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Sondage pour Le Point : Les Français ont-ils confiance dans les syndicats ?

Une majorité de Français n’a pas confiance dans les syndicats malgré un soutien au mouvement social élevé

Deux tiers des Français déclarent ne « pas avoir confiance » dans les syndicats. 34% disent même n’avoir « pas du tout confiance ». A l’inverse, seulement 10% de Français interrogés déclarent avoir « tout à fait confiance ».

Un niveau de méfiance élevé alors que le soutien à la mobilisation et au mouvement social demeure très majoritaire dans le pays.

Comme une grande partie des corps intermédiaires, et notamment les partis politiques, les syndicats sont fragilisés par un fort niveau de défiance, y compris dans des groupes supposés être plus proches d’eux idéologiquement.

C’est dans les franges les plus à gauche de l’électorat que le soutien aux syndicats est le plus élevé. 76% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon et de Fabien Roussel disent avoir confiance en eux. Un groupe se distingue : celui des Multiculturalistes qui affiche un niveau de confiance très élevé, à 80%.

Ce cluster est particulièrement militant, égalitaire, féministe, écologiste, cosmopolite. Il est de toutes les contestations et regroupe de nombreux enseignants, des intermittents du spectacle, des étudiants…

Un autre cluster se distingue, celui des Solidaires, plus populaire que les Multiculturalistes, regroupant plus d’ouvriers et d’employés. Les Solidaires déclarent avoir confiance à 61% dans les syndicats. Un chiffre relativement faible au regard de la sensibilité idéologique de ce groupe : très égalitaire, très radical et très mobilisé lorsque les droits sociaux sont réformés.

En outre, le niveau d’adhésion est faible au centre-gauche : 50% des Sociaux-Démocrates et 58% des Progressistes disent ne pas avoir confiance dans les syndicats.

A l’inverse, le niveau de rejet est très élevé dans l’électorat de droite et d’extrême droite. Le niveau de défiance atteint plus de 80% chez les électeurs de Valérie Pécresse, Eric Zemmour et Emmanuel Macron.

Enfin, trois clusters comprenant beaucoup d’ouvriers et d’anciens ouvriers de la France industrielle affichent un niveau de défiance élevée, autour de 60% : les Eurosceptiques, les Sociaux-Patriotes et les Réfractaires. Trois groupes « antisystèmes » qui ont basculé vers le Rassemblement National au cours des 20 dernières années. Fragilisés par la mondialisation, ils sont en demande de protection sur le plan sécuritaire, identitaire et économique. Une protection qu’ils ne semblent pas trouver au sein des organisations syndicales, malgré un soutien à la mobilisation contre la réforme des retraites qui atteint plus de 70% au sein de ces clusters.

Le mouvement social contre la réforme des retraites marque donc pour les principales centrales une occasion de réhausser leur popularité. L’union établie de la CFDT à la CGT, inédite depuis 12 ans, pourrait permettre d’améliorer leur image.  D’autant plus si cette union aboutissait à un abandon de la réforme des retraites.

Retraites : les messages du gouvernement n’impriment pas

Climat social autour de la réforme des retraites : les messages du gouvernement n’impriment pas

Nous enquêtons depuis plus de 6 mois auprès des Français sur leur perception d’un éventuel allongement de l’âge légal de départ. L’opposition est massive, une large majorité étant favorable à maintenir l’âge à 62 ans, voire à l’abaisser à 60 ans. L’enjeu, désormais, n’est plus tant de savoir si les Français soutiennent la réforme que de savoir s’ils soutiennent le mouvement social. Pour l’heure, les mobilisations, espacées, n’impactent pas la vie quotidienne du « ventre mou » de Français qui pourraient basculer dans l’un ou l’autre « camp ». La communication gouvernementale paraît quant à elle, pour le moment, inefficiente.

  1. L’opinion demeure très majoritairement opposée à la réforme

En conséquence, aujourd’hui, 65% des Français soutiennent la mobilisation contre la réforme des retraites. On a observé une hausse du soutien en faveur de la mobilisation après la première journée de manifestation et de grève. Malgré un léger reflux cette semaine, la courbe du soutien au mouvement social reste globalement stable.

Nous observons une grande transversalité de l’opposition à la réforme : 90% des ouvriers soutiennent la mobilisation mais également près de 50% des cadres du privé. Seuls les retraités, les professions libérales et les chefs d’entreprise soutiennent majoritairement la réforme. La fonction publique est quant à elle, sans surprise, extrêmement déterminée.

Par ailleurs, le Président de la République n’obtient qu’un très relatif soutien de sa coalition électorale. Ses électeurs accordent une note de 6,6 sur 10 à la réforme, quand les Français interrogés mettent une note moyenne de 2,7. Un chiffre en baisse continue depuis un mois, en particulier dans les segments de la gauche radicale et de la droite conservatrice. Notons que deux des « clusters » de centre-gauche qui ont massivement voté pour Emmanuel Macron, les Sociaux-Démocrates et les Progressistes, affichent un niveau d’opposition élevé à la réforme avec un niveau de soutien à plus de 60% au mouvement social. Cela traduit un déséquilibre dans la façon dont est reçue la réforme par la coalition « macroniste » qu’elle divise entre une gauche qui est opposée et un centre et une droite qui la soutiennent.

