facilitant la reconduction de sa majorité. Pour autant, même dans cette configuration, la dynamique ne semble pas aussi certaine et forte qu’en 2017. De nombreuses circonscriptions seraient plus serrées, et LFI comme le RN pourraient en profiter pour accroître leur présence à l’Assemblée.

Dans cette deuxième hypothèse (union de la gauche sans le Parti Socialiste), la gauche arriverait en tête devant la majorité présidentielle et le RN. Et le Parti Socialiste serait à 7%. Cela permettrait à la gauche d’obtenir de bons résultats, mais la présence de candidatures socialistes au vu de son ancrage territorial pourrait empêcher la gauche d’arriver en tête dans des circonscriptions décisives. On voit que dans cette option, les clusters de la gauche modérée restent clivés et continuent de se diviser entre la majorité présidentielle, la candidature d’union LFI-PCF-EELV et le Parti Socialiste. En conséquence, la configuration qui pourrait le plus bouleverser les élections législatives est celle où tous les partis de gauche se présentent unis.

Une offre plébiscitée par les clusters pro-Jean-Luc Mélenchon…

Dans cette hypothèse (de la France Insoumise au Parti Socialiste) et à ce stade de la campagne, la gauche arriverait largement en tête avec 34%, 10 points devant la majorité présidentielle.
Cette union large se trouve plébiscitée dans tous les clusters de gauche et elle parait satisfaire une demande y compris dans des groupes qui depuis 5 ans ont plutôt tendance à voter pour Emmanuel Macron. Une telle union signerait une forme de réconciliation inédite sur le plan électoral depuis l’élection de François Hollande en 2012.
Les trois clusters composant le cœur électoral de la France Insoumise : les Multiculturalistes, les Solidaires et les Révoltés sont unanimes. Dans ces trois clusters ayant fortement voté Jean-Luc Mélenchon, l’union de toute la gauche obtiendrait entre 78% et 93% des voix, soit environ 30 points de plus que le vote LFI dans le cas d’une candidature unique (hypothèse 1).

Mais également par les clusters modérés hésitants avec Emmanuel Macron

La présence du Parti Socialiste constitue ici un apport important et permettrait certainement à la gauche d’obtenir la majorité à l’Assemblée. On voit qu’en cas de présence du PS, les électeurs de Yannick Jadot et Fabien Roussel votent à 75% pour l’union (autour de 60% sans le PS) et les électeurs de Jean-Luc Mélenchon à 92% avec le PS (83% sans).

En termes de clusters, une union complète permet à la gauche d’arriver en tête chez les Sociaux-Démocrates et les Progressistes, ce qui marquerait un tournant majeur. En effet, toutes nos enquêtes durant la présidentielle étaient marquées par le leadership d’Emmanuel Macron dans cette gauche diplômée et bien insérée dans la mondialisation. Aucun candidat n’était parvenu à décrocher cet électorat anciennement fidèle au PS. Les Sociaux-Démocrates ont ainsi voté à plus de 50% pour Emmanuel Macron au 1er tour de 2022 (24% Jean-Luc Mélenchon, 11% Yannick Jadot), les Progressistes ont choisi Emmanuel Macron à 39%, juste devant Jean-Luc Mélenchon à 32% et Yannick Jadot à 16%. En cas d’union aux législatives, ces deux clusters placeraient la gauche unie en tête : 47% pour les Sociaux-Démocrates (3 points devant la majorité présidentielle) et 53% pour les Progressistes. C’est donc bien sur ces segments électoraux que se joueront, pour une large part, les résultats de ce scrutin législatif.
Enfin, dans cette hypothèse, des clusters peu politisés placeraient également la gauche unie très haut : 45% chez les Apolitiques et 41% chez les Eclectiques. Même un cluster comme les Réfractaires qui vote majoritairement pour Marine Le Pen, très « dégagiste » mais de gauche économique placeraient la gauche à 30%, pas loin derrière le RN à 44%.
On voit bien la dynamique qui pourrait s’enclencher dans une large partie de l’électorat, issue non seulement de la gauche radicale, de la « gauche de gouvernement » mais également d’électeurs abstentionnistes ou ne se plaçant plus sur le clivage « gauche/droite », qui semble se reconnaître dans cette offre de gauche unie.

Baromètre des personnalités politiques

Baromètre des personnalités politiques (S16)

Marine Le Pen en tête de notre 1er baromètre de personnalités

Nous publions notre premier baromètre hebdomadaire de popularité des personnalités politiques. Pour organiser notre classement, nous avons décidé de classer en tête la personnalité qui obtient le plus de « soutien ». Cela nous semble refléter davantage le potentiel politique et plus encore électoral d’une personnalité, la « sympathie » étant un élément subjectif moins explicatif des comportements électoraux. A titre d’exemple, au baromètre de la « sympathie », Jean Lassalle serait en passe de se retrouver au 2nd tour d’un scrutin présidentiel.

