Sondages

Sondage pour Le Point : le regard des Français sur la chasse et la corrida

Les Français favorables à l’interdiction de la corrida

  • 61% des Français interrogés se déclarent favorables à l’interdiction de la corrida. Parmi eux, nous retrouvons principalement des Français se situant à gauche. Plus de 80% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon et de Yannick Jadot sont pour l’interdiction de cette pratique. Ce sont donc dans les clusters se situant à gauche (Multiculturalistes, Sociaux-Démocrates, Progressistes et Solidaires) que l’interdiction atteint son plus haut niveau de soutien.
  • 28% des Français sont à l’inverse contre l’interdiction de la corrida. Les défenseurs de la corrida sont principalement les électeurs de droite, en particulier ceux de Valérie Pécresse, Eric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan. Les électeurs d’Emmanuel Macron et Marine Le Pen sont plus clivés, une courte majorité d’entre eux se disant favorables à l’interdiction.
  • L’interdiction de la corrida est un marqueur générationnel : les moins de 35 ans sont très largement favorables à son interdiction tandis que les plus âgés, en particulier les retraités sont plus mesurés et plus rétifs à l’interdiction.
  • De même, il existe une logique sociale dans les clivages qui entourent la corrida. Ce sont les Français les plus aisés qui défendent le plus la corrida. Les Français gagnant plus de 5000€ sont en effet « seulement » 51% à se déclarer en faveur de l’interdiction quand les Français gagnant moins de 2000€ sont plus de 60% à souhaiter l’interdiction de cette pratique.
  • Fort logiquement, les habitants de la région Nouvelle-Aquitaine sont les plus attachés à la corrida : 38% d’entre eux se disent opposés à cette interdiction. Enfin, ce sont les habitants des villes de plus de 100 000 habitants qui sont les plus favorables à l’interdiction de la corrida, à 70%.

Les Français divisés sur la pratique de la chasse

  • Pratique barbare VS pratique loisir : l’opinion clivée
    La pratique de la chasse divise fortement les Français. D’un côté, des Français très opposés à la chasse, écologistes, souvent citadins, se situant plutôt à gauche, appartenant aux électorats de la NUPES et de la majorité présidentielle et de l’autre, des Français plus favorables à la chasse, conservateurs et se situant largement à droite de l’échiquier. Ainsi pour les premiers, la chasse est majoritairement « une pratique barbare d’un autre âge » quand pour les seconds elle est davantage « un loisir comme un autre ».Malgré ces divisions, une majorité importante de Français (63%) – y compris les clusters se situant à gauche comme les Progressistes et les Sociaux-Démocrates – affirme que la chasse « fait partie de nos traditions françaises ». Cela démontre une forme d’attachement à cette pratique, plus étendue et sûrement plus populaire que la corrida.
  • L’aspect « utilitaire » de la chasse est d’ailleurs reconnu par les Français. Si la pratique clive les Français, la majorité d’entre eux reconnait que la chasse « permet de réguler » les espèces animales. 64% des Français sont d’accord avec cette affirmation y compris les Français les plus à gauche, à l’exception des Multiculturalistes, cluster assez radical, très écologiste et très opposé à la chasse.
  • Pour autant, les accidents mortels causés régulièrement par les chasseurs sont fortement sanctionnés par l’opinion. 81% des Français interrogés pensent que la chasse est une « pratique dangereuse, notamment pour les promeneurs ». Ici, même les « pro-chasse » sont d’accord avec cette affirmation, démontrant l’attente des Français pour une meilleure régulation de la pratique et un partage plus apaisé de l’espace public rural.

Sondage pour Le Point : Une majorité de Français défavorables à l’accueil des navires de migrants

Les Français majoritairement opposés à l’accueil des navires de migrants

L’accueil du navire Ocean Viking à Toulon a suscité de vives controverses dans le débat public. Le Président de la République et son gouvernement semblent fragilisés dès que le sujet migratoire ressurgit. Et pour cause, son électorat composite, mêle des Français favorables à l’accueil « et en même temps » des Français plus âgés, plus conservateurs, hostiles aux migrants. Pour ses opposants, les choses sont plus simples : la NUPES et le RN ont des électorats bien plus homogènes que la majorité sur la question migratoire.

  • La difficile politique du « en même temps » en matière d’immigration

On dit de l’électorat d’Emmanuel Macron qu’il s’est droitisé entre 2017 et 2022. C’est partiellement vrai. En effet, au bénéfice des crises (gilets jaunes, Covid, guerre en Ukraine), le Président a incarné « l’ordre » et a attiré à lui davantage de retraités et d’électeurs conservateurs qu’en 2017. Lors de sa première élection, il avait surtout capté l’ancien électorat du Parti Socialiste. Pour autant, cet électorat de gauche modérée – qui se retrouve principalement au sein de nos clusters Sociaux-Démocrates et Progressistes – a largement participé à sa réélection en 2022. Si bien que le Président demeure toujours soutenu par un électorat de droite et de gauche.

Si les crises déjà évoquées et le rejet des « populismes » ont participé à souder ces électeurs, le sujet de l’immigration participe au contraire à les cliver sur l’axe principal qui sépare aujourd’hui les électeurs : l’axe identitaire.

On constate ainsi que l’électorat du Président est le plus clivé sur la question de l’accueil des bateaux de migrants dans les ports français : 59% de ses électeurs se disent favorables, 38% déclarent à l’inverse y être défavorables.

Sur les 8 clusters qui l’ont placé en tête le soir du 1er tour, 5 d’entre eux sont majoritairement opposés à l’accueil des bateaux de migrants : il s’agit des Sociaux-Républicains, des Eclectiques, des Apolitiques, des Conservateurs et des Libéraux. Insistons sur le fait que ces clusters sont loin d’être les plus « identitaires » et les plus « durs » sur l’immigration. Cela montre la difficulté pour le Président et son gouvernement de gérer une telle crise dans un contexte de fort repli des Etats membres de l’UE, en particulier de l’Italie, dont la nouvelle Première Ministre Giorgia Meloni n’a pas hésité à engager un bras de fer avec la France.

  • Une majorité de Français opposés à l’ouverture des ports aux bateaux de migrants

La répartition des opinions sur la question de l’accueil des migrants est linéaire : plus vous êtes dans un cluster proche de la « gauche », plus vous êtes favorables à l’accueil. Ainsi, sont majoritairement favorables à l’ouverture des ports aux bateaux de migrants : les Multiculturalistes, les Sociaux-Démocrates, les Progressistes, les Solidaires, les Centristes et les Révoltés. Cela concerne donc principalement les électeurs de la NUPES et une partie relativement importante des électeurs de la majorité présidentielle. Les électeurs de Jean-Luc Mélenchon sont 80% à être favorables à l’accueil.