Le Président demeure ainsi soutenu par la fraction plus à droite de son électorat bien que deux clusters dans lesquels il est en concurrence avec Marine Le Pen et les Républicains, les Anti-Assistanat et les Conservateurs, soutiennent majoritairement le mouvement social, respectivement à 54% et 68%.

A l’aune de ces chiffres, nous comprenons en outre, la difficulté pour Les Républicains à se positionner en faveur de la réforme. Les électeurs de Valérie Pécresse mettent une note moyenne de 5 sur 10 à la réforme. Il est particulièrement intéressant de remarquer que, ces trois dernières semaines, le soutien à la réforme est en baisse au sein des clusters qui composaient une bonne part de l’électorat historique des Républicains : la note moyenne chez les Conservateurs passe de 5,4 à 3,5. Chez les anti-Assistanat, elle passe de 5 à 4,3 et au sein des Identitaires, elle tombe de 4,2 à 3,4.

  1. Colère VS lassitude : Les Français sont-ils résignés ?

Toutefois, les Français demeurent sceptiques sur les chances de « victoire » d’une mobilisation sociale : Un Français sur deux estime que le gouvernement parviendra à mener à bien la réforme. Un chiffre quasi stable depuis le début de la mobilisation. Dans une précédente étude, nous avions perçu que les deux sentiments majoritaires dans l’opinion à propos de la réforme étaient, dans des proportions équivalentes, la « colère » et la « lassitude ». Si la première est propice au mouvement social, c’est grâce à la seconde que le gouvernement peut espérer faire passer son projet. En effet, au regard du contexte inflationniste qui grève le pouvoir d’achat d’une grande partie des foyers français, une mobilisation persistante pourrait faire reculer le soutien à la mobilisation, dans un mouvement de lassitude de l’opinion. Ou à l’inverse, entraîner une contagion. En ce sens, la séquence qui s’ouvre avec le passage du texte à l’Assemblée sera décisive pour l’avenir de la réforme.

  1. Le principal risque se trouve à l’Assemblée Nationale

En effet, le risque pour le gouvernement n’est pas tant dans la rue que dans l’hémicycle. La majorité relative du gouvernement est d’ores et déjà menacée par des défections en son sein et au sein du groupe LR. Les chances de faire passer une réforme impopulaire dans une situation si fragile sur le plan institutionnel sont très incertaines. Le risque principal étant pour le Président de la République de se retrouver en face-à-face avec la rue, alors que l’Assemblée Nationale devient hésitante. Une incertitude quant à l’issue du vote du texte pourrait encourager la mobilisation sociale.

Dans ce cadre, l’on commence à percevoir des signaux alarmants pour la majorité présidentielle. La fronde du député Patrick Vignal, l’appel au référendum de François Bayrou, l’opposition au projet d’une vingtaine de députés Les Républicains : tous ces éléments sont vecteurs de déstabilisation. Autant de facteurs qui pourraient attiser encore davantage le souhait de voir le gouvernement abandonner une réforme minoritaire dans l’opinion.

Les Français divisés sur un titre de séjour pour « métiers en tension »

Les Français très légèrement favorables à la création d’un titre de séjour « métier en tension »

  • L’électorat d’Emmanuel Macron plébiscite cette mesure

Si la réforme des retraites, nous l’avons vu, ne fait pas l’unanimité au sein de l’électorat macroniste, cette autre promesse forte du début d’année est plébiscitée par l’ensemble de l’électorat présidentiel. 82% de ses électeurs disent en effet soutenir la mesure. Les clusters qui composent sa coalition, en particulier ceux de gauche ainsi que les centristes, soutiennent particulièrement cette mesure. L’électorat de Valérie Pécresse est quant à lui clivé. 54% de ses électeurs disent approuver la création de ce titre de séjour. Cette mesure met en difficulté l’électorat de droite traditionnelle : d’une part, c’est une mesure de soutien aux entreprises et à l’économie mais d’autre part cette mesure peut être perçue par cet électorat comme une ouverture des frontières et une source de flux migratoires. Un phénomène que ces électeurs rejettent habituellement massivement.

  • L’électorat identitaire largement opposé à la mesure

Le positionnement est plus clair du côté des électeurs de Marine Le Pen et Eric Zemmour. Respectivement 83% et 85% de leurs électeurs rejettent cette mesure. C’est la dimension migratoire qui l’emporte pour eux dans cette mesure et les régularisations qu’un tel octroi de titres de séjour pourraient engendrer.

  • La gauche tiraillée entre droits des travailleurs et mesure de soutien aux entreprises

Il convient de souligner qu’il est assez rare qu’une mesure gouvernementale fasse l’objet d’un soutien si clair d’une grande partie de la gauche. 76% des électeurs de Yannick Jadot s’y disent favorables, de même que 64% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon. En revanche, la moitié des électeurs de Fabien Roussel rejetterait une telle mesure.

Pour autant, il semble que le fait que ce titre de séjour soit octroyé en partie pour des raisons économiques soit un vecteur d’opposition à cette mesure pour une partie minoritaire de ces électorats.