Marine Le Pen fédère le socle de soutien le plus massif

Ce n’est pas la plus populaire ou la plus sympathique de notre classement mais Marine Le Pen arrive en tête au nombre de soutiens. La candidate, bien que défaite au second tour, possède un socle très fort d’électeurs qui se retrouvent à la fois dans ses idées et dans sa personne. C’est principalement ce socle de soutiens très puissant qui lui a permis de tenir bon face à Éric Zemmour durant la campagne au cours de l’automne et de l’hiver dernier. On perçoit son assise au sein des clusters populaires « sociaux-identitaires » : les Réfractaires, les Eurosceptiques et les Sociaux-Patriotes. Autour de ce « noyau dur », elle agrège une base de soutiens assez large : elle séduit en effet le cluster des Conservateurs, dans lequel elle arrive en tête devant Emmanuel Macron. Rappelons que ce groupe de petits retraités de droite, assez modérés mais très conservateurs sur les valeurs l’avait placée à égalité avec Emmanuel Macron au 2nd tour. Enfin, elle arrive en tête dans des clusters plus radicaux sur l’immigration et la sécurité : les Anti-Assistanat et les Identitaires. Dans ce dernier cluster, elle devance d’une courte tête Éric Zemmour, dont on perçoit bien où se situe le socle très radical qui l’a porté durant la campagne. Le fait que sa popularité se cantonne quasi exclusivement à ce cluster des Identitaires montre le rétrécissement de son audience électorale au fil de la campagne, apparaissant certainement trop clivant et trop radical pour le reste des clusters mais aussi trop à « droite » sur le plan économique.
A l’inverse, Marine Le Pen arrive en tête dans six clusters sur seize, ce qui démontre la transversalité de ses soutiens et nous permet de comprendre les ressorts de sa réussite au 1er tour et de sa progression au 2nd tour. Cependant, la « marque Le Pen » tout comme son programme hostile à l’immigration et à l’islam, restent rejetés dans une large partie de l’électorat malgré sa stratégie de dédiabolisation.

Emmanuel Macron et Edouard Philippe, leaders incontestés de la France modérée

Emmanuel Macron est la deuxième personnalité à obtenir le plus de soutiens. Il arrive lui aussi en tête de six de nos clusters. Principalement dans les groupes modérés, diplômés ou dépolitisés. Le cluster phare de sa coalition reste les Centristes, dans lequel il obtient un plébiscite avec 65% de soutiens. On retrouve le cœur de son électorat constitué des clusters diplômés, modérés et dépolitisés : Apolitiques, Sociaux-Républicains, Eclectiques autour desquels il arrive à agréger le soutien des anciens électeurs PS.

Il arrive en effet en tête dans deux clusters de gauche modérée, citadins, diplômés : les Sociaux-Démocrates et les Progressistes. Mais il arrive également en tête au sein des Libéraux, l’ancien cluster de base de l’électorat UMP, presqu’à égalité avec son ancien Premier Ministre. Edouard Philippe est ainsi le premier « concurrent » d’Emmanuel Macron dans les clusters de la droite et du centre. Il atteint des scores assez hauts dans les mêmes clusters que le Président de la République.

En revanche, le Maire du Havre ne séduit pas les Sociaux-Démocrates et les Progressistes, ce qui laisse à penser que la succession du Président ne sera pas aisée pour celui qui s’inscrira dans ses pas, car sa réussite électorale repose avant tout sur cet alliage original qui coalise schématiquement des anciens électeurs de François Hollande et de Nicolas Sarkozy autour de l’ancien électorat de François Bayrou (voir https://cluster17.com/sur-quels-elements-repose-la-victoire-demmanuel-macron/).

Enfin, notre baromètre montre un rejet assez puissant de la personnalité d’Emmanuel Macron y compris dans des clusters où il dispose pourtant également de soutiens. Il y a une grande ambivalence de l’électorat à son endroit : il séduit autant qu’il divise. Chez les Apolitiques il est rejeté à 42%, chez les Sociaux-Républicains à 41%, chez les Eclectiques à 31%, et chez les Conservateurs, cluster très clivé, il arrive second du classement en termes de soutiens mais il génère 45% de « rejet ».

Moins surprenant, il suscite une forte défiance dans les clusters de « l’arc contestataire », ces groupes appartenant à la gauche radicale comme les Multiculturalistes, Solidaires et les Révoltés mais également dans les clusters favorables à Marine Le Pen : Réfractaires, Eurosceptiques, Sociaux-Patriotes et Identitaires. Dans l’ensemble de ces clusters, plus de deux tiers des électeurs « rejettent » la personnalité du Président. On voit ici l’esquisse d’un « bloc anti-Macron » qui peut se coaliser dans des mobilisations de type Gilets jaunes mais qui n’ont pas voté ensemble en 2022 car trop clivés notamment sur l’axe identitaire.