 

A l’inverse, plus on va vers la « droite », plus l’opposition à l’accueil des migrants croît. C’est principalement le cas des Conservateurs, des Libéraux, des Anti-Assistanat et des Identitaires qui constituaient jadis le cœur de cible de l’UMP et de LR. Ils s’orientent désormais majoritairement vers le RN et dans une moindre mesure vers la majorité. De même que les Réfractaires, les Eurosceptiques et les Sociaux-Patriotes, trois clusters essentiellement « marinistes », extrêmement populaires, et tout à fait opposés à l’accueil des migrants.

Electoralement, le sujet est donc plus « simple » à traiter pour LR et le RN que pour la majorité. Les Républicains ont même tout intérêt à déstabiliser la majorité sur un tel sujet pour espérer « récupérer » une partie de leur électorat.

  • Un clivage de classe éloquent

On retrouve deux éléments caractéristiques de la sociologie politique dans la répartition des opinions quant à l’immigration : plus les Français sont jeunes, plus ils sont accueillants. Moins ils sont diplômés, moins ils le sont. Ainsi les Français qui n’ont pas le Bac sont 73% à être défavorables à l’accueil des migrants quand les Bac +5 sont 57% à y être favorables.

Le clivage de classe est extrêmement puissant. Plus les Français s’auto-positionnent dans les classes populaires, plus ils sont opposés à l’accueil des migrants : Quand 65% des Français appartenant aux « classes populaires défavorisés » déclarent être défavorables à l’accueil, 68% des Français appartenant aux « classes supérieures privilégiées » se disent à l’inverse favorables à l’accueil.

On touche ainsi aux difficultés ontologiques de la gauche : les idées dominantes aujourd’hui en matière d’identité, au sein des classes populaires notamment, sont assez décalées par rapport aux positionnements de la NUPES et de l’ensemble de ses composantes. Ceci explique en partie ses difficultés à élargir son socle électoral.

  • Les Français sont moins favorables à l’accueil des Ukrainiens qu’en février

Nous avions demandé aux Français au moment de l’invasion russe en février s’ils étaient favorables ou non à accueillir les réfugiés Ukrainiens, alors nombreux à quitter leur pays. En pleine campagne présidentielle, une large majorité de Français se montraient favorables à accueillir ces Ukrainiens. Les Français étaient favorables à 81%. Ils sont aujourd’hui favorables à 61% à l’accueil, soit une baisse de 13 points. Dans un contexte où la guerre dure sans s’intensifier, le sentiment d’urgence et « d’utilité » de l’accueil semble diminuer. Ce sentiment diminue dans l’ensemble des strates de la société française. Toutefois, c’est au sein de clusters qui étaient déjà rétifs à l’accueil de réfugiés que la baisse est la plus sensible. 46% de Réfractaires et 36% d’Eurosceptiques sont aujourd’hui favorables, soit une baisse de 31 points au sein de ces clusters.

Enquete-Francais-Histoire-Armee-Europe

Enquête pour la Fondation Res Publica sur le rapport des Français à l’Histoire, à l’Armée et à l’Europe

La mémoire de la France

Une mémoire du passé marquée par les débats du présent

Les résultats de l’enquête montrent une opinion fortement marquée par le présentéisme et les débats contemporains. Les deux grands perdants dans l’approche historique développée par nos compatriotes sont le temps long et le roman national. C’est ainsi l’évènement symboliquement marquant de l’entrée dans la période historique actuelle qui arrive en tête de ceux cités par les Français, soit la chute du mur de Berlin à 63 %. Trois sujets fortement ancrés dans l’actualité se trouvent également mis en avant ; l’abolition de l’esclavage à 55 %, la loi de séparation de l’Église et de l’État (47 %) et la fin de la colonisation française en Afrique (30 %). Sans que cela soit une surprise, on assiste donc à une interprétation rétrospective de l’importance des évènements politiques eu égard à leur place dans les débats actuels. Deux évènements se détachent toutefois et semblent des marqueurs fondamentaux dans la perception de l’histoire par les Français : l’invention de l’écriture (51 %) et la Révolution française (54 %). Même si elle n’est pas citée parmi les premiers items, la mémoire de la Seconde Guerre mondiale est très présente parmi les sondés notamment à travers les personnalités qu’ils disent préférer. C’est ainsi le cas de Gaulle, Jean Moulin ou Simone Veil.

Le Général de Gaulle reste la personnalité préférée des Français avec 22 % des sondés. Il est toutefois talonné par Simone Veil, loin devant Jean Jaurès et Napoléon Bonaparte, tous deux à 9 %. Là aussi, on note l’importance de l’actualité dans la façon dont nous lisons le passé. La figure de Simone Veil est peu consensuelle chez les identitaires et les libéraux, mais marque moins un clivage politique que celle du Général du Gaulle.

Si attaquée qu’elle fut depuis les années 1980, la Révolution semble encore bel et bien représenter, pour la majorité de l’opinion, l’évènement si ce n’est fondateur, en tout cas identifié, de l’histoire nationale. Son importance est toutefois très corrélée aux positionnements politiques. 73 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, 78 % des électeurs d’Anne Hidalgo la citent, contre 29 % des ceux d’Éric Zemmour et 40 % de ceux de Valérie Pécresse. Le taux est bien plus élevé chez les électeurs de Marine Le Pen (49 %), montrant qu’en la matière les traditions mémorielles issues de la droite touchent moins cet électorat. Il n’en reste pas moins que la Révolution semble être le dernier élément structurant d’une mémoire nationale commune. Jamais, en cette période de fragilité nationale, la phrase de Régis de Debré ne s’est autant avérée : « dire que la Révolution est terminée, c’est brûler notre acte de naissance ».

Entre Sumer et la réunion des États généraux, le reste de l’histoire semble secondaire pour les Français, ou faire l’objet d’un vrai affrontement idéologique.

