
Présidentielle 2027 : David Lisnard s’installe face à Bruno Retailleau, mais Edouard Philippe conserve l’avantage
Notre dernier sondage pour Le Point, réalisé les 14 et 15 octobre 2026 auprès de 1 263 personnes, confirme l’émergence de David Lisnard dans la compétition à droite. Dans l’hypothèse où Édouard Philippe, Bruno Retailleau et David Lisnard sont tous les trois candidats, le maire de Cannes recueille 7% des intentions de vote, soit autant que Bruno Retailleau. Édouard Philippe reste nettement devant, à 17%, tandis que Marine Le Pen domine le premier tour avec 31%, devant Jean-Luc Mélenchon à 18%.
L’égalité entre David Lisnard et Bruno Retailleau recouvre cependant deux dynamiques assez différentes. Le président des Républicains conserve un avantage dans le cœur de l’électorat LR : 36% des électeurs de la liste LR aux européennes de 2024 votent pour lui, contre 23% pour David Lisnard. Mais ce dernier semble davantage capable de sortir de ce périmètre : il recueille notamment 11% des électeurs RN et 15% de ceux de Reconquête, contre respectivement 5% et 8% pour Bruno Retailleau. Chez les électeurs de Valérie Pécresse de 2022, les deux hommes sont à égalité, à 27%.
Les priorités de ces deux électorats permettent de mieux comprendre ce qui distingue aujourd’hui les deux candidatures. La réduction de l’immigration arrive en tête dans les deux cas, citée par 54% des électeurs Lisnard et 63% des électeurs Retailleau. Mais les électeurs de Bruno Retailleau mettent ensuite l’accent sur la lutte contre l’insécurité (44%), tandis que ceux de David Lisnard placent la baisse des cotisations en deuxième position (38%). Son électorat dessine ainsi une droite plus nettement libérale sur le plan économique, quand celui de Bruno Retailleau reste davantage structuré par les enjeux régaliens.
Cette singularité apparaît également dans les références internationales. Giorgia Meloni rassemble très largement les deux électorats, avec 89% de bonnes opinions parmi les électeurs Lisnard et 83% chez ceux de Retailleau. Mais Javier Milei constitue un marqueur beaucoup plus distinctif : 59% des électeurs de David Lisnard en ont une bonne opinion, contre 38% de ceux de Bruno Retailleau et seulement 13% des électeurs d’Édouard Philippe. À l’inverse, Volodymyr Zelensky bénéficie d’une image positive auprès de 91% des électeurs Philippe, 66% des électeurs Retailleau et seulement 49% des électeurs Lisnard. Ce dernier électorat apparaît donc à la fois plus libéral économiquement et sensiblement plus distant du centre sur les questions internationales.
Le principal handicap de David Lisnard reste néanmoins sa notoriété et, plus largement, sa stature présidentielle. 22% des Français disent ne pas suffisamment le connaître pour se prononcer sur ses qualités présidentielles, une proportion sans commune mesure avec celle observée pour Bruno Retailleau. Au total, 20% des Français considèrent que David Lisnard possède les qualités nécessaires pour exercer la fonction de président de la République, contre 34% pour Bruno Retailleau et 39% pour Édouard Philippe.
Le test du candidat unique montre justement à la fois le potentiel et les limites actuelles de David Lisnard. Lorsqu’il est présenté comme seul candidat du bloc central et de LR, il obtient 17%, quasiment autant que Bruno Retailleau (17,5%) et le même score que Gabriel Attal (17%), mais il reste derrière Édouard Philippe, qui atteint 20%. Aucun de ces scénarios ne permet toutefois de retrouver les 31% que Philippe, Retailleau et Lisnard cumulent lorsqu’ils sont tous les trois candidats. Marine Le Pen monte alors à 34,5%-35,5% et Jean-Luc Mélenchon se situe autour de 20%. Seul Édouard Philippe fait jeu égal avec lui pour la deuxième place.
David Lisnard présente néanmoins un profil de rassemblement intermédiaire entre Philippe et Retailleau. Sur 100 électeurs ayant choisi l’un des trois hommes dans l’offre ouverte, Édouard Philippe en conserve 65 lorsqu’il devient candidat unique, David Lisnard 57, contre seulement 48 pour Bruno Retailleau ou Gabriel Attal. Avec Lisnard, les pertes sont davantage réparties entre la droite, la gauche et l’abstention ; avec Retailleau, la fuite s’effectue surtout vers la gauche, tandis qu’avec Philippe elle se produit principalement vers Marine Le Pen, Éric Zemmour ou Nicolas Dupont-Aignan.
C’est toute la difficulté d’une éventuelle union du bloc central et de la droite : les électorats ne sont pas interchangeables. Lorsque Philippe est le candidat unique, seuls 23% des électeurs Retailleau et 26% des électeurs Lisnard le suivent, tandis que respectivement 60% et 53% partent vers Le Pen, Zemmour ou Dupont-Aignan. Entre Lisnard et Retailleau, les transferts sont plus importants : 49% des électeurs Retailleau suivent David Lisnard lorsqu’il est candidat unique, et 42% des électeurs Lisnard choisissent Bruno Retailleau dans la configuration inverse. Cela confirme l’existence d’un espace électoral commun à droite, mais aussi les difficultés à y agréger sans perte l’électorat central.
David Lisnard apparaît donc désormais comme un acteur réel de la compétition présidentielle, sans avoir encore franchi le seuil qui ferait de lui le principal candidat du centre et de la droite. Son niveau de 7% dans une offre très concurrentielle le place à hauteur de Bruno Retailleau alors même qu’il demeure beaucoup moins connu. Son électorat présente en outre une identité propre : plus actif, plus indépendant et davantage marqué par le libéralisme économique. Il paraît capable de circuler entre la droite LR, une partie de l’électorat central et certains électeurs venus de l’extrême droite. Mais Édouard Philippe conserve à ce stade un double avantage : une stature présidentielle nettement plus installée et une meilleure capacité à atteindre le niveau nécessaire pour disputer la qualification à Jean-Luc Mélenchon.
Résultats complets ci-dessous :
Clusters français
Clusters españoles
Clusters belges
Clusters italiani
Deutsche Cluster
Clusters foot