Jean-Luc Mélenchon en tête d’un pôle de gauche radicale

Jean-Luc Mélenchon arrive 4e de notre baromètre, derrière Edouard Philippe. Le troisième homme de la présidentielle est le leader incontesté du troisième « pôle », celui de la gauche radicale et écologiste, qu’on retrouve principalement dans trois clusters qui le placent largement en tête : les Multiculturalistes, les Révoltés et les Solidaires.

Il est également apprécié dans le cluster des Progressistes, un groupe plutôt jeune, citadin et diplômé qui l’a placé au coude-à-coude lors du 1er tour avec Emmanuel Macron. Il est la quatrième personnalité la plus soutenue dans ce cluster et fait notable, il y est peu « rejeté » contrairement à l’autre groupe de la gauche modérée, les Sociaux-Démocrates qui sont 14% à le soutenir mais 40% à le « rejeter ».

Comme Emmanuel Macron et Marine Le Pen, sa notoriété est très élevée et à l’instar de ses deux concurrents il clive une partie importante de l’électorat qui dit « rejeter » sa personnalité.
Le fait de cliver n’est pas un problème pour ces trois candidats dans la mesure où cela leur permet dans le même mouvement de coaliser une base solide de soutiens fidèles. Ce n’est pas le cas des autres candidats à la présidentielle. En particulier pour les deux candidates des anciens partis de gouvernement qui clôturent notre classement.

Valérie Pécresse est « rejetée » par 55% des électeurs (et 27% se disent « indifférents ») et Anne Hidalgo occupe la dernière position rejetée par 61% des électeurs (24% se disent « indifférents »). C’est tout autant leurs campagnes difficiles que leurs partis qui semblent mis en cause dans l’électorat. Leurs très faibles résultats lors de la dernière présidentielle ont sans doute contribué à dégrader encore un peu plus leur image dans l’opinion.

Baromètre hebdomadaire S16-3 : Présidentielle 2022

Pourquoi Emmanuel Macron est en dynamique constante ?

Emmanuel Macron continue de creuser l’écart avec Marine Le Pen et la devance désormais de 8 points, à 56% (+1) contre 44% des intentions de vote. Les intentions de vote ne sont donc pas complètement cristallisées, d’autant que si les électeurs qui vont aller voter sont globalement certains de leur choix, la principale incertitude réside dans le niveau d’abstention. Pour autant, Emmanuel Macron semble marquer des points au cours des derniers jours dans une large partie de l’électorat et bénéficie pour l’instant d’une dynamique haussière.
On observe tout d’abord une progression transversale des intentions de vote en sa faveur. Il a en effet progressé chez les électeurs du 1er tour de Valérie Pécresse (+12), de Jean-Luc Mélenchon (+2) mais également parmi les électeurs d’Éric Zemmour (+5) par rapport à notre enquête réalisée les 17 et 18 avril.

Ces dynamiques constantes sont doublées d’une forte certitude de choix : 93% de ceux qui s’apprêtent à voter Macron se disent certains de leur choix. De même pour 91% des électeurs de Marine Le Pen. La principale inconnue réside dans l’abstention. L’électorat populaire de Marine Le Pen se mobilisera t-il ou bien considérant que le match est déjà joué et que son niveau au débat a été insatisfaisant restera t-il à la maison ? L’électorat Mélenchon du 1er tour ira-t-il faire barrage à Le Pen ? Les jeunes électeurs progressistes se mobiliseront-ils également derrière le vote Macron ?