Mémoire de droite

Le Baptême de Clovis (12 %), le Sacre de Napoléon (16 %), la Chevauchée de Jeanne d’Arc (17 %) ne font guère recette dans la population générale. Néanmoins, il faut sur ces sujets noter une singularité de l’électorat zemmourien, qui les cite à respectivement 43 %, 38 % et 45 %. On retrouve cette tendance dans une moindre mesure dans l’électorat Pécresse et Le Pen. Là où l’électorat d’Éric Zemmour se distingue le plus, c’est toutefois sur la mémoire de la bataille de Poitiers, citée par 54 % contre 18 % de la population générale. Si l’on s’intéresse à la division de l’opinion par cluster sur cet évènement, on remarque que sa popularité est portée évidemment par les Identitaires (44 %), mais aussi par les Libéraux (38 %). On trouve une structure similaire concernant la chevauchée de Jeanne d’Arc (41 % et 28 %) ou le Baptême de Clovis (21 % et 31 %). Il y a donc bien une mémoire de droite qui unit essentiellement Libéraux et Identitaires et qui se retrouve très représenté dans l’électorat Zemmour et, de façon plus marginale, dans celui de Valérie Pécresse voire de Marine Le Pen.

De manière relativement étonnante, la figure de De Gaulle n’est pas si consensuelle et se rattache au même électorat issu de la droite. Le retour de De Gaulle et la Constitution de 1958 sont cités par 29 % des sondés parmi les évènements importants de l’histoire. Il l’est par 52 % de l’électorat Pécresse, 43 % de l’électorat Zemmour et uniquement 8 % de l’électorat Hidalgo. Il est d’abord plébiscité par les Libéraux (53 %) avant de l’être par les Identitaires (42 %), soit deux clusters au cœur des coalitions traditionnelles de la droite française. Les Conservateurs et les Eurosceptiques, des groupes plus populaires et nettement moins politisés ; le mettent à peine au-dessus de la moyenne générale. De même à la question sur la personnalité historique préférée, 44 % des électeurs de Dupont-Aignan, 40 % de ceux de Pécresse, 31 % de ceux de Marine Le Pen citent l’homme du 18 juin, contre 6 % des électeurs mélenchonistes et 2 % de ceux d’Anne Hidalgo. Dans une moindre mesure, la figure de Napoléon est plébiscitée à droite, jusqu’à 25 % dans l’électorat d’Éric Zemmour. Les figures de l’Ancien régime sont pour leur part peu marquantes, y compris pour l’électorat de droite.

Il existe donc bien une mémoire commune à la droite qui demeure structurante et qui n’est pas confinée aux franges les plus radicales. Au contraire, une partie minoritaire de l’électorat Le Pen communie dans cette tradition qui semble plus l’apanage des électorats Zemmour, Pécresse, voire Macron. Cela confirme bien que l’électorat mariniste est largement étranger aux clivages culturels traditionnels opposant droite et gauche.

Mémoire de gauche

Les évènements signifiants de l’histoire de la gauche ne sont guère plus cités que ceux revendiqués par la droite. La Commune de Paris et l’élection de François Mitterrand sont citées par 19 % des Français, Mai 68 par 28 %. Ce dernier évènement est évoqué par 55 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon et 38 % de ceux de Fabien Roussel, il est moins structurant dans les électorats Jadot ou Hidalgo. L’élection de François Mitterrand est plus marquante pour l’électorat Hidalgo, la Commune pour l’électorat Mélenchon et Roussel. Les électeurs de Yannick Jadot toutefois se distinguent en ne se sentant pas vraiment plus impliqués par ces grandes dates que l’électorat général. Ils accordent en revanche une grande importance au traité de Rome (39 % contre 25 % de la population générale). En ça, la mémoire écologiste est plus proche d’une mémoire centriste que de celle de la Gauche. Même s’il s’agit d’un sujet qui traverse tous les électorats, on note une forte importance de la laïcité dans l’électorat de gauche. 80 % des électeurs d’Anne Hidalgo la citent, 65 % de ceux de Jean-Luc Mélenchon, 61 % de ceux de Fabien Roussel, 59 % de ceux de Yannick Jadot. Elle n’est au contraire mobilisée que par 43 % des électeurs de Valérie Pécresse et 27 % de ceux d’Éric Zemmour. À rebours de l’image d’un front renversé sur la laïcité, les électorats sont en la matière sujets à des orientations assez traditionnelles.

Sur les grands sujets mémoriels, se font également jour des clivages politiques. L’abolition de l’esclavage est ainsi évoquée très largement à gauche (de 77 % dans l’électorat Hidalgo à 58 % dans l’électorat Roussel), alors qu’à droite il est plus marginal (de 33 % dans l’électorat Zemmour à 52 % dans l’électorat Pécresse). Il en va de même de la décolonisation (de 27 % chez Yannick Jadot à 54 % chez Jean-Luc Mélenchon ; de 12 % chez Éric Zemmour à 19 % chez Nicolas Dupont-Aignan). On trouve sur ces sujets, comme sur l’ensemble des sujets mémoriels, une très forte singularité du groupe des Libéraux qui ne sont que 35 % à citer l’esclavage et 13 % à évoquer la décolonisation. Les Multiculturalistes sont en contraste respectivement 57 et 75 %.

La mémoire de la gauche semble avoir tourné la page des années Mitterrand. L’ancien président n’est plus guère jugé comme la personnalité historique préférée que par une petite partie de l’électorat d’Anne Hidalgo (17 %), et s’y retrouve doublé par Léon Blum (18 %). Majoritairement, les électeurs de gauche lui préfèrent Jean Moulin et surtout Jean Jaurès. Ce dernier, plébiscité par 19 % des électeurs d’Anne Hidalgo et 23 % de ceux de Fabien Roussel, est celui qui semble représenter la figure la plus consensuelle dans ce camp politique. Figure d’une gauche ouvrière, populaire, républicaine, mais aussi loin du pouvoir, ces scores semblent donner l’image d’une mémoire politique fière de ses résistances et de ses combats, mais plus critique vis-à-vis de son exercice du pouvoir.

Peut-on discerner un imaginaire macronien dans ces mémoires qui semblent encore très structurées par le vieux clivage gauche-droite ? Les électeurs d’Emmanuel Macron semblent assez portés par les figures consensuelles, variantes mémorielles du « en même temps ». Il plébiscite de Gaulle et Simone Veil et leur opinion tranche peu avec celle de la moyenne des Français sur la plupart des sujets. La thématique de l’Europe les distingue toutefois. Ils sont 81 % à citer parmi les grands évènements de l’histoire la chute du mur de Berlin et 48 % le Traité de Rome. On note également parmi eux une forte prévention vis-à-vis des phénomènes révolutionnaires. La citation de Mai 68 est ainsi de 9 points inférieurs à la moyenne des Français, de 10 points concernant la Commune de Paris.

