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Les Réfractaires

Les 6 positions clivantes les plus caractéristiques des Réfractaires

  • 95% sont favorables à l’interdiction des délocalisations des entreprises françaises.
  • 95% sont favorables à la possibilité de destituer un élu.
  • 93% sont favorables à la rémunération au salaire médian des députés, soit 1700 euros.
  • 87% sont favorables à la peine de mort pour les terroristes.
  • 85% sont hostiles à la création d’un impôt de 1% sur tous les salaires pour lutter contre le réchauffement climatique.
  • 78% sont favorables à l’interdiction du voile dans les universités.

SOCIOLOGIE

Les Réfractaires est un cluster plutôt féminin et en fragilité économique et sociale

Les Réfractaires représentent 6% de la population globale. Ce sont plus souvent des femmes que des hommes. Dans la majorité des cas, les Réfractaires appartiennent aux tranches d’âge qui travaillent et ils sont donc rarement étudiants ou retraités. Ils constituent un cluster assez peu diplômé et n’ont presque jamais accompli de cycle universitaire long (supérieur à BAC+3). Ce groupe occupe fréquemment des emplois durs, mal rémunérés et précaires. Il est surreprésenté par exemple dans les métiers de service direct aux particuliers.

C’est l’un des clusters dont les revenus sont les plus bas et qui a le plus de difficulté à épargner. Bien au contraire, les Réfractaires sont le cluster qui déclare le plus fréquemment éprouver des difficultés à boucler les fins de mois. Cette fragilité économique est encore renforcée par le fait que dans ce cluster majoritairement féminin on compte de nombreuses mères célibataires. Très logiquement, les Réfractaires sont d’ailleurs l’un des quatre clusters qui s’identifient le plus aux classes populaires ou aux classes moyennes peu aisées. Culturellement, les Réfractaires composent un cluster qui se sent très « Français » et très peu « citoyens du monde », ni même « Européens ». Les Réfractaires habitent par ailleurs loin des grandes métropoles. Ils sont également le cluster le moins pratiquant. Enfin, les Réfractaires n’accordent pas facilement leur confiance : ils déclarent tous que « l’on n’est jamais assez prudent quand on a affaire aux autres. »

Les professions les plus typiques des Réfractaires sont : aide-soignante, assistante de vie, caissière, chauffeur-livreur…

SYSTÈME D’OPINION

Les Réfractaires sont antisystème, pro-droits des travailleurs et hostiles aux conséquences de la mondialisation

Comme tous les clusters affectés par les difficultés économiques et la précarité, les Réfractaires sont pour le changement radical d’un système qui ne les satisfait pas. Les Réfractaires ont ainsi en commun une très forte défiance à l’égard de la classe politique. Ils sont aussi largement convaincus qu’elle ne se préoccupe pas des gens comme eux et qu’elle est au service d’autres intérêts que les leurs. Presque tous les Réfractaires trouvent également que les politiques ont trop de privilèges et qu’ils ne devraient pas être payés aussi bien. C’est aussi un cluster qui considère qu’il faut faire payer les riches.

Sur les enjeux économiques et sociaux, les Réfractaires sont clairement du côté des intérêts des salariés. Si les grands débats idéologiques sur les avantages comparés du public et du privé ne les intéressent guère, ils sont, par exemple, très favorables aux 35 heures. En revanche, les Réfractaires sont largement hostiles aux aides sociales, ne veulent pas de l’instauration d’un revenu universel et verraient d’un bon œil une limitation du versement du RSA.

Les Réfractaires sont progressistes sur les questions de mœurs, comme d’ailleurs tous les clusters majoritairement non-croyants. Pour le reste, ils sont éloignés des valeurs des clusters de la gauche culturelle et de son cosmopolitisme. Bigard est d’ailleurs leur comique préféré et ils adhèrent à son refus du « politiquement correct ». Ils sont également nettement favorables au rétablissement de la peine de mort, pro-frontières, se méfient des discours écologiques, sont hostiles au multiculturalisme et considèrent que les étrangers ont le devoir de s’adapter à la culture française. S’ils partagent les valeurs du camp identitaire, ils sont cependant moins radicaux et plus partagés sur ces sujets que les Sociaux-Patriotes ou les Identitaires.