En ce sens, le débat télévisé de mercredi a permis à Emmanuel Macron d’accentuer sa progression. Il s’est certainement mieux adressé à la fois aux électeurs de Valérie Pécresse et aux clusters modérés qui sont avant tout en demande de stabilité, de présidentialité et de compétence. On observe à ce titre une progression chez les Conservateurs et les Libéraux, deux clusters de droite pour lesquels Emmanuel Macron « a gagné le débat ». Chez les Conservateurs, cluster volatil assez âgé, rétif aux grands changements, le débat aura sûrement un effet sur le vote de dimanche. Malgré le fait qu’ils soient nombreux à ne pas avoir d’avis, le fait qu’Emmanuel Macron ait pour une bonne partie d’entre eux « gagné le débat » est un symbole assez fort car Marine Le Pen avait su lors des dernières semaines, par sa stratégie de dédiabolisation, mordre sur cet électorat qui lui avait empêché de jouer la victoire en 2017. Autre signe négatif pour Marine Le Pen, son électorat n’a semble-t-il pas été emballé par sa prestation face à Emmanuel Macron. Dans quatre clusters phares de sa coalition – les Réfractaires, les Eurosceptiques, les Anti-Assistanat et les Identitaires – plus de la moitié des électeurs affirment que « ni Emmanuel Macron ni Marine Le Pen n’a gagné le débat » ou bien qu’ils « ne savent pas ». Quand dans le même temps la plupart des autres clusters donnent le duel télévisé gagné à Emmanuel Macron. La candidate RN en lissant son image au maximum a fini par oublier d’activer les lignes de clivage fondamentales qui mobilisent son électorat. Cette stratégie défensive n’est sans doute pas pour rien dans son recul constant tout au long de cet entre-deux tour. Paradoxalement, c’est Emmanuel Macron qui s’est montré à l’offensive, plus clivant. Et cela se ressent dans notre enquête, ses clusters phares se montrant satisfaits de sa prestation.

En incarnant l’ordre et une forme de continuité de l’Etat, Emmanuel Macron emporte le vote des plus de 65 ans, classe d’âge dans laquelle il devance le plus largement Marine Le Pen (63% – 37%). C’est également sur l’axe peuple/élite qu’il conquiert les voix des électeurs de Yannick Jadot, notamment sur l’attachement à l’UE qui constitue une matrice commune entre la gauche modérée et le Président de la République. D’ailleurs, Emmanuel Macron s’impose avant tout comme le choix de la modération. Cette promesse de stabilité lui permet de progresser dans les clusters les moins radicaux : Apolitiques, Sociaux-Républicains, Eclectiques. Il y devance largement sa concurrente. Les clusters de gauche modérée (Sociaux-Démocrates et Progressistes) s’apprêtent logiquement à voter quasi-unanimement en faveur du Président de la République. Ces clusters diplômés, élitaires, pro-UE, ouverts à la mondialisation, tolérants sur le plan identitaire sont en effet aux antipodes des clusters « lepénistes » sur l’ensemble des clivages. Leur moindre radicalité ainsi que leur politisation plus élevée que la moyenne les amènent logiquement à se mobiliser et à continuer à « faire barrage » quand pour la gauche radicale, ce réflexe semble moins automatique.

Sur l’axe identitaire, Emmanuel Macron colle mieux aux attentes des électeurs Multiculturalistes qui sont profondément de gauche culturelle et ont voté massivement Jean-Luc Mélenchon au 1er tour. En plaçant le curseur sur l’écologie, en renvoyant Marine Le Pen à ses positions anti-islam, hostiles au voile, en la faisant traiter de raciste par l’intermédiaire de Mourad Boudjellal à Marseille, en allant dans les quartiers populaires, Emmanuel Macron essaye de reconstruire le « front républicain » en produisant des signaux qui s’adressent en premier lieu à cette gauche qui montre des signes de lassitude et qui pourrait par son abstention massive réduire l’ampleur de la victoire attendue. 56% des Multiculturalistes disent toujours vouloir s’abstenir ou voter blanc dimanche. Seule une infime minorité d’entre eux disent vouloir voter Marine Le Pen. Cela les distingue des deux autres clusters du « bloc Mélenchon ».

En effet, une part substantielle de la gauche « mélenchonniste », radicale et populaire constituée par les clusters Solidaires et Révoltés, renvoie toujours les deux candidats dos à dos, les plaçant quasiment à égalité. Il y a dans ces clusters tout autant une mobilisation « anti-Macron » qu’un réflexe « anti-Le Pen ». Ce qui est logique puisque ces deux clusters ont les mêmes positionnements que « les clusters Le Pen » (Sociaux-Patriotes, Eurosceptiques et Réfractaires) sur le clivage économique : ils sont radicalement favorables à la taxation des plus riches, à la redistribution économique et à la fonction publique. Mais également sur le clivage peuple/élite, ils sont « dégagistes », favorables aux gilets jaunes et à un renversement du « système » et ne supportent pas les petites phrases d’Emmanuel Macron sur les « gens qui ne sont rien ». Mais sur l’axe identitaire, ils sont au contraire tolérants envers l’islam et ouvert à un certain multiculturalisme donc éloignés de l’offre incarnée par Marine Le Pen. Tous ces éléments les mettent dans une situation de tension très forte. Les Révoltés et les Solidaires sont d’ailleurs les deux seuls clusters avec les Conservateurs à placer Marine Le Pen et Emmanuel Macron à égalité dans leurs intentions de votes.

L’analyse par clusters révèle ainsi que des pans entiers de l’électorat ont du mal à se reconnaître et à s’investir dans ce duel de second tour. En conséquence, l’abstention ainsi que le vote blanc et nul pourraient être élevés dimanche soir.