L’avenir de la France

Le maintien d’une singularité diplomatique

Une diplomatie indépendante est largement soutenue par l’opinion qui refuse notamment toute perspective de partage du siège français au Conseil de Sécurité avec l’Allemagne. Seuls 26 % des Français s’y déclarent favorables contre 61 % qui s’y opposent. Si une telle perspective semble inenvisageable à moyen terme pour des raisons juridiques, nécessitant la révision du traité de San Francisco, elle revient de manière récurrente dans le débat public. Sans surprise, les Sociaux-patriotes et les Identitaires – deux groupes très nationalistes – sont les plus opposés à la mesure (77 %), mais on trouve également un fort rejet chez les Libéraux (79 %) et les Sociaux-démocrates (68 %) ou les Centristes (65 %). Le seul cluster présentant une majorité relative en faveur de la mesure est constitué des Progressistes, soit un groupe majoritairement jeune et orienté par des valeurs de gauche modérée (48 % favorables contre 40 % opposés). 57 % des électeurs d’Emmanuel Macron ou de Jean-Luc Mélenchon s’y opposent, 68 % de ceux de Marine Le Pen. Seuls ceux qui ont voté Yannick Jadot lui accordent une majorité relative (45 % contre 38 % opposés).

La sortie de l’OTAN n’est envisagée que par 34 % des Français. 57 % s’y montrent défavorables. Le contexte de la guerre en Ukraine permet de comprendre ces chiffres concernant une organisation qui avait, ces dernières années, semblé perdre beaucoup de son sens, jusqu’à être déclarée en état de mort cérébrale par Emmanuel Macron. Il convient également d’envisager les forts clivages que masque cette présentation générale. 92 % des Centristes, 90 % des Progressistes rejettent cette perspective contre 64 % des Solidaires et 63 % des Sociaux-patriotes qui la soutiennent. L’électorat zemmourien (66 %), mélenchoniste (53 %) et mariniste (48 % favorables contre 43 % opposés) soutient une sortie. Les électeurs de Yannick Jadot (89 %), Emmanuel Macron (88 %) et Anne Hidalgo (85 %), y semblent les plus opposés. On note en la matière donc bien un vrai clivage, assez stable et traditionnel, entre le centre et les électorats de droite et de gauche plus polarisé. Ce dernier se joue également sur un terrain mémoriel. 5 % des électeurs pensent que la victoire de 1945 est due à la France, ce qui démontre une plutôt bonne connaissance des évènements. 41 % des Français pensent qu’elle est principalement due aux États-Unis contre 33 % à l’URSS. Cette dernière reçoit toutefois le plus de suffrages dans l’électorat d’Éric Zemmour (54 %), Fabien Roussel (52 %), Jean-Luc Mélenchon (43 %) et parmi les abstentionnistes (46 %). L’électorat d’Emmanuel Macron au contraire désigne les États-Unis à 60 % (contre 18 % pour l’URSS). On remarque que le taux de personnes désignant l’URSS comme principale vainqueur connaît son meilleur score parmi les personnes touchant moins de 1000 euros (42 %) alors que la catégorie de revenus désignant le plus majoritaire les États-Unis, sont ceux gagnant plus de 5000 euros (50 %).

Les rapports des Français à la guerre en Ukraine sont à la fois ambigus et très liés à leurs opinions politiques préalables. Une partie non négligeable de l’opinion est d’accord avec l’idée que nous devrions renforcer nos liens diplomatiques avec la Russie  : 43 % de favorables, contre 46 % de défavorables. Cette position peut paraître étonnante au regard de développement à la suite de la guerre en Ukraine. On serait tenté d’y voir une opinion qui sans être prorusse semble en recherche d’équilibre dans une position française qui, depuis le début du conflit, a cherché à ménager condamnation de la guerre et voie de dialogue ouverte avec Moscou pour sortir de l’impasse. On remarque toutefois sur ce sujet, comme sur celui de l’OTAN, une forte polarisation politique. Les groupes anti-Otan sont aussi les plus pro-dialogues (50 % des solidaires ; 64 % des identitaires ; 61 % des sociaux patriotes ; 75 % des électeurs d’Éric Zemmour ; 54 % de ceux de Marine Le Pen ; 48 % de ceux de Jean-Luc Mélenchon). Au contraire, les groupes les plus atlantistes sont aussi les plus fermés à un renforcement des liens (72 % des Centristes, 64 % des Sociaux-démocrates ; 63 % des Progressistes). Cette ambivalence de l’opinion n’est ainsi pas vraiment le signe d’une approbation de l’équilibre d’Emmanuel Macron, mais d’une vraie fracture au sein du pays sur l’enjeu des alliances. Seuls 28 % des électeurs du Président de la République souhaitent un renforcement des liens avec Moscou.

L’engagement des troupes françaises en Ukraine est très majoritairement rejeté par les Français. 76 % des sondés s’y disent défavorables contre 18 % qui la soutiennent. Les électeurs d’Emmanuel Macron (25 %), d’Anne Hidalgo (27 %) et de Yannick Jadot (24 %) semblent les moins rétifs à une telle perspective. Ceux d’Éric Zemmour (92 %), Nicolas Dupont Aignan (87 %) et Jean-Luc Mélenchon (79 %) les plus opposés. Aucun cluster ne soutient non plus la proposition. Les plus défavorables s’avèrent les Sociaux-démocrates (80 % d’opposition) et les plus favorables sont les Progressistes (34 % d’approbation). Ces chiffres permettent de relativiser la polarisation politique autour du sujet lorsque sont posés des enjeux concrets engageant la vie de la nation. Des familles politiques a priori plutôt proches semblent en effet diverger sensiblement au sein d’un relatif consensus général.

Un rapport ambigu à l’Union européenne

Les rapports des Français vis-à-vis de l’Union européenne sont assez ambivalents, alors que le dernier Eurobaromètre, 96 de l’hiver 2021-2022, indiquait qu’ils étaient parmi les plus défiants vis-à-vis de l’Union avec un taux de confiance de 32 %. Un nombre important de Français souhaiteraient donner moins de pouvoir à l’Union européenne (57 % contre 37 %). On retrouve sur ce sujet une forte polarisation. Ainsi l’électorat de Marine Le Pen à 80 % veut donner moins de pouvoir à l’Union. Dans l’électorat Mélenchon, ce chiffre est de 61 %. Au contraire, 67 % des électeurs d’Emmanuel Macron refusent l’idée de retirer du pouvoir à l’échelon européen. La mémoire européenne est également très clivante. Le traité de Rome est cité comme un évènement important par 57 % des Sociaux-démocrates et 59 % des Centristes contre 1 % des Révoltés. À gauche par exemple, il est cité par 68 % des électeurs d’Anne Hidalgo contre 16 % de ceux de Jean-Luc Mélenchon. À droite le sujet est structurant bien que moins clivant. 35 % des électeurs Valérie Pécresse l’évoquent, contre 9 % de ceux d’Éric Zemmour.

