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Etude pour Terra Nova : La structure de l’électorat français, à neuf mois de l’élection présidentielle

À neuf mois de 2027, l’électorat français est-il devenu totalement volatil ?

L’érosion des fidélités partisanes est réelle. Mais elle n’a pas produit une « évaporation » de la demande électorale. Sur la base d’une étude Cluster17 qui interroge un panel de Français sur leurs probabilités de vote, Jean-Yves Dormagen publie avec le laboratoire d’idées Terra Nova, une cartographie des préférences politiques qui fait apparaître un électorat beaucoup plus structuré qu’on ne le décrit souvent.

1️⃣ Les fidélités exclusives reculent, mais les électeurs restent très largement orientés.
81% des électeurs peuvent encore être rattachés à un univers partisan identifiable. Parmi eux, seuls 30% n’envisagent qu’une seule offre, tandis que 47% pourraient en soutenir plusieurs. L’électorat est donc moins captif, mais il n’est pas pour autant désorienté.

2️⃣ La mobilité électorale ne se distribue absolument pas au hasard.
Les électeurs qui hésitent le font presque toujours entre des offres voisines : LFI et les Écologistes, les Écologistes et le PS, le PS et le centre, le centre et LR, etc. Les passages directs entre des espaces très éloignés restent marginaux. Les électeurs changent plus facilement de parti que d’univers politique.

3️⃣ Cinq grands bassins électoraux structurent aujourd’hui la compétition.
La gauche radicale, la gauche sociale-écologiste, le centre, la droite libérale-conservatrice et la droite nationaliste. La droite nationaliste est aujourd’hui le bassin le plus vaste, avec 27% de l’électorat.

5️⃣ Derrière cette géographie électorale, on retrouve une géographie des valeurs.
Deux grands clivages structurent les préférences : d’un côté, l’opposition entre progressisme-cosmopolitisme VS conservatisme ethno-traditionaliste ; de l’autre, celle entre demande de stabilité VS demande de rupture. Les appartenances partisanes peuvent s’affaiblir, mais ces systèmes de valeurs continuent d’organiser fortement les choix possibles.

6️⃣ Les candidats comptent, mais ils ne peuvent pas se déplacer librement dans cet espace.
Même dans une présidentielle très personnalisée, les candidatures restent largement inscrites dans ces bassins préexistants. Leur enjeu est d’abord de convertir leur bassin naturel en votes, puis de gagner les zones de concurrence situées à leurs frontières. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ont déjà fortement concentré leurs bassins ; les espaces intermédiaires restent beaucoup plus ouverts et donc plus sensibles aux dynamiques de campagne et au vote utile.

La note complète est à retrouver sur le site du laboratoire d’idées Terra Nova.

Baromètres personnalités

Baromètre des personnalités Le Point / Cluster17 – Septembre 2026 : Marine Le Pen creuse l’écart avec Jordan Bardella

Marine Le Pen et Jordan Bardella occupent une nouvelle fois les deux premières places de notre baromètre, confirmant la position de force du Rassemblement national. Marine Le Pen prend toutefois l’ascendant ce mois-ci avec 38% de popularité, contre 35% pour Jordan Bardella. Elle progresse d’un point, tandis que le président du RN recule de deux points. Auprès des électeurs de Marine Le Pen à la présidentielle de 2022, elle atteint 97% de popularité (+9), devant Jordan Bardella à 93% (+4). Cette domination contraste cependant avec le recul de plusieurs autres personnalités de cet espace politique : Marion Maréchal (-3), Jean-Philippe Tanguy (-2) et Sarah Knafo (-1) se placent respectivement aux 11e, 14e et 15e places du classement général.


Derrière eux, Édouard Philippe et Dominique de Villepin sont au coude-à-coude à 27%, occupant respectivement les troisième et quatrième places. Dominique de Villepin présente néanmoins un profil particulier, puisque 23% des Français déclarent l’apprécier mais seulement 4% le soutenir. Jean-Luc Mélenchon et Sébastien Lecornu suivent à 26%, devant François Ruffin (25%), puis Raphaël Glucksmann et Gabriel Attal (24%). Ce dernier enregistre l’une des principales progressions du mois : il gagne trois points et huit places, passant de la 17e à la 9e position. À l’inverse, Sébastien Lecornu perd trois points et recule de la 3e à la 6e place. Bruno Retailleau suit avec 23%.

La personnalité la plus populaire à gauche reste Jean-Luc Mélenchon, avec 26%, devant François Ruffin (25%) et Raphaël Glucksmann (24%). Le leader de La France insoumise reste très largement dominant dans son propre électorat : il est populaire auprès de 83% de ses électeurs de la présidentielle de 2022 et de 98% des électeurs LFI aux européennes de 2024. Il arrive également en tête parmi les électeurs écologistes, avec 64% de popularité, devant Marine Tondelier à 55%. Néanmoins, Jean-Luc Mélenchon demeure une figure profondément clivante : 59% des répondants déclarent ne pas l’apprécier.


Dans la gauche sociale-démocrate, et dans un contexte de multiplication des candidatures et de perspective d’une primaire socialiste, Raphaël Glucksmann domine nettement auprès des électeurs PS-Place publique des européennes de 2024, avec 73% de popularité, devant François Hollande (53%) et Bernard Cazeneuve (51%). François Ruffin atteint également 45% auprès de cet électorat. Olivier Faure, pourtant premier secrétaire du Parti socialiste, ne parvient pas à s’immiscer dans le top 10.