Baromètre hebdomadaire S16-1 : Présidentielle 2022

Emmanuel Macron creuse l’écart sur Marine Le Pen, la « coalition Mélenchon » divisée sur le second tour

Emmanuel Macron augmente l’écart avec Marine Le Pen à cinq jours du 2nd tour. Le principal enjeu pour les deux candidats est de s’assurer de la mobilisation de son électorat de 1er tour évidemment mais également de réunir une part significative du vote Mélenchon, ainsi que des électorats de Yannick Jadot, Éric Zemmour et Valérie Pécresse.

L’écart d’Emmanuel Macron repose sur un meilleur report de voix de ces candidats de 1er tour. A l’exception des électeurs d’Éric Zemmour, les autres choisissent tous majoritairement Emmanuel Macron. La principale inconnue repose sur l’abstention, notamment pour les électeurs de Jean-Luc Mélenchon qui sont encore plus de 50% à ne pas vouloir choisir et à se réfugier dans le vote blanc/nul ou l’abstention. Seuls 29% des électeurs du 1er tour de J-L Mélenchon basculeraient sur Emmanuel Macron et 16% voteraient pour Marine Le Pen.

La tripartition de l’espace politique qui s’est imposée la semaine dernière rend l’équation très difficile pour les deux protagonistes. En effet, les trois clusters principaux du vote Mélenchon sont tout à fait opposés à Macron sur l’axe économique et institutionnel et tout aussi radicalement opposés à Le Pen sur l’axe culturel-identitaire. Le « front républicain » est donc en voie de délitement et seul le cluster des Multiculturalistes continue de maintenir un semblant de « barrage », donnant seulement 2% d’intentions de vote à Marine Le Pen. Mais ce barrage est devenu bien fragile puisque 59% d’entre eux disent s’abstenir ou voter blanc dans notre enquête. Les autres clusters de la « coalition Mélenchon » renvoient Macron et Le Pen dos à dos : les Solidaires qui sont un cluster très à gauche économiquement mais très anti-élites et moins progressistes que les Multiculturalistes sur le plan sociétal placent Macron et Le Pen au coude-à-coude. Chez les Révoltés, Emmanuel Macron progresse par rapport à notre dernière enquête malgré un score relativement serré dans ce cluster « dégagiste », extrêmement populaire et fortement représenté dans les cités.

Emmanuel Macron peut continuer de compter sur les deux autres clusters de gauche, plus modérés pour maintenir la « digue » face au RN : les Sociaux-Démocrates et les Progressistes, deux clusters diplômés, pro-UE, choisissent massivement Emmanuel Macron et comptent bien moins s’abstenir que les clusters de la gauche radicale, ce qui est logique au vu des scores déjà très hauts obtenus par Emmanuel Macron au 1er tour dans cet électorat.

L’électorat Pécresse du premier tour se révèle lui aussi profondément divisée, tiraillée entre l’offre de stabilité pro-système incarnée par Emmanuel Macron, l’offre identitaire de Marine Le Pen et la tentation du non-vote. Le fait qu’aucune logique majoritaire ne s’impose pour l’instant dans cet électorat laisse présager des grandes difficultés que vont rencontrer les Républicains dans la période à venir, pris en tenaille entre l’offre macronienne d’un côté qui capte leur frange la plus élitaire et modérée et l’offre incarnée par le RN et Reconquête qui attire leur frange la plus radicale, antisystème et identitaire. Ainsi, par exemple, les Conservateurs, cluster volatil qui rassemble des électeurs de la petite droite, rurale, souvent retraitée continue de pencher vers Marine Le Pen, ce qui démontre la puissance de la demande d’une partie de l’ancienne droite de gouvernement sur les sujets sécuritaires et identitaires. Curieusement, la campagne de second tour de Marine Le Pen ne semble pas réellement destinée à répondre à cette demande. La candidate du RN semble avant tout soucieuse de ne pas cliver, peut-être pour entretenir la faible mobilisation de la gauche radicale, voire tenter d’en séduire une partie. Le problème de cette stratégie est d’être, en retour, faiblement mobilisatrice pour sa propre base électorale et de ne pas réellement enclenchée de dynamique, avec pour conséquence de voir l’écart se creuser inexorablement en sa défaveur avec Emmanuel Macron.

Baromètre hebdomadaire S15 : Présidentielle 2022

Emmanuel Macron d’une courte tête : pourquoi les scores sont-ils si serrés ?