CLIVAGE GAUCHE-DROITE

Les Réfractaires ne se reconnaissent pas dans la logique gauche/droite

Les Réfractaires font partie de ces clusters pour lesquels le clivage gauche/droite est aujourd’hui secondaire, si ce n’est obsolète. D’ailleurs, une majorité de Réfractaires ne choisit ni les positions de gauche, ni les positions de droite lorsqu’il s’agit de se définir politiquement. Et lorsqu’ils se positionnent, les Réfractaires se partagent équitablement entre droite et gauche, ce qui confirme que leur système d’opinion ne s’inscrit pas dans le clivage traditionnel de la politique française.

RAPPORT AUX GILETS JAUNES

Les Réfractaires se sont massivement identifiés au mouvement des Gilets Jaunes

Fort logiquement et comme tous les clusters populaires, presque tous les Réfractaires ont soutenu les Gilets Jaunes, au moins au début du mouvement. Ce soutien a souvent été actif, puisque nombre de Réfractaires se sont retrouvés sur les ronds-points et que 59% d’entre eux ont arboré un gilet jaune sur le pare-brise de leur véhicule. La radicalisation du mouvement et les violences qui ont accompagné les manifestations n’ont souvent pas suffi à les décourager. Les Réfractaires ont d’ailleurs imputé la responsabilité de cette violence principalement aux médias et au Gouvernement.

ORIENTATIONS ÉLECTORALES

Les Réfractaires sont attirés par les candidatures antisystèmes et dégagistes

Les Réfractaires s’intéressent en général peu à la politique. Ils suivent d’ailleurs peu et de très loin l’actualité politique et n’en parlent presque jamais. Ils préfèrent nettement les radios musicales aux chaines d’informations. Ils sont en conséquence, avec les Révoltés, le cluster qui vote le moins aux élections.

Les Réfractaires, comme la majorité des groupes populaires, ont longtemps privilégié la gauche. Leur prise de distance avec ce camp semble avoir eu lieu au début des années 1990. Ainsi, en 1995 ils ont préféré la candidature de Jacques Chirac à celle de Lionel Jospin. À partir des années 2000, le Front National va fortement progresser au sein de ce cluster jusqu’à être son premier choix, mais sans atteindre les mêmes niveaux qu’au sein des clusters les plus identitaires.

Leurs préférences électorales sont fortement conditionnées par leur radicalité anti-élite. Il est dans cette perspective très significatif que les Réfractaires aient pu voir en Didier Raoult un bon candidat à la Présidentielle à l’époque du premier confinement.

Lors du premier tour de la présidentielle de 2017, Marine Le Pen a été le premier choix des Réfractaires puisqu’ils lui ont accordé 39% de leurs suffrages. Mais leurs votes ont été, finalement, relativement dispersés : ils ont aussi fréquemment voté pour Emmanuel Macron (18%), dont la promesse de renouvellement de l’ordre politique pouvait sembler attractive auprès de ce cluster dégagiste. Et, Jean-Luc Mélenchon a obtenu lui aussi un bon score en 2017 (17%).

Lors des Européennes de 2019, la minorité de Réfractaires qui se sont rendus aux urnes, ont voté pour le Rassemblement National (38%) et dans une bien moindre mesure pour EELV, LREM ou le PS. A noter que si Jean-Luc Mélenchon a été un de leurs choix privilégiés pour la présidentielle de 2017, le vote France Insoumise a alors presque totalement disparu au sein des Réfractaires (4%)

ENJEUX POUR LA PRESIDENTIELLE 2022

Un cluster décisif pour de nombreux candidats

Les Réfractaires représentent un enjeu stratégique pour Marine Le Pen. C’est un cluster où elle aurait besoin de progresser pour espérer remporter l’élection présidentielle. Mais c’est aussi un cluster où elle risque de subir durement la concurrence d’Éric Zemmour, dont les positions identitaires et antisystème peuvent se révéler attractives. Deux candidats pourraient beaucoup reculé dans ce cluster : Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Pour le Président de la République la difficulté tient dans le fait qu’il incarne désormais cette élite et ce système que les Réfractaires rejettent. Concernant Jean-Luc Mélenchon, son positionnement dégagiste et social lui assure encore de la sympathie mais il pourrait se retrouver pénalisé par ses positions multiculturalistes.