L’idée d’une défense européenne est en revanche majoritairement soutenue par les Français. 56 % sont favorables à l’idée d’une armée sous pavillon européen. S’il ne faut pas négliger le poids sur ce sujet de la guerre en Ukraine et du sentiment diffus d’une menace sur le continent, les chiffres n’en demeurent pas moins significatifs. C’est d’autant plus le cas que, à part dans les électorats de Nicolas Dupont Aignan (54 % d’opposés) et d’Éric Zemmour (65 %), toutes les catégories électorales semblent majoritairement favorables à la proposition. Ces chiffres doivent néanmoins être pris avec précaution. Il n’est en effet pas certain que la notion d’armée européenne soit totalement univoque pour les répondants. Ainsi 73 % des Eurosceptiques sont favorables à la mesure, ce qui est pour le moins contre-intuitif, contre 52 % pour les Multiculturalistes.

Le plébiscite de l’armée   

L’importance de l’armée est fortement consensuelle parmi les Français. 16 % d’entre eux seulement adhèrent à l’idée que cette institution « n’a plus vraiment d’importance dans l’époque actuelle ». Dans aucun cluster elle n’est majoritaire. Elle atteint son adhésion maximum dans l’électorat mélenchoniste avec 22 % qui jugent l’armée inutile. On constate donc une forte adhésion à l’institution militaire. La popularité de l’armée n’a pas grand-chose à voir avec celle de son chef. Ainsi, 34 % des Français jugent qu’Emmanuel Macron fait un bon chef des armées ; 24 % diraient la même chose de Marine Le Pen et 23 % de Jean-Luc Mélenchon. Chacune des personnalités testées doit son score au soutien de sa famille politique. Autrement dit, le rôle de chef des armées ne fait pas l’objet d’un dépassement politique. Ce qui transcende les clivages, c’est l’institution militaire. C’est d’autant plus le cas que la majorité des Français croient que le pays sera engagé dans un conflit majeur dans les cinq prochaines années. 42 % d’entre eux placent en effet leur crainte au-dessus de 7 sur une échelle de 10.

La multiplication par deux du budget de l’armée est en conséquence soutenue par une majorité de Français, 54 % contre 37 %. Elle est de manière attendue largement soutenue par les Eurosceptiques (81 %) et les Identitaires (74 %), mais également par des clusters réputés plus inquiets des questions budgétaires comme les Anti-assistanats (73 %) et les Libéraux (81 %). La mesure n’est massivement rejetée que dans le cluster Multiculturalistes (86 % d’opposition) et, dans une moindre mesure, Révoltés (57 %) et Progressistes (53 %). Électoralement, seuls les électeurs de Jean-Luc Mélenchon (67 % d’opposition) se trouvent fortement défavorables. Les électorats des autres candidats de gauche sont dans une situation de majorité relative défavorable à la mesure, sauf celui de Yannick Jadot qui le soutient d’une petite tête. L’idée d’un doublement du budget est en revanche très majoritaire à droite ; 85 % chez les électeurs d’Éric Zemmour ; 75 % chez ceux de Marine Le Pen ou Valérie Pécresse. L’électorat macroniste est également largement favorable, bien que plus clivé ; 57 % favorables contre 34 % défavorables.

Si l’idée d’une armée professionnelle s’est imposée dans les années 1990, et fut alors relativement populaire, la nostalgie des vertus sociales du service militaire a saisi les Français. Ils sont 62 % à penser qu’il devrait être réinstauré. Cette opinion est majoritaire dans tous les électorats, sauf celui de Jean-Luc Mélenchon (38 %). Il n’est pas un élément déterminant du clivage droite-gauche. Si la droite y est plus favorable (jusqu’à 83 % dans l’électorat Zemmour), 69 % des électeurs de Fabien Roussel le plébiscitent également. On trouve en revanche de forts clivages par clusters. Les Multiculturalistes (77 %), Sociaux-démocrates (61 %) et Progressistes (52 %) y sont majoritairement opposés. On note donc sur ce sujet deux gauches fortement polarisés dans leur rapport à l’armée. Dans une moindre mesure, on voit également se renforcer l’adhésion à la mesure dans les groupes les plus à droite par rapport aux groupes plus centristes.

Si l’armée doit indirectement jouer un rôle social par le service militaire, l’idée qu’elle serait amenée à intervenir à l’intérieur du territoire, notamment contre la délinquance n’est toutefois pas aussi consensuelle. 47 % des Français soutiennent cette idée contre 48 % qui la rejettent. Sans surprise, on retrouve là un élément du clivage gauche-droite. 69 % de l’électorat d’Éric Zemmour, 74 % de celui de Marine Le Pen, 81 % des Anti-assistanats et 75 % des Identitaires sont d’accord avec la proposition. Au contraire, 77 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, 70 % de ceux de Fabien Roussel, 92 % des Multiculturalistes, 84 % des Sociaux-démocrates la combattent. Au centre, l’électorat d’Emmanuel Macron se divise en part quasi égale ; 49 % pour, 48 % contre.

Sondage-Legislatives

Sondage Législatives : Aujourd’hui, une dissolution ne changerait rien

Si le premier tour des élections législatives avait lieu dimanche prochain, les Français reconduiraient peu ou prou la même Assemblée. La majorité présidentielle arriverait en tête avec 25% des intentions de vote devant la NUPES à 24,5% ; le Rassemblement National arriverait 3e à 20%. Les Républicains maintiendraient un score à plus de 10%.

Pourquoi une dissolution de l’Assemblée ne changerait quasiment rien aux équilibres politiques ?

  1. La forte stabilité de la demande politique

Si les équilibres politiques sont si stables c’est avant tout parce que l’électorat demeure structuré par les mêmes clivages qu’il y a 6 mois. Il n’y a pas eu de fait politique ou social assez fort pour faire bouger les lignes.

Les électeurs de la « majorité présidentielle » demeurent principalement des modérés de droite (Libéraux), de gauche (Sociaux-Démocrates et Progressistes) et du centre (Centristes et Sociaux-Républicains) coalisés autour d’un même rejet des « populismes » dans un contexte où les principaux opposants demeurent le RN et LFI. Partisans de l’ordre et de la stabilité, le noyau dur de l’électorat de la « majorité présidentielle » repose sur les personnes âgées et les Français les plus aisés.