Enfin, la cote de popularité d’Emmanuel Macron recule à 17% (-1), dont 7% de soutien. Avec 69% de rejet, le président de la République est la deuxième personnalité la plus rejetée du baromètre, derrière Laurent Wauquiez. La note donnée à son action reste stable à 2,4/10. Le Premier ministre Sébastien Lecornu obtient quant à lui 3,2/10, en baisse de 0,1 point, parallèlement à son recul dans le classement de popularité.

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2027 : Édouard Philippe domine un bloc central en quête d’unité

À sept mois de l’élection présidentielle, le bloc central apparaît en situation de fragilité dans l’ensemble de l’opinion. Seuls 24% des Français souhaitent qu’une personnalité de cet espace remporte l’élection et 29% seulement considèrent une telle victoire comme probable. Cette perception est loin d’être limitée aux électeurs extérieurs au bloc : parmi les électeurs Renaissance des européennes de 2024, 59% jugent une victoire probable, mais 34% la considèrent improbable. Chez les électeurs LR, le pessimisme est majoritaire : 37% seulement croient à une victoire du bloc central, contre 57% qui la jugent improbable.

Cette fragilité nourrit une forte demande d’unification parmi les électeurs directement concernés. Dans l’ensemble de la population, 32% sont favorables à ce que Renaissance, le Modem, Horizons, l’UDI et Les Républicains présentent un candidat commun. Mais ce soutien atteint 84% chez les électeurs Renaissance et 52% chez les électeurs LR. Le même phénomène apparaît lorsqu’on teste l’organisation d’une primaire : 75% des électeurs Renaissance l’approuvent, tout comme 52% de ceux de LR. Autrement dit, la candidature commune et la primaire restent minoritaires dans l’ensemble de l’opinion, mais elles sont très largement soutenues dans le cœur électoral du bloc central et recueillent également une majorité parmi les électeurs de la droite traditionnelle.

Les frontières de ce rassemblement restent cependant discutées. L’intégration de Reconquête à une éventuelle primaire est rejetée par 57% des Français. Surtout, elle met en évidence une nette différence entre les électorats Renaissance et LR : 84% des électeurs Renaissance y sont opposés, tandis que les électeurs LR sont beaucoup plus partagés, avec 49% favorables à l’intégration de Reconquête et 44% opposés. La perspective d’une coalition allant du centre jusqu’à la droite radicale ne constitue donc pas un prolongement naturel de l’union entre le centre et la droite classique.

Dans cette configuration, Édouard Philippe dispose d’une certaine avance pour incarner le bloc central. 26% des Français le jugent le mieux placé pour le représenter à la présidentielle, contre 11% pour Gabriel Attal, 7% pour Thierry Breton et 5% pour Sébastien Lecornu. Mais son avantage apparaît surtout lorsqu’on observe les électorats concernés : il est cité par 45% des électeurs Renaissance et par 34% des électeurs LR. Parmi les électeurs d’Emmanuel Macron de 2022, il recueille 41%, devant Gabriel Attal à 26%. Et chez les électeurs de Valérie Pécresse, il atteint 45%, alors qu’Attal n’en recueille que 2%. Édouard Philippe apparaît ainsi comme la personnalité qui dispose aujourd’hui de l’assise la plus transversale entre le centre macroniste et la droite traditionnelle.

Cette position se retrouve dans l’évaluation de ses qualités présidentielles. 44% des Français considèrent qu’Édouard Philippe possède les qualités nécessaires pour exercer la fonction de président de la République, devant Sébastien Lecornu (32%), Gabriel Attal et Thierry Breton autour d’un quart. Surtout, Philippe obtient 92% d’opinions positives chez les électeurs Renaissance et 61% chez les électeurs LR. Gabriel Attal atteint 78% chez Renaissance mais seulement 28% chez LR ; Sébastien Lecornu respectivement 73% et 44%. Le différentiel confirme que l’ancien Premier ministre est aujourd’hui celui qui parvient le mieux à dépasser le seul électorat macroniste.

Le sondage met enfin en évidence la difficulté particulière de l’héritage macroniste. Si Emmanuel Macron soutenait explicitement un candidat en 2027, 43% des Français déclarent que cela leur donnerait moins envie de voter pour lui, contre seulement 3% davantage envie. Même parmi les électeurs LR, 45% indiquent qu’un soutien présidentiel aurait un effet négatif, contre aucun effet positif mesurable ; chez les électeurs Renaissance, en revanche, 16% y verraient un encouragement et 71% déclarent que cela ne changerait pas leur choix.

Le sondage dessine donc un espace central et de droite conscient de sa fragilité et largement favorable à une réduction du nombre de candidatures. Mais derrière ce consensus sur l’unité apparaissent deux difficultés : la définition du périmètre de cette union, notamment vis-à-vis de Reconquête, et le choix de son incarnation. Sur ce second point, Édouard Philippe dispose aujourd’hui d’un avantage net, en particulier par sa capacité à réunir des soutiens à la fois dans l’électorat macroniste et dans celui de la droite traditionnelle.

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Sondage Cluster Le Point

Sondage Présidentielle 2027 pour Le Point : Jean-Luc Mélenchon et Edouard Philippe au coude-à-coude

Marine Le Pen domine très nettement le premier tour, entre 29% et 31,5% selon les scénarios. Son électorat apparaît particulièrement consolidé : elle conserve l’immense majorité de ses électeurs de 2022 et de ceux de Jordan Bardella aux européennes de 2024. Son vote reste nettement plus fort dans les catégories populaires, chez les moins diplômés et les revenus modestes.