  • Une opposition plus forte dans l’électorat populaire

Comme souvent lorsqu’il s’agit des questions migratoires, cette mesure révèle un certain écart entre les catégories plus aisés et les catégories plus populaires : les ouvriers sont 58% à rejeter la création ce titre de séjour, quand les cadres et professions intellectuelles sont 67% à la soutenir.

On retrouve d’ailleurs ce clivage au sein de nos clusters. Ainsi, au sein de la coalition de gauche, les Solidaires, soit le cluster le plus populaire, composé en grande partie d’employés et d’ouvriers, est aussi le moins favorable à cette mesure : seuls 56% d’entre eux y sont favorables.

Au sein de la coalition « lepéniste », le cluster des Sociaux-Patriotes, qui est certainement le cluster comprenant le plus d’ouvriers au sein de notre segmentation affiche quant à lui un niveau de rejet particulièrement élevé : 86% d’entre eux se disent en effet opposés à la création de ce titre de séjour « métier en tension ».

Les Français mobilisés mais fatalistes ?

Après les annonces de la Première Ministre, le rejet de la réforme demeure très majoritaire

Il n’y a pas d’évolution sensible dans l’opinion en faveur de la réforme. Une très large majorité de Français continue de la rejeter. Nous avons demandé aux Français de placer une note de 0 à 10 en fonction de leur soutien à la réforme. La note moyenne donnée par les Français est de 3,4. Plus inquiétant pour l’exécutif, parmi nos clusters, seuls deux d’entre eux, les Centristes et les Libéraux donnent une note supérieure à 6 sur 10.

Si l’on regarde par électorat, seul l’électorat d’Emmanuel Macron croit relativement plus à la réforme : ses électeurs placent une note de 7 sur 10. Les électeurs de Valérie Pécresse, sont quant à eux clivés : ils mettent une note de 5,8 sur 10, ce qui dénote de la faiblesse du potentiel de soutien à cette réforme, y compris à droite pour le gouvernement.

Une réforme perçue comme injuste

Pour convaincre, la Première Ministre Elisabeth Borne a beaucoup insisté ces derniers jours sur le caractère « juste » de la réforme. Pour l’heure, le message n’a pas été reçu. 1 Français sur 2 pense que cette réforme va conduire à un système de retraites plus injuste que le précédent. 18% seulement pensent que celui-ci sera à l’inverse plus juste. Enfin un bon quart des Français pensent que cela ne va rien changer. C’est au sein des clusters les plus populaires que le sentiment d’injustice est le plus élevé. Les électeurs de la NUPES (toute tendance confondue) et du Rassemblement National sont les plus nombreux à penser que cette réforme est « injuste ».

Signe une fois de plus de l’étroitesse du chemin pour l’exécutif : seul un électeur sur deux du Président de la République pense que cette réforme conduira à rendre le système de retraites plus juste. C’est au sein même de son électorat que l’exécutif doit convaincre dans les prochains jours pour ne pas déséquilibrer son socle composé en partie, il faut le rappeler, d’électeurs de centre-gauche très attachés à la justice sociale et sensible aux questions de temps de travail. On constate à ce titre que les clusters Sociaux-Démocrates et Progressistes font partie des groupes les plus sévères à l’égard de cette réforme, en particulier parce qu’ils la perçoivent comme « injuste ». Ce sentiment d’injustice élevé vient s’ajouter aux sentiments de « colère » et de « lassitude » largement mis en avant par les Français dans notre précédente enquête.

Une mobilisation contre la réforme soutenue mais sans optimisme ?

Si sur le contenu de la réforme, le gouvernement semble avoir perdu la « bataille de l’opinion », s’en ouvre une nouvelle avec la mobilisation sociale.

Dans les prochains jours, le débat risque de se déplacer : le sujet ne sera plus tant de savoir si les Français soutiennent la réforme que de savoir s’ils soutiennent le mouvement social. On a pu observer ces derniers jours que l’exécutif commençait d’ailleurs à préparer l’opinion sur d’éventuels blocages, mettant en garde les syndicats.

Dans notre enquête, 62% des Français disent soutenir la mobilisation contre la réforme, dont 47% la soutiennent « tout à fait ». 34% ne la soutenant pas.

Le mouvement est particulièrement soutenu par les clusters les plus populaires, également les plus touchés par l’inflation. Ce sont ceux qui s’étaient le plus mobilisés avec les gilets-jaunes sur les ronds-points : d’une part, Les Multiculturalistes, les Solidaires et les Révoltés composent la frange traditionnelle des mobilisations sociales, appartenant à la gauche syndicale et radicale de la fonction publique et des grandes entreprises d’Etat. D’autre part, les Eurosceptiques, les Réfractaires, et les Sociaux-Patriotes, plus proches idéologiquement du Rassemblement National font également partie du monde ouvrier, précarisé, plus présent dans la France périurbaine et périphérique. C’est au sein de ces groupes que l’on se disait le plus en « colère » contre cette réforme dans notre précédente enquête. Logiquement, ils seront en première ligne dans la mobilisation à venir. Enfin, d’autres clusters, plus modérés et plus proches idéologiquement du Président de la République comme les Apolitiques ou les Sociaux-Républicains soutiennent très majoritairement le mouvement.