L’électorat de la NUPES demeure également très stable. Composé d’un électorat de gauche traditionnel rassemblant les clusters « anti-système » et sociaux qui constituent le noyau dur de l’électorat Mélenchon : Multiculturalistes, Révoltés et Solidaires. Un tiers des Progressistes et des Sociaux-Démocrates – les plus écologistes et sociaux d’entre eux – continuent de se tourner vers la NUPES. Favorables à la construction européenne et modérés sur l’ensemble des clivages, la majorité de ces deux clusters de centre-gauche choisiraient la majorité présidentielle ou un candidat Divers Gauche.

Le Rassemblement National bénéficie quant à lui d’un soutien affirmé dans l’ensemble des clusters qui lui avaient permis d’entrer en force à l’Assemblée en juin dernier. LE RN s’appuie sur un électorat populaire, d’actifs, employés et ouvriers, mais également d’un électorat plus « droitier », plus libéral sur le plan économique, composé des Conservateurs, des Anti-Assistanat et des Identitaires.

  1. Les Républicains font de la résistance

Pour parvenir à une tripartition électorale qui pourrait faire basculer la majorité absolue vers Renaissance ou le RN, il faudrait que l’étau finisse de se resserrer sur Les Républicains.

Notre sondage sur l’élection présidentielle montre que cette tripartition se réalise davantage lorsque l’offre politique est personnalisée. Le « capital » électoral des Républicains fluctue entre 3 et 10%, ce qui modifie par la même les équilibres entre Renaissance et le RN. Une partie du cluster des Libéraux (électorat de droite aisée, libéral, conservateur) continue de voter pour LR aux législatives et lors des élections intermédiaires, tandis qu’ils ont massivement voté pour le Président à la présidentielle, sous l’effet combiné du vote utile et de la personnalisation de l’élection.

Une autre partie de l’ancien électorat UMP/LR plus droitier, plus conservateur, composé des Anti-Assistanat et des Identitaires est quant à lui tenté par le vote RN. Cependant, environ 15% d’entre eux maintiendraient un vote LR en cas de dissolution.

En somme, on comprend mieux pourquoi Emmanuel Macron a récemment tendu la main aux Républicains : pour élargir sa majorité relative, il lui faut conquérir définitivement la part plus modérée de l’ancien électorat de droite. De la même façon, on comprend pourquoi Marine Le Pen a tout intérêt à continuer son travail de dédiabolisation pour elle aussi élargir son assise à un électorat plus aisé et plus libéral.

Sondage d'intentions de vote post-élection présidentielle

Sondage d’intentions de vote post-élection présidentielle

Sondage Présidentielle : 6 mois après, les rapports de force sont stables

Notre enquête réalisée du 4 au 6 novembre sur un échantillon de 2 151 répondants montre que si l’élection présidentielle avait lieu dimanche prochain, les résultats seraient très proches de ceux du 10 avril.

Le 1er tour de l’élection présidentielle a accouché d’une tripartition électorale qui semble stable et pérenne selon notre étude.

Emmanuel Macron arriverait en tête avec un score en hausse, à 30%. La composition de son électorat reste transversale politiquement ; il bénéficie du soutien des clusters Sociaux-Démocrates, Progressistes, Centristes, Sociaux-Républicains et Libéraux en premier lieu. Il doit cette légère progression à une baisse sensible des intentions de vote en faveur de Valérie Pécresse. Mais le chantre du « en même temps » bénéficie aussi d’un soutien solidifié de son aile gauche composé des Sociaux-Démocrates et des Progressistes, au détriment de Yannick Jadot, Anne Hidalgo et dans une moindre mesure de Jean-Luc Mélenchon. Le Président de la République dispose d’un soutien toujours aussi fort chez les personnes âgées et les Français les plus aisés.

Marine Le Pen consolide également sa 2e place, profitant d’une solide base électorale dans l’électorat populaire. Elle reste largement soutenue par Les Réfractaires, les Eurosceptiques et les Sociaux-Patriotes. Mais également dans deux clusters plus libéraux économiquement et très conservateurs : les Anti-Assistanat et les Identitaires. Le cœur de son électorat se compose principalement d’actifs, âgés de 35 à 64 ans, bien souvent ouvriers ou employés. Le recul des intentions de vote en faveur de Valérie Pécresse semble lui profiter. 17% des électeurs de l’ex-candidate LR déclarent en effet qu’ils voteraient cette fois-ci pour Marine Le Pen.

Jean-Luc Mélenchon resterait le 3e homme mais avec un retard plus important qu’au mois d’avril. L’ancien député des Bouches-du-Rhône dispose lui aussi d’un noyau dur solide mais plus resserré que ses deux concurrents. Là où ces derniers coalisent au moins cinq clusters, lui rassemble uniquement les trois clusters centraux de sa coalition (les Multiculturalistes, les Solidaires et les Révoltés). Peinant à élargir ce socle électoral, il ne progresse pas contrairement à Marine Le Pen et Emmanuel Macron.

Enfin, notons que le 2nd tour serait plus serré qu’au mois d’avril. Emmanuel Macron l’emporterait avec 51,5% des voix. Marine Le Pen resserre l’écart, profitant d’une abstention toujours plus forte des électeurs de Jean-Luc Mélenchon et d’une part importante des électeurs de droite.

Les Français jugent sévèrement l’action de la justice

Le regard des Français sur l’action des forces de l’ordre et de la Justice

Alors qu’on observe une multiplication des faits d’homicide dans les media, nous avons interrogé les Français sur le regard qu’il porte à propos de l’action de la Police et de la Justice. Nous avons également souhaité sonder leur sentiment d’insécurité.

  • 49% des Français interrogés affirment que l’action de la police et de la gendarmerie est satisfaisante

Une courte majorité relative de Français trouve que l’action de la police et de la gendarmerie dans la société est satisfaisante. 47% la trouvent à l’inverse insatisfaisante et 4% n’ont pas d’opinion. Les positionnements sont peu clivés finalement lorsque l’on regarde les réponses dans le détail. Peu de Français ont répondu « Très satisfaisant » ou « Très insatisfaisant ». Il y a à l’inverse plutôt une sorte de consensus « mou » sur l’action des forces de l’ordre : 43% trouvent l’action de ces institutions « Plutôt satisfaisante » et 30% « Plutôt insatisfaisante ».

Les satisfaits se situent plutôt dans les segments modérés de l’électorat, chez les plus âgés et les plus aisés. Les catégories populaires et les plus jeunes se déclarent davantage insatisfaits.