Dans notre enquête réalisée entre le 13 et le 14 avril sur un échantillon de 3 329 électeurs, Emmanuel Macron dispose d’une courte avance sur Marine Le Pen : 53% pour le Président, 47% pour la candidate du RN. Pour la troisième accession du Rassemblement National au 2nd tour en 20 ans, cette fois-ci semble celle de la banalisation, d’une normalisation définitive de sa progression dans le champ institutionnel. Le Président de la République ne se trompe pas lorsqu’il affirme qu’il n’y a plus de « front républicain ».

La gauche radicale en partie spectatrice de ce 2nd tour

Ce front républicain émergeant dans les années 90, lorsque le parti de Jean-Marie Le Pen commençait à conquérir des villes puis en 2002 lors de son accession au 2nd tour, tenait par la mobilisation des électeurs de gauche.  De tous les électeurs de gauche, des plus modérés aux plus radicaux. En 2017 déjà, ce front semblait s’effriter. Aujourd’hui, notre enquête montre la rupture définitive du front républicain. Les clusters de gauche radicale qui ont largement voté Jean-Luc Mélenchon sont à l’heure actuelle spectateurs du 2nd tour. Voire même, pour certains d’entre eux, ils hésitent entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

En 2002, les étudiants faisaient grève dans les facs pour « emmerder le Front National ». Aujourd’hui la Sorbonne est occupée par des étudiants qui portent le slogan « Ni Macron ni Le Pen ». Ce qui est frappant c’est que Marine Le Pen ne fait plus peur. Ainsi une partie de la gauche est démobilisée dans cet entre-deux-tours et nombre de ces électeurs pourraient s’abstenir, renvoyant les deux protagoniste dos-à-dos. Est-ce la naissance d’un bloc « anti-Macron » ? C’est-à-dire d’une alliance objective similaire à celle du référendum de 2005 quand la gauche populaire avait voté avec les souverainistes de droite ?

Symbole de cette démobilisation, les Multiculturalistes, les Révoltés et les Solidaires qui ont voté à près de 70% pour Jean-Luc Mélenchon dimanche dernier comportent entre un tiers et la moitié d’électeurs qui pensent que « les choses resteront à peu près les mêmes quel que soit le Président élu » quand dans le même temps la gauche modérée (Les Sociaux-Démocrates et les Progressistes) qui a placé Macron en tête devant Mélenchon se sent plus concernée et déclare davantage vouloir voter pour Emmanuel Macron au 2nd tour. C’est avant tout grâce à cette gauche éduquée et diplômée que le « barrage » peut encore tenir, même très affaibli, face au RN.

Le phénomène nouveau de ce 2nd tour par rapport à 2017 c’est la progression de Marine Le Pen dans les clusters de gauche « mélenchonniste ». Il y a cinq ans, un électeur insoumis se posait principalement la question : « abstention ou Macron ? ». Aujourd’hui pour une part significative la question est « abstention, Macron ou Le Pen ? ». C’est notamment le cas dans les clusters Solidaires et Révoltés qui sont deux clusters populaires, le premier étant plutôt rural et âgé alors que le second est jeune, non diplômé, et plutôt urbain ou péri-urbain. Dans ces deux clusters, Marine Le Pen est estimée respectivement à 39% et 52% des suffrages exprimés. Un des principaux facteurs explicatifs est que Marine Le Pen colle davantage aux opinions de ces clusters sur deux des trois clivages fondamentaux de notre clusterisation : sur le clivage peuple/élite, elle incarne le dégagisme envers un supposé « système ». De même sur le clivage économique, elle semble mieux représenter les électeurs populaires de ces clusters de gauche, très majoritairement employés et ouvriers quand Emmanuel Macron incarne pour de nombreux électeurs le « président des riches ». A l’inverse chez les Multiculturalistes, le clivage identitaire demeure déterminant. Pour eux, l’alternative est donc entre non-choix (abstention ou votes blancs et nuls) ou Macron. Pour autant, Emmanuel Macron ne parvient pas à les mobiliser alors qu’ils détiennent en partie les clés de ce 2nd tour. 63% des Multiculturalistes excluent pour l’instant d’aller voter.

Les clusters de l’ancienne coalition de droite sont très clivés 

De l’autre côté de feu le « front républicain », l’horizon n’est pas beaucoup plus dégagé pour Emmanuel Macron. Dans l’ancienne coalition de droite républicaine qui avait porté Nicolas Sarkozy au pouvoir et voté largement François Fillon en 2017, les électeurs sont aujourd’hui très clivés.