Jean-Luc Mélenchon reste solidement installé autour de 17-18% et apparaît donc en situation de qualification potentielle. Il bénéficie lui aussi d’une très forte fidélité de son électorat de 2022 et surtout de celui de LFI aux européennes. Son profil est très marqué par l’âge : il réalise ses meilleurs scores chez les jeunes, tout en conservant une forte implantation dans les catégories modestes. La présence de François Ruffin, testé à 4% dans une troisième hypothèse, ne l’affaiblit que marginalement.

La principale incertitude concerne le bloc central. Édouard Philippe atteint 17-18% et se situe au coude-à-coude avec Mélenchon, tandis que Gabriel Attal ne recueille que 13,5%. Philippe réussit mieux à conserver l’électorat Macron de 2022, mais surtout à attirer des électeurs venus de la droite traditionnelle. Attal séduit légèrement davantage le centre-gauche, sans que cela suffise à compenser cette faiblesse sur sa droite.

Raphaël Glucksmann est en légère progression autour de 11-11,5%. Son électorat est principalement celui de la social-démocratie, déçue par le macronisme et revenue à gauche lors des européennes de 2024, avec un profil plus diplômé et plus aisé que la moyenne. Il dispose donc d’un espace électoral bien identifié, mais reste encore assez loin de la qualification au second tour.

Enfin, Bruno Retailleau oscille entre 6,5% et 9%. Son score dépend fortement de l’offre concurrente : il progresse davantage face à Attal, tandis qu’Édouard Philippe et, dans une moindre mesure, David Lisnard lui disputent directement l’électorat de droite classique.

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Sondage RTL Belgium Cluster 17

Sondage Cluster 17 – RTL Belgium : Défiance politique, réforme de l’État et protection sociale, ce que veulent les Belges francophones

Réalisé par Cluster17 pour RTL Belgium auprès de 1 064 personnes, ce sondage met en évidence une opinion belge francophone à la fois attachée au cadre fédéral actuel, très critique à l’égard du personnel politique et largement favorable à plusieurs mesures de réforme économique et institutionnelle.

Sur le plan institutionnel, 53% souhaitent maintenir le système fédéral actuel, contre 18% qui voudraient renforcer l’autonomie des Régions, 10% passer à un système confédéral et seulement 7% aller jusqu’à la séparation de la Belgique. Le statu quo est particulièrement soutenu par les électeurs Ecolo (70%), PS (61%), MR et Les Engagés (60%). Il existe également un net gradient social : le maintien du système actuel passe de 38% parmi les revenus inférieurs à 1 000 euros à 68% parmi ceux supérieurs à 5 000 euros.

La volonté de Bart De Wever de réformer en profondeur le fonctionnement de l’État partage en revanche presque exactement l’opinion : 50% la soutiennent et 47% s’y opposent. Le clivage est fortement politique : 74% des électeurs MR soutiennent cette orientation, contre 35% des électeurs PS, 31% du PTB et 23% d’Ecolo. Mais la confiance personnelle accordée au Premier ministre est sensiblement plus faible : seuls 37% lui font confiance pour mener à bien les réformes, contre 58% qui ne lui font pas confiance. Elle atteint 71% chez les électeurs MR mais seulement 12% chez ceux du PS et 8% chez ceux d’Ecolo.

Sur la réduction du déficit, certaines mesures recueillent de très larges majorités. 72% sont favorables à une hausse de la fiscalité sur les revenus les plus élevés, 74% à un encadrement plus strict de l’accès aux aides et allocations sociales et 69% à la suppression du niveau provincial. Les mesures touchant directement à la protection sociale sont davantage rejetées : 77% s’opposent à une limitation du remboursement de certains médicaments.

Ces arbitrages sont très politisés. La hausse de la fiscalité sur les hauts revenus est soutenue par 98% des électeurs Ecolo et 92% de ceux du PS et du PTB, contre 49% de ceux du MR. À l’inverse, l’encadrement des aides sociales est approuvé par 89% des électeurs MR, contre 61% au PS, 53% au PTB et seulement 39% chez Ecolo. Le plafonnement des allocations de chômage à un an est également très clivant : 65% de soutien au MR, contre 20% au PS et au PTB et 23% chez Ecolo.

Sur les grands arbitrages sociaux, l’attachement au modèle belge reste très fort : 83% souhaitent maintenir l’indexation automatique des salaires, tandis que 78% refusent que les Belges soient contraints de travailler au-delà de 67 ans. La hausse de la TVA destinée à alléger les impôts sur le travail est rejetée par 54%. Un résultat intéressant tient à la formulation sur le chômage : 62% approuvent le principe de la limitation dans le temps telle qu’elle est actuellement mise en place, alors qu’ils ne sont que 43% à soutenir explicitement un plafonnement à un an.

Le sondage révèle enfin une crise de confiance politique particulièrement profonde : seulement 28% des répondants déclarent faire confiance aux responsables politiques belges, contre 71% qui ne leur font pas confiance. Cette défiance atteint 92% chez les électeurs du PTB et 82% chez les 25-34 ans ; elle est également particulièrement forte chez les ouvriers (79%). Les principales raisons avancées sont le sentiment que les responsables politiques privilégient leur parti ou leur carrière personnelle (58%), qu’ils sont trop éloignés des préoccupations quotidiennes (51%) et qu’ils ne parviennent pas à résoudre les problèmes du pays (35%).