Electoralement, il n’y a qu’au sein des électorats Macron et Pécresse que l’on est majoritairement opposés, fort logiquement, à la mobilisation sociale.

Sur le plan sociologique, il est intéressant de voir que les 18-34 ans sont les plus mobilisés. Ce soutien au mouvement décroît proportionnellement à l’âge. Pour autant, les jeunes semblent également les plus « résignés » : ce sont eux qui pensent le plus que le gouvernement ira « jusqu’au bout » de sa réforme, à plus de 50%. Ce fatalisme est partagé par près d’un français sur deux qui pense que le gouvernement parviendra à faire passer cette réforme. 37% de Français interrogés pensent à l’inverse que le gouvernement reculera.

En somme, dans cette mobilisation, l’enjeu est bien de savoir ce qui triomphera entre la « colère » qui pousse à la révolte et la « lassitude », qui conduit à la résignation.

Sondage pour le Point : Une réforme des retraites hautement inflammable

Le projet de réforme des retraites divise l’électorat du Président de la République et unifie les oppositions

L’étude réalisée par Cluster 17 confirme que l’opinion publique est dans sa grande majorité réfractaire à l’idée d’une réforme des retraites. Lorsque l’on soumet aux sondés une série de termes pour qualifier leurs sentiments à l’égard d’une telle réforme, les items négatifs l’emportent très largement sur les items positifs. Ainsi, seuls 2% des répondants se déclarent « enthousiastes » face à la perspective d’une telle réforme et ils ne sont que 11% à exprimer un sentiment de « satisfaction ». Au total, même en ajoutant les 3% de « soulagés », il n’y a guère plus d’un Français sondé sur six (16%) qui sélectionne un terme positif pour qualifier ses sentiments à l’idée de voir le système des retraites être réformé.

A l’opposé, près des trois quarts des Français (74%) manifestent des sentiments négatifs. Ils sont ainsi 30% à déclarer leur « lassitude » face à une telle réforme. Mais ils sont aussi 35% à éprouver de la « colère » et 9% un sentiment d’« humiliation ». De tels résultats révèlent un pays sous haute tension politique et sociale.

Satisfaction et mécontentement ne se distribuent pas au hasard, loin de là. Ce sont logiquement les électeurs d’Emmanuel Macron et de Valérie Pécresse qui expriment le plus fréquemment des sentiments positifs à l’idée d’une réforme des retraites : respectivement à 46% et 33%. Ce sont les deux seuls électorats où la proportion de « satisfaits » est significative : 32% et 22%. On notera cependant que même au sein des électorats du Président de la République et de la candidate des Républicains, la perspective d’une telle réforme produit des divisions non-négligeables : 38% des électeurs d’Emmanuel Macron et même 52% des électeurs de Valérie Pécresse choisissent des termes négatifs pour qualifier leurs sentiments. Comme on peut le constater, réformer les retraites clive au sein-même de l’électorat présidentiel et de celui des Républicains.

A l’inverse, une telle perspective unifie les électorats de la NUPES et du RN. 85% des électeurs de Marine Le Pen choisissent un terme négatif pour désigner leurs sentiments. Il en va de même pour 84% des électeurs d’Anne Hidalgo et ce niveau de rejet atteint même 92% parmi les électeurs de Fabien Roussel et 95% parmi ceux de Jean-Luc Mélenchon.

Une telle réforme offre donc un cadre favorable aux oppositions : celles-ci pourront fédérer leur coalition électorale dans le rejet de la réforme tandis que face à elle, la majorité présidentielle et les Républicains ne pourront compter que sur une base de soutien assez restreinte et devront même affronter des divisions conséquentes au sein de leurs propres électorats.

Un pays inflammable ?

Si la bataille de l’opinion s’annonce particulièrement difficile pour le gouvernement, la question qui se pose est de savoir si le pays risque de connaître un mouvement social d’envergure, comparable, par exemple, aux grèves et manifestations de 1995. De telles mobilisations sont, on le sait, particulièrement difficiles à anticiper. Ce que révèle, en revanche, l’étude menée par Cluster 17, c’est à quel point le pays est sous tension et la situation parait inflammable.

Il faut tout d’abord souligner que les clusters qui se déclarent les plus en « colère » sont aussi ceux qui avaient été les plus en pointe dans le cadre du mouvement des Gilets jaunes : Sociaux-patriotes (61% se déclarent en colère), Solidaires (63%), Multiculturalistes (72%). Le fait que ces groupes très divisés sur de nombreux sujets et dans leurs orientations électorales (les uns votent massivement Marine Le Pen, les autres Jean-Luc Mélenchon), mais très habitués à l’action collective, partagent un même sentiment de « colère » peut être analysé comme un indice d’un potentiel de mobilisation élevé dans le pays.