Politiquement, les deux électorats les plus négatifs vis-à-vis de l’action des forces de l’ordre sont les électeurs de Jean-Luc Mélenchon (70%) et ceux de Marine Le Pen (51%) devant les électeurs d’Éric Zemmour (47%). Pour des raisons probablement antagonistes, ces électeurs se trouvent être d’accord pour pointer des dysfonctionnements dans l’action des forces de l’ordre. Concernant les électeurs de Jean-Luc Mélenchon on peut penser que dans la lignée du leader insoumis, leur insatisfaction provient d’abord des cas de « violences policières » régulièrement dénoncées par LFI depuis plusieurs années. Sans étonnement, le cluster le plus à gauche sur les questions culturelles et identitaires, les Multiculturalistes, sont 77% à se dire insatisfaits.

A l’inverse pour les électeurs populaires et identitaires qui votent Marine Le Pen ou Éric Zemmour, on peut émettre l’hypothèse que leur jugement négatif – plus relatif que celle des électeurs de gauche –  provient d’une demande d’efficacité supérieure dans la lutte contre l’insécurité et la délinquance. Contrairement aux électeurs de gauche, c’est avant tout parce qu’ils pensent que l’insécurité augmente qu’ils jugent insatisfaisante l’action de la police. Ce sont d’ailleurs au sein des clusters qui ont fortement voté pour Marine Le Pen que le sentiment d’insécurité est le plus élevé, donc le niveau d’exigence envers l’Etat et la demande de protection sont plus élevés.

  • L’action de la Justice dans le traitement de la délinquance largement insuffisant pour les Français

L’action de la Justice est quant à elle bien plus décriée et critiquée par les Français interrogés : 79% des Français la jugent insatisfaisante dans le traitement de la délinquance. Tous les segments sont concernés. Même les clusters les plus à gauche déclarent que cette institution est défaillante dans le traitement de la délinquance. Ainsi, 66% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon et 83% des électeurs de Yannick Jadot jugent son action insatisfaisante. Chez les électeurs de la droite et du RN, on est à plus de 90%.

Si le jugement sur la Police faisait apparaître un consensus « mou », il y a vis-à-vis de la Justice, un consensus puissant dans la population, comme si les Français avaient acté que le problème de la délinquance repose sur le « bout de la chaîne » pénale, sur l’institution qui doit sanctionner plus que sur celle qui doit arrêter les délinquants.

  • Le sentiment d’insécurité est prédictif du vote

Nous avons enfin demandé aux Français de placer leur sentiment d’insécurité sur une échelle de 0 à 10.
Nous constatons une corrélation forte entre positionnement politique et sentiment d’insécurité. La courbe des notes est quasiment proportionnelle à la clusterisation. Les Multiculturalistes et plus globalement les clusters de gauche sont ceux qui se sentent le moins en insécurité (note inférieure à 3). A l’inverse, les clusters plus à droite et plus populaires donnent des notes supérieures à 3. On peut considérer cependant que le sentiment d’insécurité dans la population est relativement faible : aucun cluster ne donne une note supérieure à la moyenne (+ de 5 sur 10). Si bien que la moyenne générale est de 3,28.

Pour autant, les différences de ressenti sont profondes. Les électeurs de Jean-Luc Mélenchon placent à 2,2 sur 10 en moyenne leur sentient d’insécurité, tandis que les électeurs de Marine Le Pen le placent à 4,49. On voit combien ce sentiment peut être prédictif ou explicatif du vote des électeurs. Plus vous vous sentez en insécurité, plus vous orientez vos choix politiques vers des offres qui prônent la fermeté en matière de délinquance et d’action pénale.

Baromètre des personnalités politiques n°7

Baromètre des personnalités n°7 : Emmanuel Macron maintient sa 1ere place

Chaque mois, Cluster17 publie son baromètre de popularité des personnalités politiques. Pour organiser notre classement, nous plaçons en tête la personnalité qui obtient le plus de « soutien » politique. Cela nous semble plus prédictif du potentiel électoral d’une personnalité ; la « sympathie » étant un élément subjectif moins discriminant, favorisant des figures plus « consensuelles » et, pour cette raison, moins explicatif des comportements électoraux.

  • Emmanuel Macron en tête pour un 4eme mois consécutif

Malgré l’utilisation du 49-3 et les premières déstabilisations provoquées par les motions de censure, Emmanuel Macron reste en tête de notre classement des personnalités politiques.
Comme nous l’écrivions cette semaine dans notre sondage sur le 49-3 publié par Le Point, l’électorat présidentiel soutient le gouvernement, autant par adhésion à son programme économique que par rejet des « populismes » dans une Assemblée Nationale principalement animée par les députés d’opposition de LFI et du RN.

Le Président de la République demeure soutenu par l’ensemble des électeurs modérés qui ont permis sa réélection en avril dernier. Il est ainsi en tête chez les Sociaux-Démocrates, les Centristes, les Apolitiques, les Sociaux-Républicains et les Libéraux.

  • Marine Le Pen consolide sa 2eme place

A l’instar d’Emmanuel Macron, Marine Le Pen conserve et consolide sa place d’opposante numéro un. Elle est 2eme une nouvelle fois, portée par un noyau dur électoral qui va des Conservateurs aux Identitaires. Elle progresse ce mois-ci dans le cluster des Libéraux, cluster très orthodoxe économiquement, qui compose la frange aisée et diplômée de l’électorat de la droite traditionnelle. Ce cluster continue de constituer la principale cible pour Marine Le Pen ; cluster qu’elle peine jusqu’ici à convaincre. C’est le cluster le plus important de l’électorat traditionnel de l’UMP, un des derniers à lui échapper. Chez les Conservateurs, autre cluster phare de l’ancien électorat UMP, elle maintient son leadership, au coude-à-coude avec Emmanuel Macron.

A noter la progression ce mois-ci encore de la nièce de Marine Le Pen, Marion Maréchal qui accède à la 5e place de notre classement à la faveur d’un soutien élevé dans les clusters de la coalition « lepéniste ». Son profil, plus consensuel que celui d’Eric Zemmour apparaît comme une alternative possible à Marine Le Pen au sein du pôle « identitaire ».

  • A gauche, on attend le messie

Jean-Luc Mélenchon conserve sa 3eme place. Les Multiculturalistes continuent de le placer largement en tête. Mais dans l’ensemble des autres clusters de gauche, on sent une grande dispersion des électeurs et une absence de leadership clair à l’inverse du pôle modéré et du pôle identitaire. La gauche attend son « messie », celui qui sera capable de réunir à nouveau une base électorale suffisante allant des Multiculturalistes, cluster de gauche radicale aux Sociaux-Républicains, cluster de centre gauche très modéré, en passant par les Sociaux-Démocrates, les Progressistes et les Solidaires. Au sein de ce dernier cluster, un des plus populaires, et qu’on peut apparenter à « la première gauche », celle qui met les questions sociales en tête de ses préoccupations, François Ruffin prend la tête et affiche un très haut niveau de popularité. Le député de la Somme, 4eme au classement général ce mois-ci apparaît comme l’alternative la plus solide à Jean-Luc Mélenchon.