Cette défiance se retrouve dans l’évaluation de la gestion des crises : 57% jugent mauvaise la gestion publique de la canicule et des incendies de l’été 2025, contre 33% qui la jugent bonne. L’appréciation est là encore très partisane : 58% des électeurs MR jugent cette gestion positivement, contre seulement 27% au PS, 16% chez Ecolo et 10% au PTB.

Dans l’ensemble, le sondage dessine donc une opinion qui demande des réformes et accepte certains efforts budgétaires, mais reste très attachée aux mécanismes centraux de protection sociale et profondément méfiante à l’égard de ceux qui sont chargés de conduire ces réformes.

Le sondage complet est à retrouver ci-dessous.

Marine Le Pen peut elle perdre l'élection présidentielle

Marine Le Pen peut-elle encore perdre l’élection présidentielle ?

Pour la première fois, Marine Le Pen aborde une présidentielle en position de favorite, au premier comme au second tour. Elle est donnée autour de 30% au premier tour, l’emporte face aux cinq adversaires testés et 43% des Français la considèrent désormais comme la personnalité ayant le plus de chances d’être élue en 2027.

Dans Le Grand Continent, Jean-Yves Dormagen analyse les raisons de cette nouvelle donne et les mécanismes qui pourraient encore la faire perdre.

Baromètres personnalités

Baromètre des personnalités Le Point / Cluster17 – Août 2026 : Sébastien Lecornu s’installe sur le podium

Marine Le Pen conserve la première place de notre baromètre, mais elle la partage désormais avec Jordan Bardella. La présidente du groupe RN à l’Assemblée cède deux points de popularité pour s’établir à 37 % (-2), dont 21 % de soutien, quand le président du RN se maintient à 37 % (=), dont 21 % de soutien également. L’écart de deux points qui les séparait en juillet a disparu, et les deux figures perdent chacune du terrain sur leur socle dur, deux et trois points de soutien en un mois.

Ce resserrement se lit aussi dans leur propre électorat, où leur position reste hégémonique mais recule légèrement : Jordan Bardella y recueille 89 % d’opinions positives contre 88 % pour Marine Le Pen, alors que les deux dépassaient 94 % le mois dernier. Pour la première fois depuis plusieurs mois, c’est le président du RN qui devance la candidate de 2022 chez les électeurs de 2022.

Le fait marquant du mois se joue toutefois derrière eux. Le haut du classement, jusqu’ici largement occupé par la droite radicale et l’extrême droite, s’ouvre au bloc central. C’est d’abord le cas du Premier ministre, qui accède au podium. Sébastien Lecornu gagne trois points et atteint 29 % de popularité, dont 9 % de soutien : il devient la personnalité la mieux classée hors Rassemblement national. Il est surtout la personnalité préférée des électeurs d’Emmanuel Macron en 2022, avec 72 % d’opinions favorables dont 34 % de soutien, devant Édouard Philippe (68 %) et le chef de l’État lui-même (66 %). La note donnée à son action progresse à 3,3 sur 10 (+0,2), son meilleur niveau.

Deux autres figures du bloc central l’accompagnent dans cette remontée. Édouard Philippe gagne quatre places (5e, 26 %, +2) et Gérald Darmanin sept (6e, 25 %, +3), soit, avec le Premier ministre, les trois plus fortes progressions du baromètre. Le mouvement inverse touche l’aile la plus droitière du classement : Sarah Knafo perd sept places (12e, 23 %, -2), Éric Ciotti cinq (13e, 23 %, -1) et Marion Maréchal une (4e, 26 %, -1). Seul Jean-Philippe Tanguy se maintient dans le haut du tableau (8e, 24 %, =).

Le quatrième nom de ce top 8 est aussi la première personnalité de gauche du classement. Jean-Luc Mélenchon reste stable à 24 % de popularité, en septième position, et conserve le troisième meilleur score de soutien du baromètre (16 %), derrière Marine Le Pen et Jordan Bardella. Son niveau de rejet demeure le plus élevé de la gauche (61 %), ce qui confirme son profil de personnalité fortement soutenue dans son camp — 79 % d’opinions positives chez ses électeurs de 2022, dont 66 % de soutien — mais clivante dans l’ensemble de l’opinion.

On retrouve juste derrière d’autres candidats officiels ou pressentis à l’élection présidentielle de 2027. Bruno Retailleau (9e), François Ruffin (10e) et Dominique de Villepin (11e) sont ex aequo avec 24 % d’opinions positives. Le président des Républicains devance sur le score de soutien (8 %) le député de la Somme (5 %), tandis que l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac ne dépasse pas les 3 % — mais conserve un profil singulier, puisqu’il est la quatrième personnalité la plus appréciée des électeurs de Jean-Luc Mélenchon en 2022 (43 %).

Deuxième à gauche, François Ruffin (24 %, +1) devance Raphaël Glucksmann (14e, 23 %, +2), qui signe la meilleure progression de son camp, puis Bernard Cazeneuve (15e, 22 %) et Fabien Roussel (16e, 22 %). Manuel Bompard recule d’un rang (21e, 19 %, -1).