Les Conservateurs qui constituent un cluster âgé, rural, très favorable à la stabilité et à ce que les choses continuent sans grand changement se portent aujourd’hui majoritairement sur Le Pen dans ce duel : 63% vs 37%. C’est une forme de « révolution » culturelle : L’ex-candidate du Frexit qui faisait peur à la petite droite épargnante, rurale et retraitée semble aujourd’hui être devenue un débouché politique pour ce segment en demande d’ordre. Toutefois, ce cluster, très volatil reste à convaincre et pourrait changer d’avis si jamais la candidate RN montrait des signes d’incompétence ou de radicalité trop marquée. Chez les Conservateurs, le débat d’entre-deux-tours et le commentaire médiatique qui en sera fait pourrait avoir une importance particulière.

Chez les Libéraux, qui constituent le cœur de la droite élitaire (60% avaient voté Fillon en 2017), très attachés au libéralisme économique, à l’UE, au rayonnement culturel de la France, Emmanuel Macron ne fait pas l’unanimité. Un tiers d’entre eux disent vouloir voter Le Pen dimanche prochain.

On peut l’interpréter de deux façons : la première c’est que Marine Le Pen a réussi en partie à se crédibiliser en montrant un visage moins radical. La seconde c’est que ces clusters de droite modérée sont tout de même radicaux sur le clivage identitaire. Clivage dans lequel Marine Le Pen est mieux-disante incarnant un positionnement hostile à l’immigration et à l’islam. La prééminence de ce clivage pour une partie sensible de l’électorat de droite permet d’ailleurs à Le Pen de maintenir une base extrêmement solide dans deux autres clusters ayant porté Nicolas Sarkozy au pouvoir : 70% chez les Anti-Assistanat et 94% chez les Identitaires.

En conclusion, le positionnement structural de Macron est particulièrement compliqué. Le « en même temps » est plus dur à tenir qu’il y a cinq ans. Sur l’économique et l’identitaire, s’il veut tenter de mobiliser l’électorat mélenchonniste, il risque de trop se découvrir dans la droite conservatrice et prend le risque de laisser une partie de cet électorat basculer en faveur de Marine Le Pen.

Baromètre hebdomadaire S14 – 2 : Présidentielle 2022

Macron – Le Pen qualifiables, Mélenchon troisième homme, abstention record ?

Pour notre ultime baromètre, la situation n’est toujours pas stabilisée. Emmanuel Macron demeure en tête avec 26% des intentions de vote. Derrière lui, Marine Le Pen poursuit sa dynamique à 21% (+1) tout comme Jean-Luc Mélenchon à 18% (+1). Le reste des prétendants pointe sous la barre des 10%. Valérie Pécresse à 9,5 (-0,5) et Éric Zemmour à 9,5 (-1,5) ne sont pas parvenus à enrayer leur dynamique baissière depuis un mois. Le 2nd tour semble hors de portée pour eux.

Emmanuel Macron parait avoir stoppé sa dynamique baissière

Le Président de la République retrouve une stabilité à deux jours du scrutin, avec 26% des intentions de vote. Certes, c’est un score inférieur à celui qu’il avait atteint lors de son entrée en campagne au moment de l’invasion militaire russe. Mais c’est un score supérieur à celui dont il disposait avant cette entrée en campagne. C’est également un score proche de celui qu’il avait obtenu en 2017. Son socle semble relativement solide. Il parvient toujours à capter une part importante de la gauche modérée (Sociaux-Démocrates et Progressistes) comme en 2017. Il mobilise aujourd’hui un électeur sur deux dans ces clusters qui auraient pu lui faire défaut si un candidat issu du bloc écolo-socialiste était parvenu à s’imposer. Le reste de sa coalition se compose de clusters peu politisés ou modérés (Apolitiques, Eclectiques, Sociaux-Républicains) et évidemment des Centristes. Par rapport à 2017, son barycentre se déporte légèrement à droite. Il a su capter durant son mandat et sa campagne une partie sensible du vote Fillon 2017 dont le cluster des Libéraux  représente le cœur battant. La campagne difficile de Valérie Pécresse a fini de lui ouvrir la voie et il semble représenter même une sorte de « vote utile » dans ce cluster de droite aisée, élitiste et pro-UE. Il est estimé à 45% chez les Libéraux contre 30% pour Valérie Pécresse, quand François Fillon avait atteint plus de 60% dans ce même cluster il y a cinq ans.

Marine Le Pen, le pari réussi de la banalisation ?