Fabien Roussel peine quant à lui à transformer son haut niveau de sympathie en soutien politique. Le Secrétaire Général du PCF est à nouveau en tête au classement de la sympathie mais plafonne à 4% de soutien, démontrant un potentiel électoral limité pour l’instant.

Sandrine Rousseau, qui a pris des positionnements très clivants ces dernières semaines recule quant à elle dans notre classement et est désormais la personnalité politique la plus rejetée avec 69% de rejet exprimé, devant Eric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon.

Les-Francais-et-le-49-3

Les Français et le 49-3

Les Français favorables à un retour aux urnes

Suite à l’utilisation de l’article 49-3 par le Gouvernement, nous avons interrogé les Français sur leur perception de cette séquence ainsi que sur leur souhait de censure du Gouvernement et de dissolution de l’Assemblée Nationale. Une nette majorité de Français pense que le Gouvernement a eu tort d’utiliser cet article. Et une majorité d’entre eux souhaite également que les motions de censure aboutissent et que le Président de la République prononce la dissolution de l’Assemblée Nationale.

Précisons que cette enquête a été réalisée avant le dépôt et le vote des motions de censure par certains partis d’opposition. 

  • Le 49-3 rejeté par les Français

63% des Français interrogés pensent que le Gouvernement a eu tort d’utiliser l’article 49 alinéa 3 de la Constitution pour faire passer le projet de loi de finances. Cet article très contesté depuis son utilisation en 2015 et 2016 est synonyme de passage en force, voire de mesure « antidémocratique » pour une partie des Français.

Parmi les 31% de Français qui affirment que le Gouvernement a eu raison d’utiliser le « 49-3 », une majorité d’entre eux appartiennent à l’électorat du centre et de la droite. 87% des électeurs du 1er tour d’Emmanuel Macron et 67% des électeurs de Valérie Pécresse sont d’accord avec l’usage du « 49-3 ». En termes de clusters, Emmanuel Macron trouve, sur ce point, le soutien de son socle électoral de la dernière présidentielle. L’approbation est majoritaire chez les Progressistes, les Centristes, les Sociaux-Républicains, les Libéraux et même les Anti-Assistanat (un groupe qui subit fortement l’attraction de Marine Le Pen et du RN). On sent plus de réticence chez les Sociaux-Démocrates, cluster de gauche modérée, diplômée et aisée. Leur attachement au compromis et au dialogue social est ici mis à rude épreuve. 48% d’entre eux pensent que le Gouvernement a eu raison d’utiliser le « 49-3 » contre 43% qui pensent à l’inverse qu’il a eu tort.

Si l’utilisation du « 49-3 » ne menace pas l’assise électorale de la majorité présidentielle, c’est cependant un aveu de minorité au Parlement pour le Gouvernement. C’est le premier « incident » depuis la nomination d’Elisabeth Borne qui jusqu’ici n’avait pas été menacée par les oppositions.

  • Les Français favorables à la censure du Gouvernement

Une majorité de Français interrogés déclarent souhaiter qu’une motion de censure soit votée pour renverser le Gouvernement.

La rupture est nette ici entre clusters « anti-systèmes » et clusters « modérés ». Ce rapport aux institutions, aux « élites », au « système » est un des trois axes de clivage majeurs sur lesquels est produit notre test de clusterisation. La coalition électorale « macronienne » est né en 2017 sur cette base. Les « modérés », qu’ils soient de gauche ou de droite, ont adhéré à la candidature d’Emmanuel Macron et à La République en Mache par rejet des « populistes » et soucis de stabilité institutionnelle. Ainsi, les clusters Sociaux-Démocrates et Progressistes sont tout à fait opposés à un renversement du Gouvernement, à l’instar des Libéraux et des Centristes. L’ensemble de l’électorat d’Emmanuel Macron mais également celui de Valérie Pécresse et dans une moindre mesure celui d’Anne Hidalgo et de Yannick Jadot sont opposés à la motion de censure, démontrant la force de la demande de stabilité comme vecteur de coagulation politique. Le rejet des populismes est au moins aussi puissant que le rejet du système exprimé par les clusters radicaux de l’électorat Mélenchon, Le Pen et Zemmour. Les clusters « mélenchonistes » Révoltés, Multiculturalistes, Solidaires qui forment le noyau dur de l’électorat insoumis sont les plus favorables à la censure de même que les Sociaux-Patriotes, les Réfractaires et les Eurosceptiques, trois clusters populaires très favorables à Marine Le Pen.

On comprend mieux pourquoi Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ont été les plus prompts à se prononcer en faveur d’une motion de censure, cette dernière allant même jusqu’à voter la motion de la NUPES. Bien que notre enquête ait été réalisée avant cette motion de censure, il y a de fortes chances que l’électorat de Marine Le Pen soit tout à fait favorable à ce qu’elle ait voté la motion de la NUPES.

  • Les Français prêts à retourner aux urnes

Une partie significative des Français semble ne pas se reconnaître dans l’Assemblée nationale actuelle. 52% se disent favorables à une dissolution de l’Assemblée Nationale. Malgré le contexte déjà chargé de nombreuses incertitudes, seuls 41% s’y opposent, 7% se déclarent sans opinion.

On retrouve peu ou prou les mêmes équilibres politiques que dans les deux questions précédentes. Plus on est modérés, moins on souhaite la dissolution. On observe tout de même une envie de dissolution dans une large part de l’électorat, y compris dans certains segments comme les Sociaux-Démocrates ou les Conservateurs, deux clusters pourtant peu enclins aux grands bouleversements.

En somme, ce qui est à retenir, c’est la grande stabilité des rapports de force politique dans le pays. Les électorats des élections présidentielle et législatives restent soudés. La tripartition de l’électorat demeure, ce qui compte particulièrement pour Emmanuel Macron qui doit faire face aux risques de fronde et d’instabilité au sein de sa majorité ; des menaces qui n’existaient pas au cours du précédent quinquennat. Une dislocation de sa majorité relative pourrait fragiliser grandement son noyau dur qui, nous l’avons dit, repose sur l’alliance des modérés de droite et de gauche. Ces derniers, davantage sensibles aux compromis et au respect de la démocratie pourraient se montrer réticents à un usage trop fréquent du 49-3.

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