Il est, dans cette perspective, intéressant d’observer que 49% des sondés considèrent qu’il « va y avoir un mouvement social massif du type Gilets jaunes au mois de janvier » contre 39% qui ne le pensent pas (et 11% qui ne « savent pas »). Le fait qu’un Français sondé sur deux croit dans la possibilité d’un tel mouvement social apporte une nouvelle confirmation du caractère éminemment tendu de la situation sociale.

L’analyse par clusters apporte, sur ce point également, des informations intéressantes. Les groupes (clusters) les plus convaincus qu’une telle explosion sociale pourrait se produire dans les prochaines semaines sont ceux qui composent le noyau dur de l’électorat lepéniste : Réfractaires, Eurosceptiques, Sociaux-patriotes. Dans ces groupes majoritairement très populaires, relevant largement de la France périphérique et partageant en commun un fort rejet du système et des élites, l’on s’attend à voir se reconstituer une large mobilisation populaire. Un groupe tel que les Anti-Assistanats qui comprend beaucoup de petits commerçants et de petits patrons est sur la même longueur d’onde. Enfin, les segments les plus mélenchonistes de l’électorat (Révoltés, Solidaires et Multiculturalistes) sont, eux aussi, largement acquis à la probabilité d’une vaste mobilisation à venir.

Il n’y a que le noyau dur de l’électorat présidentiel qui, dans sa majorité, ne croie pas à une telle éventualité. Seuls les clusters composés majoritairement des catégories supérieures et demandeurs de stabilité et de modération – qu’ils soient plutôt de gauche comme les Sociaux-Démocrates, du Centre ou de droite comme les Libéraux – ne croient pas à une réédition, même sous une autre forme, de la révolte des ronds-points.

Qu’indiquent de tels résultats ? Que ceux qui soutiennent l’action du gouvernement préfèrent croire que la mobilisation sera réduite, quand les opposants – tout particulièrement les plus déterminés – anticipent au contraire, sans doute parce qu’ils l’espèrent, une vaste mobilisation sociale. Celle-ci adviendra-t-elle ? Cela dépend, bien évidemment, de multiples facteurs, dont le fait de savoir si ce qui l’emportera sera la « lassitude » ou la « colère » dont on a vu qu’elles étaient les deux principaux sentiments qui animent aujourd’hui les opposants à la réforme.

Une majorité considère que ses conditions de vie se détériorent

Les tensions décrites précédemment s’expliquent, en partie, par le contexte social et, plus encore, par la perception qu’en ont les citoyens. Ce qui domine aujourd’hui dans le pays, c’est un sentiment diffus de détérioration des conditions de vie. Ainsi, 56% des sondés considèrent que leur « situation personnelle » s’est « détériorée » au cours des derniers mois contre seulement 5% qui jugent qu’elle s’est « améliorée ». Un tel constat apporte une part d’explication au sentiment de « lassitude » et de « colère » dominant. Les seuls groupes qui ne partagent pas de façon majoritaire cette sensation de dégradation de leurs conditions de vie sont ceux qui composent le noyau dur de l’électorat présidentiel : Sociaux-Démocrates, Progressistes, Centristes et Libéraux. Tous les autres clusters, à des degrés divers, sont convaincus de subir une détérioration de leurs conditions d’existence. Ce sentiment atteint un niveau record au sein des segments populaires composant le socle électoral du RN : 70% chez les Eurosceptiques, 83% chez les Réfractaires et 84% chez les Sociaux-Patriotes. On l’aura compris, ceux qui s’attendent le plus à une mobilisation du type Gilets jaunes sont aussi ceux qui vivent le plus intensément la sensation d’une dégradation de leur situation personnelle.

Les retraites ne sont pas forcément le sujet le plus abrasif

Lorsqu’on interroge les Français sur les raisons qui pourraient les conduire à se mobiliser, les retraites ne sont pas, aujourd’hui, le sujet qui se révèle être potentiellement le plus mobilisateur. On notera, au préalable, que seuls 14% des sondés déclarent « n’avoir aucune raison de se mobiliser », ce qui, là encore, confirme l’état de tension qui caractérise le pays. La thématique du pouvoir d’achat se révèle être le sujet potentiellement le plus mobilisateur : plus d’un tiers des sondés citant « la hausse des prix » (18%) et les « salaires et les pensions de retraites trop bas » (16%). Ce résultat est probablement à mettre en rapport avec le sentiment de dégradation des conditions de vie évoqué précédemment.  Les catégories populaires sont aujourd’hui les plus sensibles à ces thématiques liées aux conditions matérielles d’existence. Le sentiment de ne pas être suffisamment respecté arrive, lui aussi, avant les retraites dans les motifs de contestation mis en avant : il est particulièrement intéressant de constater que 18% des sondés déclarent qu’ils pourraient se mobiliser en raison « du mépris des élites pour les gens ordinaires ». Ce ressentiment contre les élites est très élevé dans les groupes les plus antisystèmes, qu’ils soient de gauche (Solidaires) ou proches du RN (Réfractaires, Sociaux-Patriotes) ainsi que chez les Identitaires. A noter que « l’attitude d’Emmanuel Macron » est également cité par 10% des sondés comme un motif de mobilisation potentielle. Tout cela s’inscrit dans le clivage peuple VS élite qui était au fondement de la mobilisation des Gilets jaunes. Il manifeste une fracture sociale qui est l’un des éléments les plus structurants de la politique française. Dans ce contexte, la réforme des retraites n’est citée comme motif principal de mobilisation que par à peine plus d’un sondé sur dix (11%). Ce dernier chiffre, cumulé au sentiment de lassitude qui touche des pans entiers de la population, pourrait conduire à relativiser les risques d’une explosion sociale dans les jours et les semaines à venir. Il faut, néanmoins, souligner que cette réforme polarise plus fortement dans deux clusters de gauche (les Multiculturalistes et les Solidaires) qui sont, avec les Sociaux-Patriotes, les trois groupes les plus décisifs en matière de mobilisation sociale, tant ils sont nombreux dans les organisations syndicales et, plus encore, dans les mobilisations sociales de ces dernières années.