La candidate du RN a su résister à la sévère concurrence d’Éric Zemmour avec lequel elle faisait jeu égal au niveau des intentions de vote durant l’automne. La crise en Ukraine a inversé les dynamiques et Marine Le Pen a alors distancé très largement Éric Zemmour. Elle doit cette dynamique à la fidélité de ses clusters populaires qui composaient déjà le cœur de sa coalition en 2017 (Réfractaires, Eurosceptiques, Sociaux-Patriotes). Au sein de ces trois clusters, elle a amplifié son avance ces dernières semaines, Éric Zemmour étant désormais réduit à des scores quasi-anecdotiques dans cet électorat populaire de la France périphérique, aux positionnements « antisystème ».
En outre, c’est chez les « Identitaires » que la concurrence d’Éric Zemmour s’avérait la plus rude, ce qui est logique au vu de la radicalité de ce cluster sur les questions ethniques et culturelles. Mais même dans ce cluster, Marine Le Pen semble avoir inversé la tendance. Elle fait désormais jeu égal avec lui, alors qu’il la devançait largement pendant toute la campagne, atteignant parfois 50% des intentions de vote dans un cluster qui avait voté Le Pen à 46% il y a cinq ans.
Enfin, ce qui permet à Marine Le Pen de se positionner comme qualifiable au 2nd tour c’est non seulement cette extrême résilience de son « bloc populaire », mais c’est aussi la capacité qu’elle a eu à pénétrer des segments qui jusqu’ici lui échappaient. C’est le cas dans des clusters de la petite droite rurale, âgée et davantage modérée sur les questions ethno-culturelles à l’instar des Conservateurs dont elle convainc 28% des électeurs, se plaçant en deuxième position derrière Emmanuel Macron. De même chez les Anti-Assistanat, elle retrouve un leadership incontesté au sein de ce cluster légitimiste qui s’était montré très volatil, en particulier au début de la crise ukrainienne qui avait suscité une forte adhésion à la figure du président.

Jean-Luc Mélenchon boosté par le vote utile de gauche

Jean-Luc Mélenchon poursuit sa dynamique dans notre baromètre, à 18% (+1). Il capitalise sur les clusters de gauche populaire (Solidaires et Révoltés) et de gauche radicale (Multiculturalistes) dans des proportions similaires à celles observées en 2017. Le candidat insoumis a réussi à s’imposer face à des concurrents de gauche qui n’ont jamais été en position de lui disputer son leadership. Cette concurrence relativement faible des candidatures « écolo-socialistes » et communiste a permis d’enclencher une dynamique de « vote utile » en faveur de Jean-Luc Mélenchon à l’instar de ce qu’il s’était passé il y a cinq ans. Il retrouve également son score dans les clusters plus modérés, historiquement proches du PS (19% chez les Sociaux-Démocrates et 28% chez les Progressistes). Il progresse également chez les Apolitiques comme en 2017.
Cependant, des clusters plus conservateurs sur le plan sociétal dans lesquels il avait percé en 2017 (Sociaux-Républicains et Sociaux-Patriotes) semblent moins mobilisés cette fois-ci et pourraient lui manquer dans la compétition engagée avec Marine Le Pen pour la qualification au 2nd tour.

L’abstention pourrait impacter sensiblement les rapports de forces

Des bouleversements pourraient avoir lieu le jour du vote, ne serait-ce qu’en raison du niveau d’incertitude qui demeure relativement élevé dans l’électorat. En effet, un électeur sur cinq affirme ne pas être certain de son choix au 1er tour, ce qui atteste d’une relative fluidité de la situation électorale. D’autre part, la cristallisation ordinairement observée plusieurs jours avant le suffrage n’a pas eu lieu. Aujourd’hui encore, des dynamiques sont en cours principalement pour Le Pen et Mélenchon (à la hausse) et pour Pécresse et Zemmour (à la baisse). Ces dynamiques pourraient encore s’accroître dans les heures qui nous séparent du vote.
Enfin, la principale menace demeure le niveau de participation qui pourrait être exceptionnellement bas. Une abstention au moins équivalente à celle observée en 2002 devrait avoir des conséquences sur le niveau des votes. Elle toucherait en effet les candidats aux électorats plus populaires, plus jeunes et moins politisés, ce qui est principalement le cas de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.
Marine Le Pen a l’électorat le plus populaire et sa coalition comprend deux des clusters qui se disent les moins certains d’aller voter : les Réfractaires et les Eurosceptiques. Il faut également souligner qu’Éric Zemmour capte une part de la fraction la plus politisée et la plus mobilisée de l’ancien électorat mariniste de 2017 aggravant encore les risques que fait peser l’abstention sur le score de Marine Le Pen. Le risque est similaire pour Jean-Luc Mélenchon dont le cluster des Révoltés (issus principalement des quartiers HLM) constitue une part de son électorat. L’insoumis est également celui qui a l’électorat le plus jeune : 40% de son électorat a moins de 34 ans. Or, lorsque l’abstention est élevée, on sait qu’elle est décuplée chez les jeunes et dans les classes populaires. Cela pourrait entraîner un rééquilibrage au profit d’Emmanuel Macron mais aussi de Valérie Pécresse et d’Éric Zemmour qui ont un socle électoral plus aisé, plus âgé et donc plus votant que la moyenne.

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