Le Président de la République, enfin, se stabilise après le rebond de juillet. Sa popularité reste à 18 %, dont 8 % de soutien, mais la note donnée à son action recule à 2,4 sur 10 (-0,1). Il demeure la troisième personnalité la plus rejetée du baromètre, avec 67 %, derrière Sandrine Rousseau (71 %) et Laurent Wauquiez (70 %)

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2027 : la gauche divisée sur son candidat, résignée sur ses chances

Nous avons interrogé les Français sur l’élection présidentielle de 2027 : sur la personnalité qu’ils souhaitent voir accéder à la présidence de la République, et sur les chances qu’ils accordent à la gauche d’y parvenir. Sur le souhait de victoire, Marine Le Pen arrive en tête avec 22 %, devant Jean-Luc Mélenchon (16 %) et Édouard Philippe (11 %). Les scores sont dans l’ensemble modestes, ce qui tient à la formulation de la question : contrairement à une intention de vote de premier tour, on interroge ici sur un souhait de victoire finale. C’est aussi ce qui explique que 16 % des interrogés ne se prononcent pas. Les deux candidatures de rupture s’appuient sur des électorats nettement plus consolidés. 86 % des électeurs de La France insoumise aux européennes de 2024 désignent Jean-Luc Mélenchon, et seuls 3 % d’entre eux ne se prononcent pas. 66 % des électeurs du Rassemblement national désignent Marine Le Pen. Aucune candidature du bloc central ou de la droite parlementaire n’atteint ce degré de concentration : Édouard Philippe réunit 52 % des électeurs Renaissance, Bruno Retailleau 45 % des électeurs LR.

Concernant les chances de victoire de la gauche, un paradoxe apparaît. 40 % des Français souhaitent qu’un candidat de gauche remporte l’élection, mais seuls 22 % jugent la chose probable. Cet écart traverse l’électorat de gauche lui-même, à une exception près. Les électeurs insoumis y croient encore : 98 % souhaitent une victoire de la gauche et 80 % l’estiment probable. Chez les écologistes, l’écart devient béant : 92 % la souhaitent, 26 % seulement la jugent probable. Chez les électeurs socialistes, il l’est plus encore : 89 % contre 21%.

Jean-Luc Mélenchon est, pour 24 % des Français, la personnalité la mieux placée pour représenter la gauche. Vient ensuite un match à trois pour incarner l’autre pôle : Raphaël Glucksmann (14 %) devance Bernard Cazeneuve (10 %) et François Hollande (8 %). Cette polarisation entre une offre radicale et une offre modérée marginalise les autres candidatures. Ni François Ruffin (4%), ni Marine Tondelier (1%), ni Olivier Faure (1%) ne semblent aujourd’hui en mesure de peser sur ce duel.

La polarisation se lit aussi dans la réponse à l’affirmation « Le Parti socialiste et La France insoumise appartiennent aujourd’hui au même camp politique » : 58 % des Français la rejettent. Et le refus vient d’abord des intéressés eux-mêmes : 74 % des électeurs insoumis et 67 % des électeurs socialistes. Les deux forces sont donc renvoyées à des espaces distincts par leurs propres électorats. Le parallèle avec la droite est instructif. 56 % des Français estiment que Les Républicains et le Rassemblement national appartiennent au même camp. Alors que les électeurs LR se divisent exactement en deux (49 % contre 50 %), 64 %  des électeurs RN l’acceptent. Ainsi, à droite, l’assimilation est au moins acceptée par l’un des deux électorats concernés, alors qu’à gauche les deux la refusent ensemble.

Bernard Cazeneuve, enfin, se distingue par une stature présidentielle que 31 % des Français lui reconnaissent — le meilleur score des personnalités testées, devant Jean-Luc Mélenchon (25 %) et François Hollande (24 %). Cette reconnaissance culmine au centre-gauche, où 52 % la lui accordent, et au centre, où elle atteint 55 %. Elle contraste avec l’étroitesse de son socle : seuls 10 % des Français le jugent le mieux placé pour représenter la gauche. La compétence perçue et la capacité à incarner un camp, pour l’heure, ne se recouvrent pas.

En somme, à huit mois du premier tour, la gauche se présente ainsi divisée sur son incarnation, lucide sur ses chances et sans candidature capable de rassembler ses deux pôles, un diagnostic que ses propres électeurs formulent avant tous les autres.

Baromètres personnalités

Baromètre des personnalités Le Point / Cluster17 – Juillet 2026 : Marine Le Pen reprend la première place à Jordan Bardella

Alors qu’elle vient d’être condamnée par la Cour d’appel dans l’affaire des assistants parlementaires européens, Marine Le Pen semble bénéficier d’un regain dans l’opinion ; elle reprend la première place de notre baromètre à Jordan Bardella pour la première fois depuis juillet 2025. Habituée à la deuxième place ces derniers mois, Marine Le Pen obtient ce mois-ci 39% de popularité (+2), dont 24% de soutien. C’est légèrement supérieur aux scores affichés par le président du RN, qui obtient 37% d’opinions favorables (-1) dont 23% de soutien

Ce changement en tête du classement ne bouleverse toutefois pas la structure générale du baromètre. Les deux principales figures du Rassemblement national continuent de dominer très nettement, avec un niveau de soutien très supérieur à celui des autres personnalités testées. Elles conservent également une position hégémonique dans leur propre électorat : Marine Le Pen recueille 95% d’opinions positives chez ses électeurs de 2022, contre 94% pour Jordan Bardella.

Le reste du haut du classement confirme le poids des personnalités issues de la droite radicale et de l’extrême droite. Marion Maréchal complète le podium avec 27% d’opinions positives (+1). Sarah Knafo arrive cinquième (25%, =), Jean-Philippe Tanguy septième (24%, =) et Éric Ciotti huitième (24%, -2). Seules deux personnalités n’appartenant pas à cet espace politique parviennent à se glisser dans le top 8.