 STATISTIQUES 

65%

Femmes

47%

Entre 30 et 60 ans

2%

Ont un niveau d’études supérieur à la Licence

27%

Occupent un emploi précaire

72%

Ne sont pas imposables sur le revenu

76%

Déclarent disposer de moins de 10 000 euros d’épargne

70%

S’identifient aux classes populaires ou moyennes-inférieures

45%

Parviennent à boucler les fins de mois sans difficulté

66%

Veulent changer radicalement le système

92%

Ont soutenu les Gilets Jaunes

59%

Ont placé un gilet jaune sur le parebrise de leur véhicule

66%

N’ont pas voté aux dernières élections Européennes

4%

Ont une pratique religieuse

100%

Déclarent que l’on n’est jamais assez prudent quand on a affaire aux autres

53%

Ne se positionnent ni dans les catégories de gauche, ni dans celles de droite

Personnalités appréciées Réfractaires

Marion, 37 ans

Marion a 37 ans. Mère célibataire, elle élève son fils de 16 ans, dans un petit village du sud-ouest, à proximité de Toulouse.

Fille unique d’un couple séparé, Marion a arrêté ses études à 16 ans, après l’obtention d’un CAP petite enfance. A l’école, elle a connu des difficultés dés la primaire et ne s’est jamais sentie à l’aise dans cet environnement. Marion voulait « travailler rapidement pour devenir indépendante ». Elle a rencontré le père de son fils à 19 ans lors de la fête de son village, avant de tomber enceinte l’année suivante. Le couple s’est séparé quelques mois après la naissance de leur fils et Marion s’est retrouvée seule pour l’élever. Marion « travaille dur pour que son fils puisse s’en sortir du mieux possible. » Elle aimerait qu’il « réussisse sa vie et qu’ils soit plus libre qu’elle ».

 

Marion a commencé à travailler à 17 ans en enchainant les emplois de caissière ou de vendeuse dans la grande distribution, entrecoupées de périodes de chômage. Depuis cinq ans, elle travaille comme serveuse dans le bar tabac de son village. Elle n’a jamais eu un autre salaire que le SMIC et vit dans un logement social d’une petite résidence gérée par la municipalité.

 

Marion a très peu voyagé. Avec ses parents, elle allait en Ariège dans le village de ses grands-parents pendant l’été avant leur décès. Elle a emmené son fils à Paris plusieurs fois pour passer des weekends à Disneyland. Pendant ses congés d’été, elle prend toujours une semaine pour aller au camping sur la côte avec ses amis. Marion a « des amis qui viennent de partout », elle « n’aime pas les racistes mais n’aime pas non plus les gens qui ne respectent pas la France » . Pour elle, « les gens ont le droit de faire ce qu’ils veulent tant qu’ils respectent les autres ». Elle « n’a rien contre les immigrés mais il faut que tout le monde s’intègre » . Marion se sent très attachée à la France, mais encore plus à son village et son territoire qu’elle n’a pas quitté depuis son enfance.

 

Issue d’un milieu catholique, Marion se considère comme « chrétienne non pratiquante ». Le père de son fils est musulman pratiquant mais leur fils ne suit aucune religion. Pour elle, « le mieux serait que chacun garde sa religion pour soit. » Marion ne parle presque jamais de politique, ni avec ses amis, ni avec sa famille. La plupart du temps, elle ne vote pas aux élections. Pour elle, « la politique, ce sont des gens importants qui se présentent à des élections et qui ne savent rien des problèmes des gens ».

 

Marion trouve « que le système est injuste mais qu’on ne pourra rien faire pour le changer ». Dans le bar tabac où elle travaille, « la télévision est souvent branchée sur BFM. C’est par là qu’elle voit et entend les politiques ». Elle s’informe aussi de l’actualité en lisant des articles qui circulent sur les réseaux sociaux.

Dès le lancement des gilets jaunes, Marion a ressenti beaucoup de sympathie pour le mouvement. Elle s’est « sentie représentée par ces hommes et ces femmes qui manifestaient pour des gens comme elle. » Elle connaît plusieurs personnes de son entourage qui sont allés sur des ronds-points. Avec son emploi du temps et sa vie de famille, elle « a regretté de ne pas pouvoir les rejoindre ».

 

Elle ne croit pas du tout au fait que les politiques puissent changer sa vie et ne sait pas si elle votera aux prochaines présidentielles. En 2017, elle avait voté pour Jean-Luc Mélenchon, dont elle avait apprécié le discours dégagiste.

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