En résumé, le potentiel de contestation et de mobilisation est, aujourd’hui, élevé dans le pays. Mais un potentiel ne débouche pas nécessairement sur une mobilisation effective de grande ampleur. Seuls les prochains jours et les prochaines semaines permettront de répondre à la question de savoir si le gouvernement parviendra à gagner son pari : reculer l’âge de départ à la retraite sans susciter un mouvement social de grande ampleur comme la France en a connu à plusieurs reprises au cours des trois dernières décennies.

Rebond pour Emmanuel Macron

Baromètre des personnalités n°9 : Rebond pour Emmanuel Macron

Chaque mois, Cluster17 publie son baromètre de popularité des personnalités politiques. Pour organiser notre classement, nous plaçons en tête la personnalité qui obtient le plus de « soutien » politique. Cela nous semble plus prédictif du potentiel électoral d’une personnalité ; la « sympathie » étant un élément subjectif moins discriminant, favorisant des figures plus « consensuelles » et, pour cette raison, moins explicatif des comportements électoraux.

 Malgré un contexte marqué par des tensions sociales dues à la présentation prochaine de la réforme des retraites et aux dégâts causés par l’inflation, Emmanuel Macron reprend la tête du classement. Le Président de la République ne semble pas affaibli personnellement par le contexte. Le rejet exprimé par les Français, qui demeure élevé à son endroit, ne croît pas et reste cantonné à cette France populaire, contestataire, au sein de laquelle il n’a jamais été populaire.

Marine Le Pen connaît une baisse de deux points de soutien, à 12% et descend à la 3eme place du classement. Son capital d’opinions positives (soutien + sympathie) demeure, lui, plus élevé que ses principaux concurrents : Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron. Elle est à ce titre moins rejetée qu’eux, même si c’est tout de même à 52%. Pour la première fois, elle est rejointe par une concurrente directe, Marion Maréchal, qui malgré une relative discrétion médiatique, ne cesse de progresser ces trois derniers mois. Avec 12% de soutien exprimé, elle se place en leader naturel au sein de la droite radicale et de l’extrême droite.

Enfin, à gauche, on observe un reflux général, qui touche en premier lieu François Ruffin. Talonnant le podium le mois dernier, le député de Picardie perd 2 points mais demeure avec 11% de soutien, la 2eme personnalité de gauche la plus soutenue après Jean-Luc Mélenchon qui conserve son leadership. A gauche, notons également le rejet très élevé suscité par Sandrine Rousseau. La députée de Paris est la personnalité qui suscite le moins de sympathie, seulement 7% et le plus haut niveau de rejet, à égalité avec Eric Zemmour, à 64%.

Sondage pour Le Point : Guerre en Ukraine, inflation… Vent de pessimisme sur la France

Les Français, marqués par le conflit en Ukraine sont pessimistes pour l’année 2023

Dans ce sondage pour Le Point, nous avons sondé les Français sur leur état d’esprit alors que l’année 2022 s’achève.

Le premier enseignement est que la guerre en Ukraine a considérablement frappé l’opinion. 45% des Français retiennent l’invasion de l’Ukraine comme étant le fait le plus marquant de l’année 2022. De même, pour 34% des Français la personnalité la plus importante de l’année est Volodymyr Zelensky, devant Vladimir Poutine, cité par 19% des Français.

Si les Français ont été si impactés c’est principalement parce que les conséquences de cette guerre sont tangibles dans leur quotidien.

  • La souveraineté énergétique, première priorité des Français

Les hausses des prix de l’énergie font courir le risque d’un manque d’électricité et de coupures pour des millions de Français. Dans ce contexte, 28% des Français affirment que la première priorité du gouvernement pour l’année qui vient devrait être de « garantir l’indépendance énergétique » du pays. C’est une demande qui traverse l’ensemble de nos « clusters », bien que les électeurs de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon semblent moins sensibles à cette question.

Pour 25% des Français interrogés, c’est l’augmentation des salaires qui doit être érigée en priorité gouvernementale. C’est aussi une conséquence immédiate de la guerre, la crise inflationniste touchant sévèrement le pouvoir d’achat des ménages. Ce sont les électeurs de gauche qui tiennent le plus à ces augmentations mais c’est un souhait partagé par l’ensemble des clusters populaires, qu’ils soient plutôt « mélenchonnistes » comme les Solidaires ou « marinistes » comme les Sociaux-Patriotes.