C’est d’abord le cas du Premier ministre, qui se place au pied du podium. Sébastien Lecornu gagne deux points depuis le mois de juin et atteint les 26% de popularité, dont 8% de soutien. Il est par ailleurs la deuxième personnalité la plus populaire chez les électeurs d’Emmanuel Macron en 2022, avec 66% d’opinions favorables dont 28% de soutien. La note donnée à son action est stable à 3,1/10.

Arrive ensuite, en sixième position, la première personnalité de gauche du classement. Jean-Luc Mélenchon, stable à 24% de popularité, gagne une place par rapport au mois dernier. Il bénéficie toujours d’un score de soutien important (15%), soit le troisième meilleur du classement derrière Marine Le Pen et Jordan Bardella. Son niveau de rejet demeure toutefois élevé (61%), ce qui confirme son profil de personnalité fortement soutenue dans son camp, mais clivante dans l’ensemble de l’opinion.

On retrouve après la huitième place d’autres candidats officiels ou pressentis à l’élection présidentielle de 2027. Edouard Philippe (9e), Bruno Retailleau (10e) et Dominique de Villepin (11e) sont ex-aequo avec 24% d’opinions positives. Le maire du Havre jouit néanmoins d’un score de soutien (8%) légèrement supérieur à celui du Président des Républicains (7%), tandis que l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac ne dépasse pas les 3%.

Lui aussi candidat, François Ruffin arrive douzième avec 23% de popularité (dont 5% de soutien), ce qui le place deuxième à gauche. Dans cet espace, il devance Bernard Cazeneuve (15e, 22%), Raphaël Glucksmann (17e, 21%) et Manuel Bompard (18e, 20%).

Le Président de la République connait une légère amélioration depuis le mois de juin. Il gagne 2 points de popularité pour atteindre les 18%, dont 8% de soutien. La note donnée à son action augmente elle aussi pour atteindre 2,5 sur 10 (+0,2). Il reste toutefois la troisième personnalité la plus rejetée du baromètre, avec 67%.

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Les espaces politiques français en 2026 : Cartographie électorale, priorités politiques et perceptions des enjeux

Cette étude, réalisée auprès de 5 087 Français représentatifs de la population âgée de 18 ans et plus, propose une cartographie originale des espaces politiques français à partir des potentiels de vote. Au-delà des seuls rapports de force électoraux, elle permet d’identifier les espaces de concurrence entre les principales offres partisanes, de mesurer le degré de structuration politique des électeurs et d’analyser leurs priorités ainsi que leurs perceptions des grands enjeux contemporains. L’étude met en évidence cinq principaux enseignements.

Une société politiquement beaucoup plus structurée qu’il n’y paraît

Le premier résultat de cette enquête est le décalage entre le niveau élevé de défiance à l’égard de l’offre politique et la solidité des appartenances partisanes. Près des deux tiers des Français (65 %) déclarent ne pas se sentir bien représentés par l’offre politique actuelle. Pourtant, cette insatisfaction ne signifie nullement une disparition des repères politiques. Au contraire, 92 % des répondants estiment que les partis politiques ne se valent pas tous, 86 % déclarent se sentir proches d’au moins une famille politique et 84 % adhèrent à l’idée qu’ils pourraient changer de vote, mais uniquement à l’intérieur d’un nombre limité d’options politiques, certains camps étant d’emblée exclus de leurs choix possibles.

Ces résultats montrent que la défiance s’exerce davantage à l’égard de l’offre politique existante que des grands repères idéologiques. Les appartenances politiques demeurent fortement structurées et les électeurs continuent de distinguer clairement les différents espaces de concurrence.Pour rendre compte de cette structuration, l’étude construit une typologie électorale à partir des potentiels de vote exprimés pour les principales offres politiques. Chaque répondant évalue sur une échelle de 0 à 10 la probabilité qu’il puisse voter un jour pour chacune des principales formations. Un score supérieur ou égal à 6 est considéré comme révélant un potentiel de vote réel. Les formations Renaissance, MoDem et Horizons, dont les potentiels de vote sont très fortement corrélés, sont regroupées dans un même espace centriste.

Les répondants sont ensuite classés selon le nombre d’espaces politiques pour lesquels ils présentent un potentiel de vote élevé. Les électeurs ouverts à un seul espace constituent les segments « exclusifs ». Ceux qui présentent un potentiel pour deux espaces sont classés parmi les « hésitants » et correspondent aux principales zones de concurrence électorale. Les répondants ouverts à trois espaces ou davantage forment les segments « multi-hésitants ». Enfin, les individus n’exprimant de potentiel élevé pour aucun espace politique sont répartis entre segments « hors système » et « non structurés », selon leur rapport au système politique puis leur identification partisane.

Cette procédure conduit à une typologie exhaustive de 22 segments électoraux, chacun correspondant à une position spécifique dans l’espace politique. La cartographie obtenue met immédiatement en évidence deux résultats majeurs.

Le premier est que les espaces politiques apparaissent plus solides que les partis qui les composent. Le plus important des noyaux électoraux est celui des « RN exclusifs », qui représente à lui seul 17 % de la population. Viennent ensuite les « RN hésitants droite » (10 %), la « Gauche radicale exclusive (LFI) » (9 %) et le segment « Gauche modérée cœur (PS ↔ Écologistes) » (8 %). À l’exception du Rassemblement national, les différentes formations disposent de noyaux exclusifs relativement réduits et s’appuient largement sur des électeurs hésitants entre plusieurs offres proches.