Enfin, 18% des Français souhaitent que la première priorité gouvernementale soit la limitation de l’immigration. Une demande partagée très largement par les électeurs d’Eric Zemmour et de Marine Le Pen alors qu’un projet de loi est en préparation et que le débat a réémergé à l’occasion de l’amarrage de l’Ocean Viking à Toulon.

  • Un vent de pessimisme souffle déjà sur 2023

Le contexte économique et géopolitique abîme le moral des Français. Ceux-ci sont extrêmement pessimistes pour l’avenir du pays. Pour 69% d’entre eux, l’année 2023 sera moins bonne que l’année 2022. L’électorat populaire est particulièrement pessimiste. On retrouve « l’arc contestataire » : les clusters les plus proches des gilets jaunes sont également les plus pessimistes que cela concerne leur situation personnelle ou celle du pays, symboles de cette France qui décroche et qui subit les déséquilibres économiques. Des franges de l’opinion exaspérées, résignées, qu’on retrouve principalement dans les coalitions électorales de Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Eric Zemmour.

On retrouve à l’inverse un des traits principaux qui caractérise l’électorat macroniste. Celui-ci appartient en effet très majoritairement à la « France qui va bien », moins pessimiste que la France des ronds-points. Toutefois, seul 1 électeur sur 5 du Président de la République pense que l’année qui vient sera meilleure pour le pays que l’année qui s’achève.

Pessimistes ou réalistes, les Français semblent en tout cas préparés à vivre une année sombre, tandis que l’année 2022, marquée par la Covid-19 et la guerre en Ukraine n’a pas été particulièrement réjouissante.

Sondage pour Le Point : Les Français vont se serrer la ceinture pour Noël

Un Noël sobre en perspective pour une grande partie des Français

Tout d’abord, notre étude montre que les Français demeurent attachés à Noël. Plus de 60% déclarent aimer Noël. Toutefois, ce sont les électeurs de Jean-Luc Mélenchon qui aiment le moins Noël. Les groupes de la gauche radicale : Multiculturalistes, Solidaires et Révoltés sont les groupes qui déclarent le moins aimer Noël : un quart d’entre eux environ place une note inférieure à 3 sur une échelle de 0 à 10. A l’inverse, les électeurs de droite et de la droite radicale sont ceux qui déclarent le plus apprécier Noël. Les électeurs d’Eric Zemmour en tête, suivis de ceux de Valérie Pécresse, Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen qui déclarent à environ 70% apprécier Noël.

Ce clivage entre gauche et droite est un clivage classique entre « progressistes » et « conservateurs ». Mais également entre « jeunes » et « seniors ».

Pour 37% des Français Noël est avant tout « une fête catholique qui fait partie de la tradition française ». 52% affirment que « Noël est une fête devenue laïque qui appartient à tous ».

Ce sont principalement les électeurs de droite et d’extrême droite pour qui Noël demeure une fête chrétienne ancrée dans la tradition française quand pour les électeurs de gauche, c’est une fête sécularisée. Ce sont les Français de plus de 65 ans qui identifient le plus Noël à une fête chrétienne. C’est également le cas de 81% des électeurs d’Eric Zemmour, de 61% des électeurs de Marine Le Pen et de 59% des électeurs de Valérie Pécresse. A l’inverse, 75% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon et 69% des électeurs de Yannick Jadot voient avant tout Noël comme « une fête devenue laïque qui appartient à tous ». Deux visions de la France s’opposent ici entre tradition religieuse d’un côté et universalisme laïque de l’autre. On retrouve cette logique au sein de nos clusters : les Multiculturalistes, les Sociaux-Démocrates, les Progressistes, trois clusters particulièrement athées, se sentant les plus « citoyens du monde » sont les moins traditionnalistes. Sur l’autre versant du clivage, les Sociaux-Patriotes, les Anti-Assistanat et les Identitaires, trois clusters particulièrement favorables aux frontières et rétifs à l’immigration sont ceux qui adhèrent le plus à une vision chrétienne de Noël.

Par ailleurs, la crise inflationniste dégrade fortement le pouvoir d’achat des Français. A ce titre, un tiers d’entre eux envisage de dépenser moins que l’année dernière pour Noël (cadeaux et repas). Ce sont les groupes les plus populaires qui vont se serrer la ceinture : les Solidaires, les Réfractaires, les Eurosceptiques, les Sociaux-Patriotes, les Anti-Assistanat. Il s’agit des groupes qui se sont le plus mobilisés sur les ronds-points de gilets jaunes en 2018 et 2019. Des groupes contenant de nombreux ouvriers, employés, techniciens, petits artisans, auto-entrepreneurs, très dépendants de leurs voitures, et donc très touchés par la flambée des prix de l’essence et de l’énergie. Ainsi, ce sont les électeurs de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon qui envisagent le plus de faire des économies cette année.