Le second résultat est que les espaces de concurrence sont très largement localisés. Les hésitations observées concernent principalement des formations appartenant à un même ensemble politique : entre le Parti socialiste et les Écologistes, entre le Parti socialiste et le centre, entre le centre et Les Républicains ou encore entre Les Républicains et le Rassemblement national. À l’inverse, les hésitations directes entre la gauche radicale et le centre, entre la gauche et le Rassemblement national ou entre le centre et le Rassemblement national apparaissent très limitées.

Cette cartographie permet ainsi de dépasser la photographie fournie par les seules intentions de vote. Elle montre que les principales recompositions électorales se jouent moins entre les grands blocs qu’à l’intérieur de chacun d’entre eux, dans des espaces de concurrence relativement bien délimités. Elle permet ainsi de raisonner non plus seulement en termes d’électorats socles, mais en termes d’espaces de coalition possibles, en révélant les proximités et les lignes de fracture qui structurent les recompositions politiques selon les enjeux.

Les enjeux les plus consensuels ne sont pas ceux qui structurent le plus les choix électoraux

L’analyse des priorités politiques fait apparaître un deuxième enseignement important. Les sujets recueillant les niveaux d’adhésion les plus élevés sont la protection de la santé, jugée déterminante ou très importante par 78 % des Français, et la protection des enfants (70 %). Viennent ensuite le sentiment d’être respecté (58 %) et la sécurité (57 %), devant le changement climatique (46 %), l’immigration (44 %), la situation personnelle et financière (41 %) et l’accès au logement (40 %).

Cette hiérarchie générale ne doit cependant pas masquer une distinction essentielle. Les enjeux qui rassemblent le plus largement les Français ne sont pas ceux qui différencient le plus les espaces politiques. La santé ou la protection des enfants apparaissent prioritaires dans l’ensemble des familles politiques. Elles constituent des attentes largement consensuelles, auxquelles aucune offre politique ne peut se soustraire, mais elles contribuent relativement peu à distinguer les électorats.

À l’inverse, les sujets qui structurent aujourd’hui le plus fortement les choix électoraux sont ceux qui combinent une importance élevée et une forte capacité de différenciation. La sécurité, l’immigration et le changement climatique répondent précisément à cette double caractéristique. Le changement climatique est considéré comme déterminant ou très important par près de neuf électeurs sur dix dans plusieurs segments des gauches, contre seulement 12 % parmi les « RN exclusifs ». À l’inverse, l’immigration est jugée déterminante ou très importante par plus de neuf électeurs sur dix dans les segments du Rassemblement national alors qu’elle demeure marginale dans les segments de gauche radicale.

Ces résultats montrent que les principaux clivages contemporains s’organisent moins autour des sujets faisant consensus que des enjeux qui différencient profondément les différents espaces politiques.

Les enjeux ne dessinent pas tous les mêmes espaces de concurrence

L’un des principaux enseignements de cette enquête est que les différents enjeux ne produisent pas les mêmes configurations politiques. Les lignes de fracture varient selon les sujets abordés et les coalitions potentielles ne sont pas identiques d’un enjeu à l’autre. Les questions relatives à la sécurité et à l’immigration rapprochent fortement les différentes composantes de l’espace conservateur. Les électeurs des Républicains, les électeurs hésitant entre Les Républicains et le Rassemblement national ainsi que les électeurs durablement ancrés au RN présentent des niveaux de priorité très proches sur ces deux enjeux. Ces thèmes constituent ainsi les principaux facteurs de cohésion de cet espace politique.

Le changement climatique dessine une configuration inverse. Il apparaît comme une priorité largement partagée dans les différentes composantes de la gauche, qu’il s’agisse de la gauche radicale, des écologistes ou des sociaux-démocrates. L’espace modéré occupe une position intermédiaire, tandis que les segments de droite et du Rassemblement national lui accordent une importance nettement plus faible.

L’étude montre également que les sujets économiques ne reproduisent pas exactement ces mêmes lignes de fracture. Les différentes formes « d’injustice » ne dessinent pas les mêmes coalitions. La fraude aux aides sociales suscite une forte réprobation dans la quasi-totalité des segments situés du centre jusqu’au Rassemblement national. La gauche apparaît davantage partagée sur cette question, notamment dans ses composantes les plus radicales. À l’inverse, l’optimisation fiscale des grandes entreprises et des ménages les plus aisés oppose principalement les différents segments de gauche au reste de l’espace politique. Le centre apparaît ici sensiblement plus proche des segments de droite que des segments de gauche.

Ces résultats montrent qu’il n’existe pas une seule géographie des clivages politiques. Les rapprochements entre espaces électoraux varient selon les enjeux considérés.

Néanmoins, si les sensibilités diffèrent selon les orientations politiques, une forte convergence apparaît. Plus de 64 % des Français qui considèrent que les très riches profitent très injustement du système fiscal estiment également que la fraude aux aides sociales est très injuste. Symétriquement, plus de 63 % de ceux qui jugent très injuste la fraude aux aides sociales considèrent aussi très injuste l’optimisation fiscale des plus riches. Autrement dit, loin de s’exclure, ces deux préoccupations tendent à se renforcer mutuellement dans une partie de l’opinion.

L’analyse des questions internationales – qui constituent l’un des principaux sujets de préoccupation des citoyens –  confirme cette observation. La perception de Donald Trump dessine une configuration spécifique, rapprochant les différentes composantes de la gauche et de l’espace modéré autour d’un anti-trumpisme fédérateur. À l’inverse, le cœur de l’électorat RN ne se caractérise pas par une adhésion tout à fait homogène à Donald Trump : 62 % estiment qu’il ne constitue pas une menace pour la France, dessinant ainsi un segment que l’on peut qualifier de « trumpiste ».  

L’ensemble de ces résultats souligne que les coalitions potentielles dépendent étroitement des sujets mis au cœur du débat public. Les différents enjeux ne mobilisent pas les mêmes électeurs et ne produisent pas les mêmes rapports de force.

Les enfants et le numérique : un domaine marqué par de larges consensus

La seconde partie de l’étude porte sur les préoccupations des parents concernant les enfants, les réseaux sociaux et les usages numériques. Les résultats mettent en évidence une inquiétude réelle, mais sans sentiment généralisé de perte de contrôle.

Les parents attribuent une note moyenne de 5,6 sur 10 à leur inquiétude concernant l’usage des réseaux sociaux par leurs enfants, contre 4,3 sur 10 à leur sentiment d’être eux-mêmes dépassés par ces usages. Ils déclarent en revanche se sentir relativement peu soutenus dans leur rôle éducatif, avec une note moyenne de 3,9 sur 10. Les principales inquiétudes concernent le harcèlement en ligne (24 %), l’addiction aux écrans (18 %) et l’exposition à des contenus extrémistes ou complotistes (16 %). Les contenus pornographiques, les escroqueries ou les risques liés à la santé mentale sont également cités, mais à des niveaux plus faibles. Interrogés sur les responsabilités, les répondants désignent d’abord les parents eux-mêmes comme principaux acteurs de la protection des enfants. Les plateformes numériques arrivent en deuxième position, devant les pouvoirs publics et l’école.

Les différentes mesures proposées recueillent par ailleurs des niveaux d’approbation très élevés. Les dispositifs d’accompagnement des parents sont approuvés par 87 % des répondants. Le renforcement des obligations de modération imposées aux plateformes recueille 82 % d’avis favorables. L’interdiction des réseaux sociaux avant quinze ans est soutenue par 81 % des personnes interrogées, tandis que les restrictions concernant l’usage du téléphone portable à l’école ou au lycée bénéficient également d’une majorité très nette.

Ces résultats mettent en évidence un domaine où les clivages politiques apparaissent beaucoup moins marqués que sur les questions de sécurité, d’immigration ou de climat. Les différences existent, mais elles demeurent limitées au regard des fortes convergences observées sur l’ensemble de ces mesures.

Le logement demeure une préoccupation importante, mais socialement différenciée

L’accès au logement constitue un autre enseignement important de l’étude. Au total, 7 % des Français déclarent rencontrer actuellement des difficultés pour se loger et 24 % indiquent en avoir connu par le passé. Les écarts générationnels apparaissent particulièrement marqués : les difficultés concernent beaucoup plus fréquemment les jeunes adultes que les générations les plus âgées. L’inquiétude moyenne concernant le logement atteint 5,4 sur 10 dans l’ensemble de la population et 61 % des répondants considèrent que l’accès au logement constitue un problème important dans leur territoire.

Cette préoccupation est particulièrement présente parmi les segments de gauche, notamment ceux composés d’électeurs plus jeunes et plus fréquemment locataires. À l’inverse, elle apparaît moins centrale dans les segments de droite et du Rassemblement national, dont les profils résidentiels diffèrent davantage. Ces résultats illustrent le caractère fortement socialisé de cet enjeu. Contrairement à la santé ou à la protection des enfants, le logement ne constitue pas une préoccupation homogène dans l’ensemble de la population. Son importance varie sensiblement selon les trajectoires résidentielles, les générations et les espaces politiques.

Conclusion

Cette étude met en évidence une société politiquement plus structurée que ne pourrait le laisser penser le niveau élevé de défiance envers l’offre politique. Les Français continuent de distinguer clairement les grandes familles politiques et les espaces de concurrence apparaissent largement circonscrits entre formations voisines.

L’analyse des priorités montre également que les enjeux les plus consensuels ne sont pas nécessairement ceux qui structurent le plus fortement les comportements électoraux. La protection de la santé ou celle des enfants constituent des attentes largement partagées, tandis que la sécurité, l’immigration et le changement climatique demeurent les principaux facteurs de différenciation entre les espaces politiques.

Enfin, les différents thèmes abordés par l’enquête (numérique, monoparentalité, épandages de pesticides, retrait-gonflement des argiles et fissures du bâti, perception vis-à-vis de Donald Trump, etc.) montrent que les lignes de fracture varient selon les sujets considérés. Les coalitions d’opinion ne sont pas identiques d’un enjeu à l’autre et les rapprochements entre segments électoraux dépendent étroitement des questions mises au cœur du débat public.

En proposant une cartographie fondée sur les potentiels de vote plutôt que sur les seules intentions de vote, cette étude offre ainsi une lecture complémentaire des rapports de force électoraux. Elle permet d’identifier non seulement les noyaux électoraux les plus stabilisés, mais aussi les principaux espaces de concurrence et les zones de circulation potentielles entre les différentes offres politiques. À ce titre, elle constitue un outil d’analyse des recompositions de l’espace politique français au-delà de la seule photographie des intentions de vote à un instant donné

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