Une majorité relative de Français – 41% – comptent dépenser « la même somme que l’année dernière ». Comme nous l’avions déjà perçu lors de précédentes études, les clusters de la coalition présidentielle sont les moins touchés par l’inflation : les Sociaux-Démocrates, les Centristes, les Conservateurs, les Libéraux sont des groupes qui envisagent de dépenser la même somme que l’année dernière. Il s’agit, à l’exception des Conservateurs, d’une « France qui va bien », diplômée et aisée, possédant de l’épargne et du patrimoine, moins dépendante de la voiture et plus optimiste sur leur avenir personnel que la moyenne des Français.

Baromètre des personnalités politiques de Novembre

Baromètre des personnalités n°8 : L’exécutif dans un creux

 Chaque mois, Cluster17 publie son baromètre de popularité des personnalités politiques. Pour organiser notre classement, nous plaçons en tête la personnalité qui obtient le plus de « soutien » politique. Cela nous semble plus prédictif du potentiel électoral d’une personnalité ; la « sympathie » étant un élément subjectif moins discriminant, favorisant des figures plus « consensuelles » et, pour cette raison, moins explicatif des comportements électoraux.

Le couple exécutif est en baisse ce mois-ci, de même que l’ensemble des principales personnalités du gouvernement. Après 4 mois passés à la tête du classement, Emmanuel Macron perd trois points de soutien politique et cède la 1ere place du classement à Marine Le Pen. Les trois protagonistes principaux de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Emmanuel Macron sont à égalité en termes de soutien politique, chacun rassemblant 14% de soutien. Chacune de ces trois personnalités suscite un rejet au sein de la population, à un niveau supérieur à 55%.

François Ruffin continue de progresser et talonne désormais le trio de tête avec 13% de soutien politique. Lorsqu’on additionne le soutien politique et la sympathie suscitée, le député de la Somme est en tête du classement avec 38% d’opinions positives, devant Fabien Roussel, qui demeure lui aussi très populaire avec 34% d’opinions positives.

Arrive ensuite dans le classement un trio RN/Reconquête, composé de Jordan Bardella, Marion Maréchal et Eric Zemmour, ce dernier est en hausse de 2 points ce mois-ci. Ces trois personnalités recueillent 11% de soutien politique et semblent installés durablement dans le haut du classement.

Enfin, les trois « nouveaux » du classement : Jean Castex, François Hollande et François Bayrou ne suscitent guère d’enthousiasme. Si l’ancien Premier Ministre d’Emmanuel Macron dispose d’une bonne côte de sympathie dans l’opinion, environ 25%, il ne dispose pas du même soutien politique que ses pairs, Elisabeth Borne et Edouard Philippe.

Pour François Hollande et François Bayrou, le constat est plus rude : ils ne dépassent chacun pas les 3% de soutien, suscitent dans le même temps du rejet chez près d’un Français sur deux et de l’indifférence chez un tiers d’entre eux.

Les Français pessimistes sur l’avenir des Républicains

Sondage hebdomadaire réalisé pour Le Point

Une base électorale étriquée

Alors que leur Congrès approche, l’avenir des Républicains semble plus que jamais s’écrire en pointillés.

Un Français sur cinq seulement pense que LR a un avenir politique. 72% affirment à l’inverse qu’ils n’ont pas d’avenir. La base politique historique de la « droite de gouvernement » n’est guère plus optimiste. Même au sein des clusters Conservateurs, Libéraux, Anti-Assistanat et Identitaires – les quatre groupes qui ont largement porté les candidatures de Nicolas Sarkozy et François Fillon – une majorité d’électeurs pense que LR n’a pas d’avenir politique.

Il n’y a qu’au sein de la modeste base électorale de Valérie Pécresse que l’on est plus optimistes. En effet 71% de ses électeurs affirment que LR a encore un avenir politique.

Les Républicains au cœur de la tenaille

Une des raisons principales de cette dépréciation de LR est la concurrence exercée concomitamment par la majorité présidentielle et par l’extrême droite sur son électorat.

Ainsi, seuls 25% des Français pensent que LR est « le parti qui représente le mieux la droite ». 24% pensent que c’est Renaissance, et 24% pensent que c’est le RN.

Symbole inquiétant, au sein de l’électorat traditionnel de la droite, il n’y a que dans le cluster des Libéraux – le plus aisé et également le plus politisé – que LR incarne le « mieux » la droite. Dans les fractions plus droitières ou plus populaires de son ancien électorat, les Républicains sont devancés largement par le Rassemblement National, voire par Reconquête.

Le bilan de Nicolas Sarkozy mis en cause

Celui qui a fondé LR est aussi le dernier président de droite à avoir gouverné. Soutenu par des groupes d’électeurs très différents, Nicolas Sarkozy avait su capter un vote « populaire-identitaire » et un vote « élitaire-libéral » pour se hisser au pouvoir. Encore, en 2012, malgré l’exercice du pouvoir, Nicolas Sarkozy était parvenu à mobiliser très largement son « camp ».

Pour autant, le regard des Français sur son quinquennat est assez sévère et explique en partie la déliquescence des Républicains. 75% jugent son bilan insatisfaisant. Le taux d’insatisfaction très élevé dans l’électorat populaire qui avait voté pour lui, et qui désormais vote largement pour le RN, symbolise le niveau de déception qu’a suscité son quinquennat dans cet électorat.

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